Voix du Nord

«Le Joueur initial» de Françoise Gérard plonge dans son enfance armentiéroise

Publié le 12/07/2015
CATHERINE QUÉTELARD
Sa vie l’a menée loin d’Armentières et d’Houplines où elle a passé enfance et adolescence. Elle y revient dans trois récits dont le dernier Le Joueur Initial sort en septembre.

Une petite balle de caoutchouc attachée à un élastique, une raquette de bois et voilà le Jokari, jeu en vogue dans les années 50 qui rythme le récit de Françoise Gourdin-Gérard. La balle rebondit sur le sol en terre battue de la rue A. et M. Mahieu, dans un « faubourg ouvrier » d’Armentières où la famille emménage après avoir vécu à Houplines, rue Curie. On croise la rue des Murets, le terrain vague, le Chemin vert, celui qui la mène à l’école Jean-Jacob d’Houplines où elle reste scolarisée. Autour des trois pompes à eau, les voisins se retrouvent. L’eau courante sera installée quelques années plus tard. Le père est tisserand le jour (chez Dufour-Deren), musicien la nuit. On suit le ballet agile des mains de maman – « ma mère était une virtuose »- sur la machine à coudre : « Mécanicienne à domicile, elle confectionnait des pièces de vêtements par série ». La famille ne roule pas sur l’or : « c’est cher, cher pour ce que c’est » revient dans la bouche de sa mère, quand, main dans la main, elles se rendent au marché du vendredi, sur « la Grand’place », autant dire une expédition. Si la maman y trouve du tissu pour confectionner des robes, la petite n’a pas droit aux belles bulles de savon qui la font tant rêver. « Je ne voudrais pas tomber dans le misérabilisme, on était assez heureux » commente Françoise Gérard, mais « la vie matérielle était dure ».
L’école lui ouvre les portes d’un monde inconnu, celui des mots. Comme la petite balle du jokari, elle les imagine rebondissant pour tisser des phrases. « Chez nous, les conversations se limitaient à l’essentiel, c’est à dire aux nécessités matérielles de la vie, comme les repas, les courses, la lessive et le travail de mon père ». Chez sa grand-mère, le dimanche, devant un petit verre de bière blonde et un biscuit, elle lorgnait, pour tromper l’ennui, sur les revues. « La lecture était un acte très sérieux qui consistait à tourner les pages d’un magazine ou d’un journal, si possible en fronçant les sourcils. Mon père était impressionnant, le soir, après le repas, quand ses yeux écoutaient-lisaient La Voix du Nord ». Mais paradoxalement son père ne l’a jamais félicitée pour une bonne note et même voyait d’un mauvais œil qu’elle quitte la classe ouvrière à laquelle il appartenait, une fierté. Comme son « attachement viscéral à la famille, soudée, solidaire ».
Françoise quittera Armentières pour Lille où elle sera interne à Faidherbe, en hypokhâgne. Elle enseignera les lettres classiques, bougera à Saint-Quentin, Villeneuve-d’Ascq, Hem, Roubaix et Amiens, aura deux fils, travaillera au ministère de l’écologie, à l’OPAC d’Amiens, à la direction de l’équipement. Elle a toujours écrit. Depuis 1999, elle a trouvé une maison d’édition qui lui convient, la Chambre d’échos, et s’offre une plongée dans le vécu intérieur singulier de son enfance. Une enfance armentiéroise. D’une plume exigeante et poétique, elle livre des récits courts, profonds et légers à la fois.
Ses trois récits sur son enfance (Le dernier mot d’elle, Couleur Sienne et Le Joueur initial, à paraître en septembre) sont disponibles à La Chambre d’échos (13, 12,5 et 12 euros). http://www.lachambredechos.com

La Voix du Nord

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