Chronique

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Premières pages

 

3 mai

Les géraniums devant la fenêtre: trois bouquets alignés comme un point de suspension…

La fenêtre est quadrillée comme du papier.

4 mai

Je descends vers la ville en voiture, puis je remonte vers mon village: combien de fois?

5 mai

Hachures sur le mur blanc, j’ai relevé la tête, les lamelles du store de mon bureau scandent l’espace.

6 mai

La flèche de la cathédrale pointe le ciel.

7 mai

Je regarde le dessin des pilotes de ligne.

8 mai

Parfum des aubépines, tous les arbres sont en fleurs, le hêtre achève de déployer ses feuilles.

9 mai

Entre le parking en sous-sol et le self-service, traversée d’un couloir aux murs peints d’une couleur fluorescente: sas psychédélique.

10 mai

Bras légèrement écartés, mains légèrement arrondies, j’interroge l’écran de mon ordinateur pour lui répondre au clavier.

11 mai

Au coin d’une rue, à ma droite en allant, à ma gauche en revenant, des alignements de croix et de stèles uniformes jettent des éclats blancs à travers la verdure d’un quadrilatère qui a la dimension d’un terrain de foot.

La guerre est dans la ville.

12 mai

Pluie d’orage, lueurs orange, son du canon.

13 mai

Une image arrêtée est posée comme un logo en haut de l’écran, à gauche de la tête du présentateur du journal télévisé, dont les lèvres articulent des mots qui désignent la guerre.

14 mai

Il a plu, les pâquerettes sont encore en boule.

15 mai

Un couple de canards au col vert papote au bord de l’étang, au pied d’un banc.
Une bande d’hirondelles picore l’eau, devant leur bec.

16 mai

Les nouvelles du jour sont cruelles, je n’ai pas zappé assez vite. Repli vers une chaîne musicale, entre deux notes, une utopie.

17 mai

Vapeur verte, poussière dorée, brume festive dans le jardin.

18 mai

Dans la cheminée, le feu murmure. Dehors, le jour s’éteint. Les vitres prennent leur tain de nuit.

19 mai

Le chant des oiseaux qui se réveillent m’informe que je m’endors au point du jour.

Je présente mon badge, la pointeuse enregistre mon retard.

20 mai

Ne pas oublier la lampe-torche dans le sac-à-dos.

21 mai

La circulation est ralentie par un tracteur. Les automobilistes pressés le dépassent. Ce matin, j’ai le temps. Je change de direction.

22 mai

Averses et rafales, bon temps pour ravaler.

Avaler les kilomètres.

23 mai

Eblouissement à cent mètres! Vertige à la pensée de tout ce que je n’ai pas vu à cent mètres de moi-même…

24 mai

« Tout livre est une maison qui, sur les routes du monde, attend le voyageur exténué. Une chaleur agréable y règne. Les fenêtres sont ouvertes vers des paysages enchanteurs. Dans la chambre du milieu est dressée une table magique où les plats et les coupes ne se vident jamais. »

25 mai

Deux générations seulement sont réunies autour de la table familiale. Celle d’avant, ascendante, s’est envolée avant la fin du repas.

26 mai

Les couples ont le naturel et la beauté des origines. L’Europe et l’Asie, l’Afrique et l’Amérique se tiennent par la main. Loce et Anie brisent les silences et rient dans les éclaboussures.

27 mai

Flux et reflux.
La mer (mère?) a lavé nos traces.
Le monde est comme au premier jour.

28 mai

Bleu (turquoise, émeraude, outremer…)

29 mai

Blanc (la page et le sable)

30 mai

Rouge (le sang qui bat dans le drapeau)

31 mai

(Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir)

1er juin

Premier lever?

2 juin

Je marche contre le vent, contre la marée.
Force de l’eau.
L’érosion tourne mes pas en dérision.
La plage est lissée, les inscriptions gommées: méditer ce refus de l’encrage.
Regarder l’eau et le vent sculpter le paysage.

3 juin

Une flotille s’accroche à une crête de vagues: pour combien de temps?

4 juin

Clarté de l’eau, de l’air, de la nuit sous la lune.

5 juin

L’eau et le vent mêlés me renversent, me battent comme un îlot.
Il est clair que je ne vaux pas plus qu’un grain de sable.

6 juin

J’ai vu des oiseaux étranges, peut-être un albatros.

7 juin

Je suis déjà si loin de cet autre monde…

8 juin

Les oiseaux d’ici se cachent, ou bien je ne les vois plus.

9 juin

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle

Rentrer, vite, pour imprimer l’oppression.

10 juin

J’ai vu sortir du champ, assoiffés, un renard avec une faisane.

11 juin

Les pins sont des mâts, je suis un matelot dans son hamac.

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