monde

Mon pauvre ami!

  Ce texte est ma contribution n°4 à l’atelier d’été 2017 de François Bon

     Creton! Vous ne connaissez pas l’histoire de Creton? Son « story-telling », comme on dit de nos jours? Je ne peux pas le croire!… Vous auriez échappé à la multiplication des interviews qui lui ont été accordées, aux émissions de télévision qui lui ont été consacrées? Est-ce possible?… Évidemment, vous connaissant… On aime se retirer à la campagne, à l’écart du monde, dans le calme et la solitude propices à la méditation! Ah, vous êtes incorrigible, mais nous vous aimons bien quand même, mon cher Alceste! Allez, nous allons vous raconter l’histoire de Creton. Non, pas Crétin! Creton! Vous ne savez donc pas que c’est l’homme le plus intelligent du monde? Cette particularité essentielle de notre personnage n’est même pas parvenue jusqu’à vos oreilles? Mon pauvre ami, mais vous êtes irrécupérable!… Remerciez-nous au moins, nous allons vous offrir un cours de rattrapage, vous aurez l’air moins sot dans les salons!  Creton est la coqueluche du Tout Paris. Et son pouvoir de séduction va bien au-delà! Il est désormais connu dans toutes les capitales du monde! Son nom est un Sésame. Dites « Creton » et toutes les portes s’ouvrent! Il a un « Je ne sais quoi », les femmes le trouvent très beau, savez-vous, non, vous ne savez pas, vous ne savez rien, mon pauvre ami… le fait est qu’il est charmant avec sa petite mèche bouclée qui lui retombe sur le front et ce sourire éclatant que les marques de dentifrice pourraient utiliser pour leur publicité! En fait, il réussit parce qu’il a tout compris. Il a saisi comme personne avant lui que nous vivions à l’ère du marketing et que tout s’achète! Par conséquent, tout se vend, comprenez-vous? Saisissez-vous ce qu’il y a de génial dans cette perception des relations humaines, de la vie sociale en général et de la politique en particulier? Et pourtant, il vient de loin, ce petit Creton! Il est presque né pauvre dans une région sinistrée du Nord de la France! Saviez-vous que c’est un provincial comme vous? Mais non, vous ne saviez pas, il faut tout vous apprendre!… Parfaitement, jusqu’à ce qu’il suive des études à Paris, c’était un provincial comme vous, mais, sans vous vexer, il a été capable, lui, de monter à Paris et de ne pas se satisfaire d’une petite vie misérable en suivant les traces, certes honorables mais très limitées, de sa famille! Il avait de l’ambition!… Comment? Que dites-vous? Il y a ambition et ambition?… Vous ne pouvez pas vous en empêcher, vous cherchez la petite bête, vous chipotez, vous dénigrez, vous êtes de mauvaise foi et vous m’agacez… Ouvrez les yeux! Regardez autour de vous! Nous vous aimons tellement, mon cher Alceste, faites un effort, que diantre!… Vous savez bien que le monde a changé et que nous avons besoin de sang neuf! Ce n’est quand même pas vous faire injure que de considérer que vos façons de penser sont périmées! Nous toutes et tous, ici, et sans vouloir vexer personne (surtout pas Elisabeth qui fait si jeune!) nous avons à peu près le même âge, or, il n’y a que vous, Alceste, pour refuser aussi furieusement de vous mettre à la page!… Ce n’est pas bien de vous fermer ainsi à l’intelligence de la modernité et de rester volontairement out, vous nous faites de la peine!… Acceptez de mettre votre logiciel à jour!… Vous verrez, ce petit Creton ira loin, il est in, lui!…

 

Comme un boomerang

    Page sombre

(Récit en cours d’écriture)

     La vie se pétrifiait… Les spectres d’Hiroshima et de Nagasaki étaient dans toutes les têtes… La bombe atomique était revenue frapper comme un boomerang la puissance américaine déclinante, mais personne n’aurait songé à faire remonter jusqu’à elle la chaîne des responsabilités de ce massacre nucléaire qui était la pire épreuve de son histoire récente… L’attentat avait été rapidement revendiqué par les héritiers d’Al Quaïda et de l’Organisation de l’état islamique. Comme l’Hydre de Lerne, le fascisme terroriste islamiste avait toujours une nouvelle tête qui repoussait…

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

 

Sidération

     A seulement trois cents et six cents kilomètres du drame, New-York et Washington craignaient les retombées radioactives et la contagion de la panique. Le monde entier était une nouvelle fois plongé dans la sidération… Les informations tournaient en boucle sur toutes les chaînes de télévision, les réseaux sociaux étaient saturés, la téléphonie mobile débordée par les appels, la navigation sur l’Internet ralentie par des bouchons monstrueux…

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

 

11 personnages en trois phrases (ou presque)

Ma contribution à l’Atelier d’été de François Bon:

Une jeune femme fait du stop sur une route nationale. Ses cheveux blonds dépassent d’un fichu noir. Son regard bleu ciel est une vaste question silencieuse.

Le hall de l’hôpital est clair et convivial. Lieu d’orientation vers les salles de consultations, d’examens, d’opérations, de soins, endroit où l’on patiente aussi avant de se rendre vers les autres lieux d’attente prévus au détour des couloirs. On s’y repose un moment dans les fauteuils, on s’arrête devant le distributeur pour boire un café ou grignoter quelques biscuits, on échange quelques mots avec d’autres personnes. Destins croisés de gens de tous âges et aussi divers que dans la vie en bonne santé à l’extérieur. L’endroit est calme, on s’y déplace sans hâte, avec gravité, souvent avec difficulté. Beau visage d’une très jeune femme meurtrie dans sa chair.

Fête foraine. Une femme essaie d’échapper à un homme qui la suit et la harcèle. La foule reste passive.

Elle est à demi-allongée sur le trottoir, le dos appuyé contre la façade d’une agence bancaire, les vêtements chiffonnés. Elle semble dormir, elle est peut-être malade? Un sourire radieux s’affiche soudain sur le visage ravagé par les rides qu’elle tourne vers une passante qui vient de lui donner un peu d’argent en lui parlant gentiment.

Ils sont plusieurs dizaines devant la porte du recruteur, plusieurs dizaines pour un seul poste. Il ne se sent pas à l’aise. Que ressentent les autres? Les postulants entrent chacun à leur tour avec un air plus ou moins crispé ou faussement détendu (comment se sentir détendu quand l’enjeu est de gagner sa vie?). Ils ressortent le dos courbé et le regard fuyant…

On les appelle les Parisiens. Ils habitent pourtant dans le village depuis pas mal d’années. Ils retapent sans hâte les bâtiments d’une vieille ferme abandonnée et cultivent leur jardin. Les natifs trouvent qu’ils reçoivent des gens bizarres…

Les uns marchent d’un pas déterminé vers le quai où ils monteront dans un train qui partira bientôt, les autres attendent dans la gare en déambulant, boivent un café ou se restaurent. Un homme à la mine patibulaire cache un gros sac derrière un panneau publicitaire…

Une fourgonnette passe en trombe en grillant un feu rouge, suivie par une voiture de police. On a eu le temps d’apercevoir le bonnet noir enfoncé sur le front du conducteur en fuite.

Une petite gamine fait la manche et sans doute aussi les poches quand elle descend dans le métro. Elle est dans le collimateur des agents de surveillance. Qui la surveille et la protège?

Une petite vieille avance péniblement sur le trottoir en ralentissant les pas d’une jeune femme qui marche derrière elle et la reçoit dans ses bras juste au moment où la vieille dame trébuche.

Le train à destination de… va partir… Sa course est ralentie par la valise qu’elle traîne. Le train s’ébranle, elle arrive à la hauteur du dernier wagon, le temps s’étire, les secondes deviennent un monde parallèle où se joue son destin…

Mon blog

Page sombre

(Récit en cours d’écriture)

     Le blog que je tenais dans les pages web du journal pour lequel je travaillais fonctionne encore. Depuis quelques jours, je rédige des articles sur notre vie ici. Je les poste en espérant qu’ils suscitent le miracle d’un commentaire… Pourquoi continuer ce triste monologue? Le temps qui passe nous enferme dans une solitude radicale et confirme si besoin était le degré de destruction du monde…

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

    

 

L’espérance d’un salut

Page sombre

(Récit en cours d’écriture)

     Il est plus de minuit, je suis de veille informatique avec Louis. Les images qui s’affichent à l’écran sont affectées de tremblements qui nous font craindre à tout moment une panne. Il est aberrant que nous ne recevions aucun message du monde extérieur, nous ne pouvons pas admettre que tous les réseaux du monde seraient out ou que nous serions les seuls rescapés, d’autres que nous sont évidemment à l’affût du moindre signe émis par des survivants!… Une idée folle me traverse parfois l’esprit, Jean-François avait raison de se préoccuper de mon état mental… l’espérance d’un salut (ma culture judéo-chrétienne refait surface, ne suffit-il pas d’être ici et maintenant?) qui nous parviendrait de ce lieu invraisemblable que Martin avait peut-être réussi à rejoindre après son évasion!?… L’état des connaissances scientifiques et le degré de sophistication technologique qui semblaient avoir été atteints dans ce monde que Martin avait presque réussi à me rendre palpable devraient lui permettre de tenter d’entrer en communication avec nous s’il est encore en vie!… Cette idée m’obsède… mais je ne peux m’empêcher de penser, à l’inverse, que les intrusions de Martin dans nos systèmes électroniques avaient pour but de permettre aux militaires de son pays d’organiser leur sabotage et qu’il avait peut-être, ou vraisemblablement, précipité ainsi notre perte!… Je ne peux arrêter le flux d’images atroces qui tournent en boucle dans ma tête, mêlées à des pensées confuses où se glissent des souvenirs d’anciens bonheurs, recouverts de cendres par l’enfer des dernières séquences vécues… J’ai les yeux fatigués à force de fixer des images mortes pixélisées sur l’écran de l’ordinateur comme des papillons épinglés dans les vitrines des musées, et la tension nerveuse provoquée par cette attente inutile est en passe de me rendre vraiment folle…

     Ecrit depuis l’avenir

     2064


 

 

Science-fiction

Page sombre

(Récit en cours d’écriture)

     Les déclarations étranges de Martin, son comportement décalé, la capacité qu’il avait de s’abstraire subitement d’une conversation comme s’il s’envolait dans un ailleurs inconnu à des années-lumière de notre monde, permettaient de brosser un portrait de lui qui ressemblait fortement à celui d’un extra-terrestre, et certains médias friands de sensationnel n’avaient pas hésité à en faire effectivement un espion venu du froid des grandes profondeurs galactiques, franchissant ainsi le pas, pour le plus grand plaisir de leurs lecteurs avides d’histoires qui les sortaient d’un quotidien morne et triste, de la science-fiction… Pour ma part, j’avais forgé quelques hypothèses moins farfelues mais in fine non moins étonnantes que Jean-François avait balayées d’un immense éclat de rire quand j’avais essayé de lui faire partager les éléments sur lesquels reposait ma réflexion quant à ce mystérieux pays d’où venait Martin… Il n’empêche, tout aussi incroyable que cela puisse paraître, il n’est pas impossible que… mais peut-être Jean-François avait-t-il par la suite exploré cette piste sans m’en parler (secret défense!) ?… J’ai sans doute rêvé toute cette histoire, le charme de Martin aurait opéré sur moi une sorte de fascination capable de donner vie à des simulacres et de faire émerger du néant des mondes fantasmagoriques? Etrange pouvoir de la séduction exercée par un homme particulièrement beau que les foules ne parvenaient pas à diaboliser malgré les circonstances de son arrestation?… D’une certaine façon, nous étions tous fous… embarqués dans la machine infernale d’un monde détraqué dont plus personne n’était capable de tenir la barre! Les mêmes postures et les mêmes impostures issues d’une Matrice dont plus personne ne connaissait l’origine se dupliquaient à l’infini d’un bout à l’autre de la planète en engendrant partout le même type de réponse surréaliste à des situations réelles qui confinaient au désastre! La Parole de la pensée Unique diffusait ses drogues anesthésiantes dans le corps de l’Humanité qui ne trouvait plus en elle assez de force pour lutter contre son anéantissement…

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

Un univers lisse

Page sombre

(Récit en cours d’écriture)

     Martin disait venir d’un monde où tout était lisse… Au fil de nos conversations, en réunissant les bribes d’informations qu’il me livrait, je m’efforçais  de reconstituer cet univers bizarre dont il ne parlait qu’avec réticence. Personne n’y était laid, personne n’y était pauvre. Les magasins de Callipole étaient toujours approvisionnés, mais le commerce du luxe n’existait pas. Il n’y avait pas non plus de librairies. Quelques livres numériques étaient disponibles gratuitement sur un site officiel et un journal unique, gratuit lui aussi, était distribué quotidiennement à tous les habitants, dans des messageries virtuelles qui leur étaient attribuées dès la naissance avec un numéro de code qui servait à l’identification des personnes en toutes circonstances, jusqu’à la mort. Celle-ci était présentée comme un passage initiatique permettant d’accéder à des formes de vie dites supérieures. L’Etat était à l’origine d’une pensée métaphysique et philosophique sommaire qui devait apporter quelques réponses, dans la mesure du possible, aux interrogations et aux frustrations inévitables… Dans les écoles, on apprenait une langue et une culture dites « essentielles »… Les enfants n’étaient ni notés ni classés. Un responsable de l’enseignement passait dans les classes pour sélectionner ceux qui continueraient leurs études dans les institutions formant l’élite administrative…

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

En Marche arrière toute!

     Dans ses meetings, Emmanuel Macron lançait des « Je vous aime (comprendre EM) » à la volée, que son auditoire souvent jeune, diplômé et branché, lui renvoyait en miroir dans le champ clos de l’entre-soi. Emmanuel Macron et son public se regardaient les yeux dans les yeux avec une profonde admiration mutuelle et un certain dédain allant de soi pour tous ceux qui ne faisaient pas partie de leur monde. Les fans d’Emmanuel Macron étaient jeunes, beaux, en bonne santé, entreprenants et conquérants, à l’aise en toutes situations, seulement frustrés de ne pas pouvoir encore plus, désireux de repousser les limites, d’élargir jusqu’à plus soif le champ de leur réussite. Il fallait donc « libérer les énergies », vieille lune néo-libérale du siècle dernier, reprise sous de faux airs de modernité par le jeune leader charismatique du mouvement En marche, « En marche arrière toute! » ironisaient ses détracteurs de gauche. Son électorat potentiel ne se sentait pas concerné par le chômage et la précarité, le montant du salaire minimum, la pénibilité au travail, l’âge de départ à la retraite et le niveau des pensions, les conditions de remboursement des frais médicaux par la Sécurité Sociale, les allocations logement, le RSA… Pour cette partie de la population qui gagnait bien sa vie, le smic était bien trop élevé et le prix du travail des autres était un coût, les cotisations sociales une charge, les prestations sociales un poids ou un boulet, la solidarité avec les plus faibles un frein à l’expansion économique… Libérer les énergies consistait donc à rendre les pauvres encore plus pauvres en diminuant le prix du travail sous prétexte de compétitivité, et en stigmatisant les chômeurs coupables de ne pas trouver de travail dans un monde qui licenciait et supprimait des emplois sans discontinuer depuis des décennies… Emmanuel Macron ne remettait rien en cause et pourtant, il avait écrit un livre qui s’appelait « Révolution ». Le novlangue fonctionnait à plein. Il fallait selon lui changer les hommes et les idées, mais, en guise de révolution, il ne proposait que la nouveauté de sa propre personne dans le microcosme politique, et la vacuité de son absence de vision sur le nouveau monde qu’il fallait bâtir de toute urgence pour enrayer les catastrophes environnementales et sociales en cours… Son omniprésence médiatique et le phénomène de matraquage publicitaire qui en résultait faisait pourtant croître de jour en jour son aura d’homme providentiel, soigneusement entretenue par les journalistes politiques alignés comme un seul homme sur les positions de la pensée économique dominante…

      * Ce texte est rédigé au passé car il sera inséré dans le cours d’un récit écrit depuis l’avenir avec le point de vue d’une narratrice en train de vivre les derniers jours de l’Humanité et qui cherche, a posteriori, à comprendre pourquoi et comment on a pu en arriver là, en essayant de mettre en évidence les forces à l’œuvre dans le faisceau d’événements, de mouvements profonds et de décisions malencontreuses qui ont conduit à la plus grande crise écologique et sociale que l’Humanité ait jamais connue.

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

Nuit debout

  Page sombre

(Récit en cours d’écriture)

     Les gens se réveillaient d’un long sommeil, comprenaient à quel point la main occulte de l’Etat avait dissimulé et soustrait à la réflexion citoyenne tous les dossiers sensibles concernant le nucléaire. Le mouvement dit « Nuit debout », né au printemps 2016 et plus ou moins toléré (avec des accès de répression sporadiques) par les Autorités jusqu’en mai 2017, avait été interdit peu après la réélection de * François Hollande. Il reprit de la vigueur. Les jeunes et les moins jeunes occupèrent de nouveau les places. Une saine révolte recommença à gronder, dont on espérait qu’elle soit enfin le point de départ du monde rêvé majoritairement par les peuples. Comme pour les autres mouvements d’indignés qui avaient déjà tenté par le passé de fédérer les doléances et les aspirations des individus isolés pour en faire un puissant levain démocratique, la tonalité générale restait festive et pacifique. Les citoyens debout se levaient contre toute forme de violence, qu’elle soit physique, sociale, financière, économique, terroriste, étatique…

     * Voir l’Avertissement en préambule à ce récit.

     Ecrit depuis l’avenir

     2064