modèle

Un autre monde était possible

Nous étions si fragiles…

    Xavier avait été ingénieur agronome. Il aidait Sylvain dans ses expérimentations agricoles. Lui aussi, au cours de sa vie antérieure, avait milité pour un autre modèle économique et d’autres pratiques de développement, respectueuses des ressources de la planète. Ils avaient tous deux l’expérience des modes de fonctionnement autogestionnaire des petites communautés libertaires qui s’étaient développées dans le monde entier dans la foulée du mouvement des indignés, après les grands rassemblements de l’année 2012. Les démocraties, à cette époque, étaient déjà très malades. Les représentations parlementaires trahissaient en permanence l’expression de la volonté populaire, les pouvoirs intermédiaires étaient incapables d’assurer la transmission, les partis politiques étaient complètement sclérosés, les médias diffusaient un bougli-bougla insipide destiné à occuper les esprits tout en les privant de réflexion. L’époque, plus que toute autre, aimait le divertissement, qui lui était désormais offert non plus seulement sur les écrans de télévision classique, mais aussi sur toutes sortes de supports connectés, nomades et tactiles. Les professionnels de la politique usaient et abusaient des sondages et des techniques de communication pour devancer l’opinion et l’orienter dans le sens qu’ils souhaitaient. Mais les réseaux sociaux étaient nés, facebook, twitter, et ce dernier surtout permettait un échange d’informations partout et à tout moment à l’instant même où un événement se produisait, où se tenait une réunion, un rassemblement, où se faisaient les discours. L’échange était théoriquement limité (à cette époque) par l’obligation de condenser les messages en 140 caractères (pas un de plus!), mais cette contrainte était contournée par l’ajout de liens qui renvoyaient les interlocuteurs vers des sites, blogs, journaux électroniques, qui procuraient aux auteurs l’espace nécessaire pour développer leurs idées, au grand dam de la presse traditionnelle qui voyait se lever devant elle des citoyens lambda qui faisaient oeuvre de journalisme, et de l’intelligentsia admise dans les palais de la République dont la pensée à la mode était brillamment contestée par des anonymes qui faisaient preuve d’une rigueur intellectuelle dont elle n’avait plus l’habitude et qui aurait dû lui faire honte…

Droit dans le mur

    En 2015, l’Humanité jouait son avenir. La chancelière Angela Merkel s’était appuyée sur la sensibilité des Allemands à l’écologie, après la catastrophe de Fukushima, pour sortir du nucléaire et accélérer le développement des énergies renouvelables. Le président nord américain Barack Obama ne manquait pas d’intelligence mais sans doute de volonté, et se heurtait aux puissants lobbys du charbon qui répandaient dans l’opinion publique les poisons de l’idéologie climato-sceptique qu’ils finançaient et nourrissaient. La Chine, gros pollueur préoccupé de son essor économique récent, commençait à prendre la mesure du problème en voyant les brumes épaisses du smog asphyxier ses villes, mais de la prise de conscience à la mise en oeuvre d’un modèle de développement durable, le chemin serait long, il n’était pas réaliste de compter sur elle pour changer rapidement le cours des choses… La France aurait pu, aux côtés de l’Allemagne, jouer un rôle moteur. Mais la grande conférence sur le climat était à peine terminée que le président de la République française, au lieu d’en exploiter les conclusions pour lancer le pays dans une dynamique vertueuse de relance économique par la transition écologique, avait sorti de son chapeau un projet de révision de la Constitution qui avait jeté le trouble dans l’opinion et déclenché la colère d’un très grand nombre de socialistes et/ou d’humanistes républicains…

Mensonges d’État

    Après les années de crise qui avaient suivi le krach financier de 2008, François Hollande avait pensé qu’il suffisait d’attendre que la croissance revienne. Mais elle ne revenait pas, elle ne pouvait pas revenir comme dans les années fastes du vingtième siècle. Le vieux monde était fini, le nouveau tardait à émerger en raison de tous les freins mis en oeuvre par les tenants du modèle ancien. François Hollande était de ceux-là, au grand dam de ses alliés écologistes, même s’il avait organisé à Paris en décembre 2015, juste après les attentats de novembre, une grande conférence internationale sur le climat, qui avait réuni 195 pays. L’affichage était grandiose, les politiques étaient passés maîtres dans l’art de la com’! Les opinions publiques étaient priées de retenir que le réchauffement ne dépasserait pas 1,5°, seuil au-delà duquel les peuples les plus exposés de la planète ne pourraient pas survivre et alimenteraient de plus belle les cohortes de réfugiés climatiques. Mais ce volontarisme apparent cachait mal les réticences des pays les plus puissants à accepter leur part de responsabilité et à financer la mise en oeuvre des mesures qui auraient pu encore à cette époque enrayer vraiment l’emballement du dérèglement climatique. La planète brûlait, on était dans l’urgence, mais les décisions importantes étaient repoussées à l’horizon 2020-2025! Comment expliquer un tel déni des réalités? Une telle incapacité à agir? On ne peut rien bâtir sur le mensonge. Les politiques étaient des imposteurs. Les mêmes qui reprochaient leurs postures démagogiques aux populistes mentaient effrontément à l’Assemblée nationale ou à la barre des accusés, mentaient aux citoyens, manipulaient les chiffres, déformaient la réalité, cachaient leurs véritables motivations qui étaient à l’opposé de leurs déclarations! Le philosophe Platon déplorait déjà dans son ouvrage La République la médiocrité intellectuelle et morale des personnages publics qui sévissaient de son temps à Athènes, et leurs travers avaient été mis en scène par le poète comique Aristophane. Rien de nouveau sous le soleil, par conséquent? Sans doute, du seul point de vue de la psychologie humaine. Mais nous n’étions plus à l’échelle minuscule d’une petite cité qui, pourtant, avait fait grandir le monde, donné aux peuples leurs lettres de noblesse, inventé la philosophie et avec elle tout ce qui aurait dû prémunir contre la bêtise! Les agissements irresponsables des dirigeants ou leurs décisions inadaptées ne mettaient désormais en péril rien de moins que la pérennité de la vie sur la Terre…

Il n’y a plus de mots…

Page sombre

(Récit en cours d’écriture)

     Cette discrimination sociale, avec ses retombées calamiteuses sur la perception des minorités, s’était malheureusement accentuée au cours des trois décennies suivantes. L’entêtement des politiques marchéistes à faire perdurer un modèle économique qui avait épuisé les ressources de la planète et mis au ban de la société une partie de plus en plus grande de la population nous aura conduits au désastre absolu. O fatalité! Misère de l’espèce humaine!… Cette fois, nous sommes arrivés à la fin de la tragédie, le chœur chargé des lamentations a disparu, la masse des anonymes a été engloutie par des catastrophes sans nom, il n’y a plus de mots pour dire le Mal… Logos, le langage, a échoué… Cronos a pu manger tous ses enfants, le chaos a eu raison de la lumière!… Les humains avaient reçu le don de vivre en bonne intelligence, ils ont préféré l’obscurité, le charme des ombres, et les simulacres de la toute-puissance que ne leur avaient pas octroyée les dieux…

     Le piano de Louis 

     2064

 

Jouer le « jeu »

(fiction en cours d’écriture)

     Sylvain et Xavier étaient les héritiers de ces précurseurs qui avaient essayé en vain de faire bouger les lignes. Comment expliquer leur échec? Nous étions tous dans le même bateau, personne n’avait intérêt à le laisser couler!…

     Les médiocres avaient pris le pouvoir (La Médiocratie, d’Alain Deneault, éd. Lux, 2015)…

     Les gens étaient interchangeables au sein de grands ensembles de production qui échappaient à la conscience d’à peu près tout le monde, à l’exception de ceux qui en étaient les architectes et les bénéficiaires. Ce modèle entrepreneurial avait été érigé en modèle et l’action politique réduite à la recherche d’une solution immédiate à un problème immédiat, ce qui excluait toute réflexion de long terme fondée sur des principes, toute vision politique du monde publiquement débattue… Le médiocre devait avoir une connaissance utile qui n’enseigne pas à remettre en cause ses fondements idéologiques; l’esprit critique était redouté car s’exerçant à tout moment envers toute chose, ouvert au doute, toujours soumis à sa propre exigence. Le médiocre devait jouer le jeu, surtout ne rien déranger, ne rien inventer qui aurait pu remettre en cause l’ordre économique et social. Expression souriante et d’apparence banale, jouer le jeu voulait pourtant dire accepter des pratiques officieuses qui servaient des intérêts à courte vue, se soumettre à des règles en détournant les yeux du non-dit, de l’impensé qui les sous-tendaient, accepter de ne pas citer tel nom dans tel rapport, faire abstraction de ceci, ne pas mentionner cela, permettre à l’arbitraire de prendre le dessus. Au bout du compte, jouer le jeu consistait, à force de tricher, à générer des institutions corrompues. (cf l’ Entretien avec Alain Deneault, philosophe à l’Université de Montréal, paru dans telerama.fr, décembre 2015)

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

Vie antérieure

  

(fiction en cours d’écriture)

    Xavier avait été ingénieur agronome. Il aidait Sylvain dans ses expérimentations agricoles. Lui aussi, au cours de sa vie antérieure, avait milité pour un autre modèle économique et d’autres pratiques de développement, respectueuses des ressources de la planète. Ils avaient tous deux l’expérience des modes de fonctionnement autogestionnaire des petites communautés libertaires qui s’étaient développées dans le monde entier dans la foulée du mouvement des indignés, après les grands rassemblements de l’année 2012.

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

En 2015

    

(fiction en cours d’écriture)

     En 2015, l’Humanité jouait son avenir. Certains hommes, certaines femmes d’Etat l’avaient compris. La chancelière Angela Merkel s’était appuyée sur la sensibilité des Allemands à l’écologie, après la catastrophe de Fukushima, pour sortir du nucléaire et accélérer le développement des énergies renouvelables. Le président nord américain Barack Obama ne manquait ni d’intelligence ni de volonté, mais se heurtait aux puissants lobbys du charbon qui répandaient dans l’opinion publique les poisons de l’idéologie climato-sceptique qu’ils finançaient et nourrissaient. La Chine, gros pollueur préoccupé de son essor économique récent, commençait à prendre la mesure du problème en voyant les brumes épaisses du smog asphyxier ses villes, mais de la prise de conscience à la mise en oeuvre d’un modèle de développement durable, le chemin serait long, il n’était pas réaliste de compter sur elle pour changer rapidement le cours des choses… La France aurait pu, aux côtés de l’Allemagne, jouer un rôle moteur. Mais la France était gouvernée par François le très petit… La grande conférence sur le climat était à peine terminée que le président de la République française, au lieu d’en exploiter les conclusions pour lancer le pays dans une dynamique vertueuse de relance économique par la transition écologique, avait sorti de son chapeau un projet de révision de la Constitution qui avait jeté le trouble dans l’opinion et déclenché la colère d’un très grand nombre de socialistes et/ou d’humanistes républicains…

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

Vieux monde

    

(fiction en cours d’écriture)

     Après les années de crise qui avaient suivi le krach financier de 2008, François Hollande avait pensé qu’il  suffisait d’attendre que la croissance revienne. Mais elle ne revenait pas, elle ne pouvait pas revenir comme dans les années fastes du vingtième siècle. Le vieux monde était fini, le nouveau tardait à émerger en raison de tous les freins mis en oeuvre par les tenants du modèle ancien. François Hollande était de ceux-là, au grand dam de ses alliés écologistes, même s’il avait organisé à Paris en décembre 2015, juste après les attentats de novembre, une grande conférence internationale sur le climat, qui avait réuni 195 pays. L’affichage était grandiose, les politiques étaient passés maîtres dans l’art de la com’! Les opinions publiques étaient priées de retenir que le réchauffement ne dépasserait pas 1,5°, seuil au-delà duquel les peuples les plus exposés de la planète ne pourraient pas survivre et alimenteraient de plus belle les cohortes de réfugiés climatiques. Mais ce volontarisme apparent cachait mal les réticences des pays les plus puissants à accepter leur part de responsabilité et à financer la mise en oeuvre des mesures qui auraient pu encore à cette époque enrayer vraiment l’emballement du dérèglement climatique.

     Ecrit depuis l’avenir

     2064