politique

La RĂ©publique en Marche arrière

Liste des reculs

2017

Juin/Juillet

Pouvoir :

  • Mise en place d’un mode de gouvernance monarchique avec un PrĂ©sident qui a les pleins pouvoirs et une majoritĂ© passive Ă  l’AssemblĂ©e Nationale; convocation du Congrès de Versailles oĂą seule compte la parole du PrĂ©sident…

Ecologie :

  • Abandon par l’Europe, Ă  la demande de la France, de la Taxe sur les Transactions Financières, qui devait financer la lutte contre le rĂ©chauffement climatique.
  • Aval de la France pour un texte europĂ©en peu contraignant sur les perturbateurs endocriniens, en recul par rapport au projet qu’elle soutenait antĂ©rieurement.

Droits humains :

  • RĂ©duction de l’aide au dĂ©veloppement (climato-compatible…) des pays pauvres, alors que le PR se dit conscient (?!) que la lutte contre le terrorisme se joue aussi sur ce front!…
  • Distributions d’eau et de nourriture aux migrants interdites!!!

Retraités et fonctionnaires :

  • Gel du point d’indice des fonctionnaires et rĂ©tablissement du jour de carence (que les grandes entreprises ne pratiquent pas) en cas d’arrĂŞt maladie.
  • Augmentation de 1,7% de la CSG accompagnĂ©e d’une baisse de 3,5% des cotisations salariales dans le secteur privĂ© (le gain de pouvoir d’achat est d’autant plus important que le salaire est Ă©levĂ©!), mais sans compensation pour les fonctionnaires et les retraitĂ©s, dont les revenus diminuent de facto.

Fiscalité :

  • Cantonnement de l’ISF aux seuls biens immobiliers (coĂ»t pour l’Etat: 4 milliards, mais gain de 2 milliards pour les 3000 mĂ©nages français les plus riches!).
  • Instauration d’un PrĂ©lèvement Forfaitaire Unique de 30% sur les valeurs mobilières (coĂ»t pour l’Etat: 3 milliards, mais gain de 1,3 milliard pour les 3000 mĂ©nages français les plus riches!).

Travail :

  • Novlangue: le « compte pĂ©nibilitĂ© » est rebaptisĂ© compte de prĂ©vention mais se voit privĂ© de 4 de ses piliers (contact avec les produits chimiques, charges lourdes, postures pĂ©nibles, vibrations…) et le dĂ©part en retraite anticipĂ© ne sera possible qu’en cas de maladie professionnelle dĂ©clarĂ©e…

A suivre

A chacun sa responsabilitĂ©

Félix Nussbaum Pour ne jamais oublierImage empruntée à @f_lebel sur Twitter.

La moitiĂ© du pays est en souffrance: territoires abandonnĂ©s, chĂ´meurs, prĂ©caires, travailleurs pauvres, etc… et les Ă©lecteurs ont manifestĂ© le 23 avril dernier leur dĂ©sarroi, leur colère, leur dĂ©sir d’une politique Ă©conomique et sociale qui soulage leurs maux en votant massivement pour les candidats, si diffĂ©rents soient-ils par ailleurs et quels que soient leurs degrĂ©s respectifs de sincĂ©ritĂ©, qui proposent de rompre avec la financiarisation mondialisĂ©e de l’Ă©conomie et/ou d’empĂŞcher le dumping fiscal et social europĂ©en. Pourtant, Emmanuel Macron vient d’annoncer, entre les deux tours de l’Ă©lection prĂ©sidentielle, qu’il ne changera pas une ligne de son programme, alors qu’il prĂ©tend « en mĂŞme temps » rassembler les Françaises et les Français! Est-ce bien raisonnable ? Bien sĂ»r que non. Ce faisant, il endosse la responsabilitĂ© de renforcer le dĂ©sespoir social qui fait grossir la vague brune ! Un grand nombre de sympathisants ou d’Ă©lecteurs de Marine Le Pen ne sont pas racistes. Avez-vous regardĂ© le reportage d’Elise Lucet dans l’Ă©mission « EnvoyĂ© spĂ©cial » ? Avez-vous Ă©tĂ© tĂ©moin, grâce Ă  ce reportage, de l’Ă©change amical entre les ouvriers de l’Intersyndicale de l’usine Whirpool d’Amiens et l’un des ouvriers polonais de la nouvelle usine qui va bientĂ´t remplacer la leur ? Comprenez-vous que c’est bien le dĂ©sespoir social qui alimente le vote FN ? Comprenez-vous, par consĂ©quent, que le score de Marine Le Pen aurait Ă©tĂ© nettement plus Ă©levĂ© sans la belle campagne humaniste de Jean-Luc MĂ©lenchon et de la France Insoumise ? Et, le reconnaissant, pourquoi ne pas en savoir grĂ© aux Ă©lecteurs insoumis plutĂ´t que de leur faire le procès odieux d’une quelconque complicitĂ© avec le Front national ? Cette attitude est irresponsable. Au premier tour, j’ai votĂ© pour le programme de la France Insoumise car il Ă©tait Ă  mes yeux, et le reste Ă©videmment pour les lĂ©gislatives, face aux grands enjeux Ă©cologiques et sociaux de notre temps, le plus cohĂ©rent et le plus abouti de tous ceux qui nous ont Ă©tĂ© proposĂ©s. Au second tour, je voterai pour Emmanuel Macron la mort dans l’âme et contre mes convictions en ayant Ă  l’esprit les raisons dĂ©veloppĂ©es par Olivier Tonneau dans sa *Lettre aux Insoumis. Mais comme lui, je ne jetterai pas l’opprobre sur ceux et celles qui choisiront de s’abstenir ou de voter blanc ou nul ! Car « en aucun cas, les Insoumis n’endosseront la culpabilitĂ© de l’arrivĂ©e des fascistes au pouvoir, et ce quoi qu’ils votent. Elle n’incombe qu’aux libĂ©raux qui sèment le dĂ©sespoir et bien sĂ»r aux fascistes eux-mĂŞmes. Que nous nous trouvions face Ă  un choix très difficile ne change rien au fait que les seuls responsables sont ceux qui nous ont mis face Ă  ce choix. » Ă€ chacun sa responsabilitĂ©.

*Face au FN : Lettre aux Insoumis tentĂ©s par l’abstention.

Emmanuel Macron, un putsch du CAC 40

Le feu Ă  la plaine

Unknown-3.jpegComment le candidat d’« En marche ! » a été entièrement fabriqué par des médias entre les mains du capital, et pourquoi il est encore temps de résister à ce coup de force.

C’était à la fin de l’été dernier, je venais de rendre le manuscrit du « Monde libre ». Mon regard errait devant les images de BFM TV, dans les vestiges d’une canicule parisienne achevée il y a peu. C’est alors que je compris brutalement que l’année 2017 serait terrible, et que la présidentielle à venir ne ressemblerait à rien de ce que ce pays avait connu jusqu’ici. La première chaîne d’informations en continu du pays, fleuron du groupe Altice-SFR détenu par Patrick Drahi, n’avait pas lésiné sur les moyens en ce 30 août 2016. Le tout pour couvrir un événement considérable, imaginez du peu : la démission du ministère de l’économie d’un jeune baron du hollandisme encore quasi inconnu du public deux ans…

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Cauchemar Ă  l’ElysĂ©e

(RĂ©cit en cours d’Ă©criture)

Emmanuel Macron n’était qu’un leurre, le champion ou la marionnette consentante des milieux d’affaires dont il servait les intĂ©rĂŞts – et non pas l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral ou le bien commun – mais il Ă©tait devenu le phare incontournable de la vie politique française. Le scandale qui entachait la campagne du candidat rĂ©publicain François Fillon et la dĂ©composition du parti socialiste lui ouvraient un boulevard. Marine Le Pen Ă©tait assurĂ©e d’être au second tour de l’Ă©lection prĂ©sidentielle, il serait vraisemblablement le challenger. Elle proposerait aux Françaises et aux Français un projet certes souverainiste mais surtout xĂ©nophobe, il dĂ©fendrait une vision europĂ©enne de la France, certes plus sympathique, mais essentiellement alignĂ©e sur les positions nĂ©o-libĂ©rales marchĂ©istes habituelles de la Commission, caractĂ©risĂ©es par le dumping social et le dumping fiscal, qui mettaient en concurrence tous les territoires avec pour consĂ©quence dramatique l’appauvrissement gĂ©nĂ©ral des citoyens les plus fragiles. Comme Bernie Sanders aux Etats-Unis en 2016, *le candidat de la France insoumise, Jean-Luc MĂ©lenchon, aurait pu Ă©viter au pays d’avoir Ă  choisir entre Charybde ou Scylla, car son programme Ă©cologique et social rĂ©pondait aux grands dĂ©fis qu’il aurait fallu enfin relever. Jusqu’à la veille du premier tour, on avait pensĂ© qu’il pouvait se qualifier. Le suspense fut insoutenable. Mais il n’était finalement arrivĂ© que troisième avec 20% des voix derrière l’illusionniste  Emmanuel Macron (21%) et la xĂ©nophobe Marine Le Pen (24%), les candidats des grands partis de la cinquième RĂ©publique ne faisant que 17% (François Fillon) et 9% (BenoĂ®t Hamon), les « petits » candidats se partageant les 9% restant. L’Histoire retiendrait que si les frondeurs du parti socialiste, qui avaient critiquĂ© les gouvernements successifs de François Hollande sans jamais toutefois voter de motion de censure Ă  l’AssemblĂ©e nationale, et si BenoĂ®t Hamon, leur chef de file, vainqueur de la primaire, avaient ajoutĂ© leurs voix Ă  celles du mouvement populaire (et non pas populiste) « La France insoumise », qui soutenait Jean-Luc MĂ©lenchon, ce dernier aurait permis aux forces de gauche d’accĂ©der au second tour. Mais ce ne fut pas le cas. La France rĂ©publicaine bafouĂ©e assista impuissante Ă  l’entrĂ©e de l’extrĂŞme-droite et de Marine Le Pen Ă  l’ElysĂ©e. Un cauchemar…

Texte publié le 18 avril 2017.

*Jean-Luc MĂ©lenchon et ses Ă©lecteurs insoumis rĂ©ussissaient Ă  dĂ©tourner du Front National une partie des ouvriers et employĂ©s dĂ©daignĂ©s aussi bien par les socialistes que par la droite rĂ©publicaine. Sans eux, le score de Marine Le Pen aurait Ă©tĂ© bien plus Ă©levĂ©. Mais l’aveuglement ou la mauvaise foi de leurs adversaires les firent disparaĂ®tre de la scène politique et laissèrent le champ libre au FN victorieux…

Ă€ suivre.

Ce texte est rédigé au passé car il sera inséré dans le cours d’un récit-fiction écrit depuis l’avenir avec le point de vue d’une narratrice en train de vivre les derniers jours de l’Humanité et qui cherche, a posteriori, à comprendre pourquoi et comment on a pu en arriver là, en essayant de mettre en évidence les forces à l’œuvre dans le faisceau d’événements, de mouvements profonds et de décisions malencontreuses qui ont conduit à la plus grande crise écologique et sociale que l’Humanité ait jamais connue.

Ecrit depuis l’avenir

2064

Ce que nous dit le déferlement politico-médiatique anti-Mélenchon

La plume d'un enfant du siècle

« Il y a un péril face aux simplifications, face aux falsifications, qui fait que l’on regarde le spectacle du tribun plutôt que le contenu de son texte ». En une phrase, en 28 petits mots, en une déclaration concise nichée au cœur d’une interview donnée au Point, François Hollande a fait son retour sur la scène politico-médiatique française. Lui qui avait ostensiblement montré son indifférence lors de la primaire organisée par le Parti Socialiste et ses satellites, lui qui s’est soigneusement gardé de soutenir le candidat issu de ladite primaire, le voilà qui sort du bois pour attaquer Jean-Luc Mélenchon sans le nommer – ce qui n’est pas la preuve d’une très grande classe.

Le président pour encore quelques semaines a également affirmé que cette campagne «[sentait] mauvais». François Hollande a donc décidé de prendre la parole pour énoncer ce jugement au moment même où Jean-Luc Mélenchon fait…

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En Marche arrière toute!

     Dans ses meetings, Emmanuel Macron lançait des « Je vous aime (comprendre EM) » Ă  la volĂ©e, que son auditoire souvent jeune, diplĂ´mĂ© et branchĂ©, lui renvoyait en miroir dans le champ clos de l’entre-soi. Emmanuel Macron et son public se regardaient les yeux dans les yeux avec une profonde admiration mutuelle et un certain dĂ©dain allant de soi pour tous ceux qui ne faisaient pas partie de leur monde. Les fans d’Emmanuel Macron Ă©taient jeunes, beaux, en bonne santĂ©, entreprenants et conquĂ©rants, Ă  l’aise en toutes situations, seulement frustrĂ©s de ne pas pouvoir encore plus, dĂ©sireux de repousser les limites, d’Ă©largir jusqu’Ă  plus soif le champ de leur rĂ©ussite. Il fallait donc « libĂ©rer les Ă©nergies », vieille lune nĂ©o-libĂ©rale du siècle dernier, reprise sous de faux airs de modernitĂ© par le jeune leader charismatique du mouvement En marche, « En marche arrière toute! » ironisaient ses dĂ©tracteurs de gauche. Son Ă©lectorat potentiel ne se sentait pas concernĂ© par le chĂ´mage et la prĂ©caritĂ©, le montant du salaire minimum, la pĂ©nibilitĂ© au travail, l’âge de dĂ©part Ă  la retraite et le niveau des pensions, les conditions de remboursement des frais mĂ©dicaux par la SĂ©curitĂ© Sociale, les allocations logement, le RSA… Pour cette partie de la population qui gagnait bien sa vie, le smic Ă©tait bien trop Ă©levĂ© et le prix du travail des autres Ă©tait un coĂ»t, les cotisations sociales une charge, les prestations sociales un poids ou un boulet, la solidaritĂ© avec les plus faibles un frein Ă  l’expansion Ă©conomique… LibĂ©rer les Ă©nergies consistait donc Ă  rendre les pauvres encore plus pauvres en diminuant le prix du travail sous prĂ©texte de compĂ©titivitĂ©, et en stigmatisant les chĂ´meurs coupables de ne pas trouver de travail dans un monde qui licenciait et supprimait des emplois sans discontinuer depuis des dĂ©cennies… Emmanuel Macron ne remettait rien en cause et pourtant, il avait Ă©crit un livre qui s’appelait « RĂ©volution ». Le novlangue fonctionnait Ă  plein. Il fallait selon lui changer les hommes et les idĂ©es, mais, en guise de rĂ©volution, il ne proposait que la nouveautĂ© de sa propre personne dans le microcosme politique, et la vacuitĂ© de son absence de vision sur le nouveau monde qu’il fallait bâtir de toute urgence pour enrayer les catastrophes environnementales et sociales en cours… Son omniprĂ©sence mĂ©diatique et le phĂ©nomène de matraquage publicitaire qui en rĂ©sultait faisait pourtant croĂ®tre de jour en jour son aura d’homme providentiel, soigneusement entretenue par les journalistes politiques alignĂ©s comme un seul homme sur les positions de la pensĂ©e Ă©conomique dominante…

      * Ce texte est rĂ©digĂ© au passĂ© car il sera insĂ©rĂ© dans le cours d’un rĂ©cit Ă©crit depuis l’avenir avec le point de vue d’une narratrice en train de vivre les derniers jours de l’HumanitĂ© et qui cherche, a posteriori, Ă  comprendre pourquoi et comment on a pu en arriver lĂ , en essayant de mettre en Ă©vidence les forces Ă  l’Ĺ“uvre dans le faisceau d’Ă©vĂ©nements, de mouvements profonds et de dĂ©cisions malencontreuses qui ont conduit Ă  la plus grande crise Ă©cologique et sociale que l’HumanitĂ© ait jamais connue.

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

En Marche

     Chaque pays de l’OCDE Ă©tait fracturĂ© par une ligne de rĂ©partition des richesses de plus en plus dĂ©favorable non seulement aux pauvres mais aussi aux classes moyennes basses, dont le statut Ă©tait de moins en moins enviable. Les frontières physiques entre pays Ă©taient devenues beaucoup moins importantes que cette nouvelle gĂ©ographie politico-socio-Ă©conomique qui prenait possession de toute la planète avec partout les mĂŞmes consĂ©quences de dĂ©stabilisation profonde des Ă©quilibres qui fondaient jusqu’alors un minimum de cohĂ©sion sociale. Le dĂ©sarroi des gens formait le terreau nourricier des extrĂŞmes-droites nationalistes et des nouveaux dĂ©magogues qui surgissaient de toutes parts. En France, le hollandisme avait ouvert la voie Ă  une nouvelle sorte de populisme du centre incarnĂ© par Emmanuel Macron, ancien ministre de l’Ă©conomie de François Hollande. Se prĂ©tendant ni de droite ni de gauche, transformant son inexpĂ©rience politique en argument de campagne lui donnant les vertus d’un homme nouveau, qui n’aurait pas les dĂ©fauts habituels des postulants aux plus hautes responsabilitĂ©s de l’Etat, et faisant de l’immaturitĂ© que lui reprochaient ses adversaires le gage de sa bonne foi et de son honnĂŞtetĂ©, Emmanuel Macron avait inventĂ© le mouvement En Marche, aux initiales de ses nom et prĂ©nom, tout un programme!… pour qu’il le conduise sur le perron de l’ElysĂ©e. Un vieux cacique lui avait apportĂ© son soutien, François Bayrou, qui avait Ĺ“uvrĂ© et manĹ“uvrĂ© en vain pendant toute sa vie pour que la France soit gouvernĂ©e au centre, selon le vĹ“u dĂ©jĂ  ancien du prĂ©sident de la RĂ©publique française ValĂ©ry Giscard d’Estaing, en 1974. Mais, alors qu’il s’Ă©tait fait le chantre d’une sĂ©paration claire entre les mondes politique et affairiste afin de lutter contre la corruption, François Bayrou avait manifestement occultĂ© le fait qu’Emmanuel Macron Ă©tait le poulain des milieux d’affaires et que ceux-ci lui avaient dĂ©roulĂ© le tapis rouge Ă  la banque Rothschild, ouvert les portes du pouvoir et des mĂ©dias, facilitĂ© son ascension de toutes les manières possibles. D’autres que lui, comme l’ancien maire de Paris Bertrand DelanoĂ« parmi les notables socialistes, ou le vice-prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale François de Rugy chez les Ă©cologistes, devenus soudainement adeptes d’un social-libĂ©ralisme dĂ©complexĂ©, avaient franchi le Rubicon qui les sĂ©parait d’Emmanuel Macron en abandonnant les candidats Ă©lus Ă  la primaire de leur parti, BenoĂ®t Hamon et Jannick Jadot, pour rejoindre ce nouvel homme providentiel qui s’Ă©tait lui-mĂŞme dĂ©solidarisĂ© de son mentor, François Hollande…

     * Ce texte est rĂ©digĂ© au passĂ© car il sera insĂ©rĂ© dans le cours d’un rĂ©cit Ă©crit depuis l’avenir avec le point de vue d’une narratrice en train de vivre les derniers jours de l’HumanitĂ© et qui cherche, a posteriori, Ă  comprendre pourquoi et comment on a pu en arriver lĂ , en essayant de mettre en Ă©vidence les forces Ă  l’Ĺ“uvre dans le faisceau d’Ă©vĂ©nements, de mouvements profonds et de dĂ©cisions malencontreuses qui ont conduit Ă  la plus grande crise Ă©cologique et sociale que l’HumanitĂ© ait jamais connue.

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

Hamon : fuite en avant et retour en arrière

François Cocq

bernard-cazeneuve-va-recevoir-benoit-hamon-lundi-a-matignonFrançois Hollande était déroutant, Benoît Hamon est fuyant. Là où l’actuel locataire de l’Elysée répondait en 2012 à la campagne de Jean-Luc Mélenchon par un « Mon ennemi c’est la finance » qui s’avèrera comme on pouvait s’en douter mensonger, son dauphin socialiste se lance lui dans une fuite en avant éperdue. Depuis le Portugal, Benoît Hamon a en effet divulgué les quatre axes de sa « stratégie de relance de la construction européenne » comme autant de portes dérobées. L’occasion pour lui d’essayer d’échapper à l’interpellation de clarification que lui a adressée Jean-Luc Mélenchon au prix d’un approfondissement des vieilles recettes européennes et d’un recyclage des propositions du PS en la matière.

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Lettre Ă  BenoĂ®t Hamon

Bonjour Benoît,

Lors de mon meeting à Strasbourg j’ai pris l’initiative de te proposer publiquement une rencontre. J’ai proposé la fin de la semaine prochaine compte tenu des rudes obligations de mon calendrier.

Tu avais dit que tu me contacterais des ton investiture. Mais tu n’en as pas eu le temps. Il en résultait un harcèlement de questions exclusivement sur ce thème de la part des médias et il devenait difficile de s’épargner le ridicule d’une situation qui semblait bloquée. Or, elle ne l’est pas de mon fait.

J’ai rencontré avec grand plaisir Yannick Jadot à Strasbourg et je te verrai de même. Demain nous allons échanger une première fois, de vive voix.

Pour faciliter notre échange, je voudrai résumer ici ce que j’ai dit sur le sujet à Strasbourg et au cours de divers entretiens.

Ton investiture a exprimé un net désaveu de la politique du quinquennat. Non seulement du point de vue de ton programme mais aussi du fait de la rude sanction qu’a subi le premier ministre emblématique de cette période qu’est Manuel Valls.

À présent tu proposes une convergence de nos forces dans les élections présidentielles et législatives. Je ne crois pas un instant qu’elles puissent s’ajouter sans que de très sérieuses garanties ait été données. Au contraire des accords d’appareils pourraient bien hélas démoraliser et désorganiser ce qui a été rassemblé de part et d’autres.

Voyons ce que nous pouvons faire d’utile. Nous sommes bien d’accord que la présidentielle et les législatives sont étroitement liées. Dans ces conditions parlons-nous avec sérieux, sincérité et loyauté à l’égard de notre peuple pour éclairer la décision et le choix qu’il va faire.

Tu as dit que tu ne faisais aucun préalable même de ta propre candidature. C’est une attitude positive. Mais tu as aussi déclaré qu’en toute hypothèse il y aura un bulletin de vote à ton nom le 23 avril prochain. Que devons-nous retenir ? Nous proposes-tu une candidature unique à l’élection présidentielle ?

En toute hypothèse il s’agit d’être prêt à convaincre à entraîner et à gouverner. Cela nécessite confiance et cohérence. Sans que cela soit attaché à ta personne ni à ton talent il est évident que dans les sondages ta candidature reste à un niveau extrêmement bas par rapport aux scores traditionnels du PS.

C’est cela le bilan de ce quinquennat. Le PS dont tu es le candidat n’est plus en mesure de fédérer les français. Tout est à reconstruire dans notre pays. Veux-tu t’atteler à cette tache ? Un accord à l’ancienne ne le pourra jamais. D’autant que le quinquennat de François Hollande a montré quel usage un candidat du PS pouvait faire de ses engagements les plus solennels.

Je te fais de bon cœur crédit de ta bonne foi. Mais nous ne pouvons avoir la naïveté de te croire sur parole alors même que tu es et reste le candidat d’un parti et d’élus majoritairement hostiles à l’orientation que tu défends.

Il est donc légitime et honnête que nous te demandions des garanties politiques précises sur ton engagement à rompre avec le quinquennat et son bilan. Comment sans cela parler de quoi que ce soit avec confiance ?

La première garantie concerne le périmètre de la convergence. Nous ne voulons aucun accord ni à la présidentielle ni aux législatives avec Emmanuel Macron et son mouvement. Pour nous ce que l’on connait du programme d’Emmanuel Macron est purement et simplement la poursuite ou le durcissement de la politique mise en œuvre par François Hollande.

La seconde garantie concerne ta propre volonté d’assumer la rupture avec la politique du quinquennat et donc l’engagement clair à en abolir les mesures emblématique c’est-à-dire essentiellement la loi el khomri, le CICE et l’Etat d’urgence permanent. Cela se traduira par la mise à l’écart des prochaines élections notamment des ministres du gouvernement qui a imposé cette « loi-travail » a coup de 49/3.

Mais nous croyons qu’à la rupture doit s’ajouter une volonté positive d’ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire de notre pays. Notre programme comporte 357 mesures. Nous le mettons à la disposition de la discussion.

Mais nous croyons que l’essentiel de l’esprit qu’il incarne, en lien avec les enseignements de l’altermondialisme est à la base du contrat à nouer avec notre peuple. Compte tenu de ce que nous t’avons entendu dire nous croyons qu’il t’est possible de t’avancer largement vers ces positions quitte à ce que ceux qui te combattront de toute façon dans ton parti prennent leur distance !

Garantie de tourner la page de la monarchie présidentielle avec la convocation d’une assemblée constituante dans les trois premiers mois de la nouvelle mandature.

Garantie d’ouvrir le chapitre d’un cycle vertueux du partage de la richesse. Je suppose que nous sommes d’accord sur l’augmentation du SMIC et des minima sociaux. Mais il faut ouvrir de nouveaux horizons de progrès social avec l’échelle des salaires et limitée de un à vingt et l’instauration de la sécurité sociale intégrale, et au minimum le retour aux 35 heures réelle comme à la retraite à 60 ans avec 40 annuités.

Garantie du changement de la matrice productive du pays avec la sortie du nucléaire et le passage au cent pour cent d’énergies renouvelables.

Garantie de récupération de l’autonomie économique de notre pays avec l’annonce du retrait de la signature de la France de l’accord CETA et organisation de la consultation du peuple sur cet accord.

Arrêt immédiat de l’application des directives européennes mettant en cause les services publics de notre pays et passage au plan B en cas d’échec des discussions avec nos partenaires européens pour mettre fin à la politique des traités budgétaires et des semestres européens.

Garantie de l’indépendance de notre pays vis-à-vis de l’OTAN avec la sortie de cette alliance militaire et le retour à une politique pour la paix et de désarmement dans le monde.

En t’adressant ces lignes j’ai le sentiment de répondre à une exigence de sérieux et de sincérité dans les relations politiques.

Comme la majorité de notre peuple je n’ai plus aucune confiance dans les accords d’appareils entre partis politiques. Le mouvement « la France insoumise » s’est constitué sur un programme et une candidature qui le porte. Rien d’autre. Cela nous suffit amplement pour vouloir en convaincre le grand nombre.

Mais s’il existe une possibilité que la trame essentielle de ce qui nous a regroupé puisse aussi fédérer des partis politiques de la gauche traditionnelle, je suis prêt à consulter les 250 000 personnes qui se sont personnellement engagées à mes côtés sur la proposition qui leur serait faite.

Mais je veux dire directement et franchement que je ne saurai composer avec les engagements que j’ai pris, ni faire confiance à la parole du candidat du PS sans garantie ferme et solide de sa part.

Avec l’espoir de t’en convaincre,

bien amicalement

Jean luc MĂ©lenchon

Voir : http://insoumis.online/

Avertissement

Ecrit depuis l’avenir  

     J’ai commencĂ© ce rĂ©cit il y a environ un an. L’actualitĂ© s’est accĂ©lĂ©rĂ©e. François Hollande est hors course, Hillary Clinton n’a pas Ă©tĂ© Ă©lue, Angela Merkel exercera peut-ĂŞtre un quatrième mandat de chancelière. Faut-il que je corrige mes postulats de base? Je ne cherche pas Ă  deviner l’avenir en Ă©crivant un rĂ©cit d’anticipation qui devrait coller au plus près du futur proche. Je ne prĂ©tends pas non plus avoir raison sur le long terme. Je prĂ©fĂ©rerais, bien au contraire, que les craintes que je partage avec beaucoup d’autres ne soient pas fondĂ©es et que notre avenir en commun soit radieux. Et je serais heureuse que le candidat du Front de Gauche soit choisi au second tour de l’Ă©lection prĂ©sidentielle française, car je pense que la nouvelle politique Ă©cologique et sociale mise en Ĺ“uvre ferait reculer les menaces qui pèsent sur nous. Ces menaces sont lourdes et structurelles. Elles ne disparaĂ®tront pas d’un coup de baguette magique. Nous pouvons continuer Ă  les nier ou Ă  minimiser leur importance, mais nous pouvons aussi faire un pas dĂ©cisif pour sortir des pièges dans lesquels nous nous sommes laissĂ© enfermer. Le temps presse, nous en avons dĂ©jĂ  collectivement perdu beaucoup. Mon rĂ©cit commence vers 2064, après une gigantesque catastrophe qui signe probablement la fin de l’humanitĂ©. J’ai choisi cette date pour qu’elle fasse Ă©cho Ă  1984 d’Orwell. Je suis frappĂ©e par la façon dont le novlangue qu’il a imaginĂ© fonctionne aujourd’hui dans nos sociĂ©tĂ©s, en nous manipulant pour nous dĂ©tourner des enjeux importants. La narratrice de ce rĂ©cit, Elsa, est nĂ©e en 2016, comme le personnage mystĂ©rieux de Martin, venu d’un territoire que personne ne rĂ©ussit Ă  localiser, dont elle essaie de percer le secret. Cette double distance, gĂ©ographique et temporelle, me donne le recul nĂ©cessaire pour faire une sorte d’Ă©tat des lieux des principaux problèmes actuels qui secouent le monde, et qui auront un impact direct sur la vie des gĂ©nĂ©rations qui nous suivent. Dans ce rĂ©cit, c’est Hillary Clinton qui conduit la politique amĂ©ricaine et les affaires du monde, et François Hollande gouverne la France jusqu’en 2022, date Ă  laquelle lui succède Marine Le Pen; Angela Merkel, quant Ă  elle, quitte le pouvoir Ă  la fin de l’annĂ©e 2017. Je pense que cet Ă©cart avec l’Histoire en train de se faire, qui renforce le pouvoir fictionnel de mon rĂ©cit, ne rend pas pour autant caduque la rĂ©flexion de fond.