politique

La République en marche arrière?

Liste des reculs

2017

Juin/Juillet

Pouvoir :

  • Mise en place d’un mode de gouvernance monarchique avec un Président qui a les pleins pouvoirs et une majorité passive à l’Assemblée Nationale; convocation du Congrès de Versailles où seule compte la parole du Président…

Ecologie :

  • Abandon par l’Europe, à la demande de la France, de la Taxe sur les Transactions Financières, qui devait financer la lutte contre le réchauffement climatique.
  • Aval de la France pour un texte européen peu contraignant sur les perturbateurs endocriniens, en recul par rapport au projet qu’elle soutenait antérieurement.
  • Baisse des aides à l’agriculture bio une semaine après les États généraux de l’alimentation.

Droits humains :

  • Réduction de l’aide au développement (climato-compatible…) des pays pauvres, alors que le PR se dit conscient (?!) que la lutte contre le terrorisme se joue aussi sur ce front!…
  • Distributions d’eau et de nourriture aux migrants interdites!!!

Retraités et fonctionnaires :

  • Gel du point d’indice des fonctionnaires et rétablissement du jour de carence (que les grandes entreprises ne pratiquent pas) en cas d’arrêt maladie.
  • Augmentation de 1,7% de la CSG accompagnée d’une baisse de 3,5% des cotisations salariales dans le secteur privé (le gain de pouvoir d’achat est d’autant plus important que le salaire est élevé!), mais sans compensation pour les fonctionnaires et les retraités, dont les revenus diminuent de facto.

Fiscalité :

  • Cantonnement de l’ISF aux seuls biens immobiliers (coût pour l’Etat: 4 milliards, mais gain de 2 milliards pour les 3000 ménages français les plus riches!).
  • Instauration d’un Prélèvement Forfaitaire Unique de 30% sur les valeurs mobilières (coût pour l’Etat: 3 milliards, mais gain de 1,3 milliard pour les 3000 ménages français les plus riches!).

Travail :

  • Novlangue: le « compte pénibilité » est rebaptisé compte de prévention mais se voit privé de 4 de ses piliers (contact avec les produits chimiques, charges lourdes, postures pénibles, vibrations…) et le départ en retraite anticipé ne sera possible qu’en cas de maladie professionnelle déclarée

Défense :

  • A la suite d’un désaveu public émis par le PR, démission du général de Villiers, Chef d’Etat Major, qui n’a pourtant fait que répondre démocratiquement aux questions d’une Commission de l’Assemblée Nationale sur le budget alloué aux Armées!

Social :

  • Baisse des Allocations Logement (APL, ALF, ALS) de 5 euros.

Démocratie locale :

  • Annulation de 300 millions d’euros de dotations destinées à financer notamment des investissements dans les communes rurales  et des projets dans les quartiers en difficulté.

Août/Septembre

Epargne :

  • Gel de la rémunération du livret A, qui aurait dû être portée de 0,75% à 1%.

Code du travail :

  • Présentation le 31 août du contenu des ordonnances destinées à réformer le Code du travail : 1. Création d’un plafond en cas de licenciement abusif. 2. Plus d’obligation de motiver la lettre de licenciement et diminution des délais de recours. 3. Appréciation au niveau national et non mondial des difficultés économiques des groupes voulant licencier en France. 4. Contrats courts facilités. 5. Référendum d’entreprise rendu possible à l’initiative de l’employeur et renforcement des accords d’entreprise par rapport aux branches (= inversion des normes).

Logement :

  • Mise sous pression du logement social : la baisse des loyers voulue par le gouvernement pour compenser la baisse des APL réduira la capacité d’investissement des organismes d’HLM pour la construction de logements neufs.
  • Annonce par le Président de la République de sa volonté de réduire les normes sociales et environnementales régissant les Codes de la construction et de l’urbanisme (discours du 11 septembre à Toulouse)… suscitant les protestations des personnes handicapées ou soucieuses de lutter contre le réchauffement climatique!

A suivre

Mon pauvre ami!

  Ce texte est ma contribution n°4 à l’atelier d’été 2017 de François Bon

     Creton! Vous ne connaissez pas l’histoire de Creton? Son « story-telling », comme on dit de nos jours? Je ne peux pas le croire!… Vous auriez échappé à la multiplication des interviews qui lui ont été accordées, aux émissions de télévision qui lui ont été consacrées? Est-ce possible?… Évidemment, vous connaissant… On aime se retirer à la campagne, à l’écart du monde, dans le calme et la solitude propices à la méditation! Ah, vous êtes incorrigible, mais nous vous aimons bien quand même, mon cher Alceste! Allez, nous allons vous raconter l’histoire de Creton. Non, pas Crétin! Creton! Vous ne savez donc pas que c’est l’homme le plus intelligent du monde? Cette particularité essentielle de notre personnage n’est même pas parvenue jusqu’à vos oreilles? Mon pauvre ami, mais vous êtes irrécupérable!… Remerciez-nous au moins, nous allons vous offrir un cours de rattrapage, vous aurez l’air moins sot dans les salons!  Creton est la coqueluche du Tout Paris. Et son pouvoir de séduction va bien au-delà! Il est désormais connu dans toutes les capitales du monde! Son nom est un Sésame. Dites « Creton » et toutes les portes s’ouvrent! Il a un « Je ne sais quoi », les femmes le trouvent très beau, savez-vous, non, vous ne savez pas, vous ne savez rien, mon pauvre ami… le fait est qu’il est charmant avec sa petite mèche bouclée qui lui retombe sur le front et ce sourire éclatant que les marques de dentifrice pourraient utiliser pour leur publicité! En fait, il réussit parce qu’il a tout compris. Il a saisi comme personne avant lui que nous vivions à l’ère du marketing et que tout s’achète! Par conséquent, tout se vend, comprenez-vous? Saisissez-vous ce qu’il y a de génial dans cette perception des relations humaines, de la vie sociale en général et de la politique en particulier? Et pourtant, il vient de loin, ce petit Creton! Il est presque né pauvre dans une région sinistrée du Nord de la France! Saviez-vous que c’est un provincial comme vous? Mais non, vous ne saviez pas, il faut tout vous apprendre!… Parfaitement, jusqu’à ce qu’il suive des études à Paris, c’était un provincial comme vous, mais, sans vous vexer, il a été capable, lui, de monter à Paris et de ne pas se satisfaire d’une petite vie misérable en suivant les traces, certes honorables mais très limitées, de sa famille! Il avait de l’ambition!… Comment? Que dites-vous? Il y a ambition et ambition?… Vous ne pouvez pas vous en empêcher, vous cherchez la petite bête, vous chipotez, vous dénigrez, vous êtes de mauvaise foi et vous m’agacez… Ouvrez les yeux! Regardez autour de vous! Nous vous aimons tellement, mon cher Alceste, faites un effort, que diantre!… Vous savez bien que le monde a changé et que nous avons besoin de sang neuf! Ce n’est quand même pas vous faire injure que de considérer que vos façons de penser sont périmées! Nous toutes et tous, ici, et sans vouloir vexer personne (surtout pas Elisabeth qui fait si jeune!) nous avons à peu près le même âge, or, il n’y a que vous, Alceste, pour refuser aussi furieusement de vous mettre à la page!… Ce n’est pas bien de vous fermer ainsi à l’intelligence de la modernité et de rester volontairement out, vous nous faites de la peine!… Acceptez de mettre votre logiciel à jour!… Vous verrez, ce petit Creton ira loin, il est in, lui!…

 

Engrenage

  Ce texte est ma contribution n°3 à

l’atelier d’écriture de l’été 2017 de François Bon

     Elle a essayé de leur expliquer, ils ne l’ont pas écoutée, elle les a suppliés, ils lui ont dit qu’il fallait y penser avant, mais c’était justement ce qu’elle avait essayé de leur faire comprendre, avant, tout ce qui l’avait entraînée dans cette galère, l’enchaînement implacable des circonstances qu’elle aurait voulu pouvoir briser, le sentiment de honte et d’injustice sans nom qu’elle éprouvait à se trouver là, bredouillant, bafouillant comme une enfant, incapable de se faire entendre car ils ne veulent pas l’écouter, leur hostilité est manifeste, leurs regards goguenards ou froidement indifférents la jugent et la jaugent sans aucune bienveillance, elle ne pèse plus rien, elle ne vaut plus rien, elle voudrait disparaître dans un trou de souris mais elle se trouve au milieu de la pièce, au centre de tous les regards, il n’y a aucune échappatoire, pas le moindre pan d’ombre, son visage est nu, ses interlocuteurs pourraient y lire le récit de sa vie s’ils avaient un peu de coeur, et leurs yeux se voileraient de larmes au fur et à mesure qu’ils prendraient connaissance des malheurs inscrits sur ses traits fatigués, leurs paupières se baisseraient pudiquement, ils cesseraient de la dévisager comme un animal de foire, ils lui parleraient doucement, lui demanderaient avec compassion de compléter son récit pour en faire état dans les moindres détails en écrivant leur rapport, prendraient des notes en hochant la tête d’indignation – Comment cela est-il possible! A notre époque! En France! Au pays des droits humains! –  ils déclareraient vouloir alerter les plus hautes Autorités de l’Etat pour que Justice soit faite, et ainsi la vraie justice, celle que laisse espérer la devise de la République au fronton de la mairie ou de l’école des enfants – Liberté, Égalité, Fraternité! – serait rendue avec humanité, non seulement on lui accorderait les circonstances atténuantes, mais on s’excuserait d’avoir pu la croire coupable, car on ne peut pas être coupable, n’est-ce pas, de vouloir nourrir ses enfants, elle n’est pas dans le déni, elle a commis un délit, mais est-il vraiment impossible de se mettre à sa place?… elle n’avait rien prémédité, elle n’avait pas prévu la tournure dramatique des événements, elle n’avait pas imaginé une seule seconde qu’elle vivrait ce cauchemar, elle avait pris son sac comme d’habitude, elle avait dit aux enfants qu’elle partait faire quelques courses et recommandé aux plus grands de faire attention aux petits, mais, juste avant, elle avait ouvert le frigo vide, et juste avant encore, elle avait perdu le tout petit boulot au noir (oui, au noir, encore un délit!) qui lui permettait de joindre les deux bouts… à l’école, on lui avait fait connaître l’histoire de Jean Valjean, de Fantine et de Cosette, elle s’en était souvenue en avançant vers le supermarché… il n’y aurait pas de rentrée d’argent avant le versement des allocations, pas avant une dizaine de jours… les enfants avaient réclamé un bon repas et le frigo était vide… elle avait agi comme une automate, elle n’avait pas réfléchi, elle était comme étrangère à elle-même, elle n’avait pas pensé qu’elle serait considérée comme une criminelle et conduite au poste de police menottes aux poignets…

La République en Marche arrière

Liste des reculs

2017

Juin/Juillet

Pouvoir :

  • Mise en place d’un mode de gouvernance monarchique avec un Président qui a les pleins pouvoirs et une majorité passive à l’Assemblée Nationale; convocation du Congrès de Versailles où seule compte la parole du Président…

Ecologie :

  • Abandon par l’Europe, à la demande de la France, de la Taxe sur les Transactions Financières, qui devait financer la lutte contre le réchauffement climatique.
  • Aval de la France pour un texte européen peu contraignant sur les perturbateurs endocriniens, en recul par rapport au projet qu’elle soutenait antérieurement.

Droits humains :

  • Réduction de l’aide au développement (climato-compatible…) des pays pauvres, alors que le PR se dit conscient (?!) que la lutte contre le terrorisme se joue aussi sur ce front!…
  • Distributions d’eau et de nourriture aux migrants interdites!!!

Retraités et fonctionnaires :

  • Gel du point d’indice des fonctionnaires et rétablissement du jour de carence (que les grandes entreprises ne pratiquent pas) en cas d’arrêt maladie.
  • Augmentation de 1,7% de la CSG accompagnée d’une baisse de 3,5% des cotisations salariales dans le secteur privé (le gain de pouvoir d’achat est d’autant plus important que le salaire est élevé!), mais sans compensation pour les fonctionnaires et les retraités, dont les revenus diminuent de facto.

Fiscalité :

  • Cantonnement de l’ISF aux seuls biens immobiliers (coût pour l’Etat: 4 milliards, mais gain de 2 milliards pour les 3000 ménages français les plus riches!).
  • Instauration d’un Prélèvement Forfaitaire Unique de 30% sur les valeurs mobilières (coût pour l’Etat: 3 milliards, mais gain de 1,3 milliard pour les 3000 ménages français les plus riches!).

Travail :

  • Novlangue: le « compte pénibilité » est rebaptisé compte de prévention mais se voit privé de 4 de ses piliers (contact avec les produits chimiques, charges lourdes, postures pénibles, vibrations…) et le départ en retraite anticipé ne sera possible qu’en cas de maladie professionnelle déclarée…

A suivre

A chacun sa responsabilité

Félix Nussbaum Pour ne jamais oublierImage empruntée à @f_lebel sur Twitter.

La moitié du pays est en souffrance: territoires abandonnés, chômeurs, précaires, travailleurs pauvres, etc… et les électeurs ont manifesté le 23 avril dernier leur désarroi, leur colère, leur désir d’une politique économique et sociale qui soulage leurs maux en votant massivement pour les candidats, si différents soient-ils par ailleurs et quels que soient leurs degrés respectifs de sincérité, qui proposent de rompre avec la financiarisation mondialisée de l’économie et/ou d’empêcher le dumping fiscal et social européen. Pourtant, Emmanuel Macron vient d’annoncer, entre les deux tours de l’élection présidentielle, qu’il ne changera pas une ligne de son programme, alors qu’il prétend « en même temps » rassembler les Françaises et les Français! Est-ce bien raisonnable ? Bien sûr que non. Ce faisant, il endosse la responsabilité de renforcer le désespoir social qui fait grossir la vague brune ! Un grand nombre de sympathisants ou d’électeurs de Marine Le Pen ne sont pas racistes. Avez-vous regardé le reportage d’Elise Lucet dans l’émission « Envoyé spécial » ? Avez-vous été témoin, grâce à ce reportage, de l’échange amical entre les ouvriers de l’Intersyndicale de l’usine Whirpool d’Amiens et l’un des ouvriers polonais de la nouvelle usine qui va bientôt remplacer la leur ? Comprenez-vous que c’est bien le désespoir social qui alimente le vote FN ? Comprenez-vous, par conséquent, que le score de Marine Le Pen aurait été nettement plus élevé sans la belle campagne humaniste de Jean-Luc Mélenchon et de la France Insoumise ? Et, le reconnaissant, pourquoi ne pas en savoir gré aux électeurs insoumis plutôt que de leur faire le procès odieux d’une quelconque complicité avec le Front national ? Cette attitude est irresponsable. Au premier tour, j’ai voté pour le programme de la France Insoumise car il était à mes yeux, et le reste évidemment pour les législatives, face aux grands enjeux écologiques et sociaux de notre temps, le plus cohérent et le plus abouti de tous ceux qui nous ont été proposés. Au second tour, je voterai pour Emmanuel Macron la mort dans l’âme et contre mes convictions en ayant à l’esprit les raisons développées par Olivier Tonneau dans sa *Lettre aux Insoumis. Mais comme lui, je ne jetterai pas l’opprobre sur ceux et celles qui choisiront de s’abstenir ou de voter blanc ou nul ! Car « en aucun cas, les Insoumis n’endosseront la culpabilité de l’arrivée des fascistes au pouvoir, et ce quoi qu’ils votent. Elle n’incombe qu’aux libéraux qui sèment le désespoir et bien sûr aux fascistes eux-mêmes. Que nous nous trouvions face à un choix très difficile ne change rien au fait que les seuls responsables sont ceux qui nous ont mis face à ce choix. » À chacun sa responsabilité.

*Face au FN : Lettre aux Insoumis tentés par l’abstention.

Emmanuel Macron, un putsch du CAC 40

Le feu à la plaine

Unknown-3.jpegComment le candidat d’« En marche ! » a été entièrement fabriqué par des médias entre les mains du capital, et pourquoi il est encore temps de résister à ce coup de force.

C’était à la fin de l’été dernier, je venais de rendre le manuscrit du « Monde libre ». Mon regard errait devant les images de BFM TV, dans les vestiges d’une canicule parisienne achevée il y a peu. C’est alors que je compris brutalement que l’année 2017 serait terrible, et que la présidentielle à venir ne ressemblerait à rien de ce que ce pays avait connu jusqu’ici. La première chaîne d’informations en continu du pays, fleuron du groupe Altice-SFR détenu par Patrick Drahi, n’avait pas lésiné sur les moyens en ce 30 août 2016. Le tout pour couvrir un événement considérable, imaginez du peu : la démission du ministère de l’économie d’un jeune baron du hollandisme encore quasi inconnu du public deux ans…

Voir l’article original 3 002 mots de plus

Cauchemar à l’Elysée

(Récit en cours d’écriture)

Emmanuel Macron n’était qu’un leurre, le champion ou la marionnette consentante des milieux d’affaires dont il servait les intérêts – et non pas l’intérêt général ou le bien commun – mais il était devenu le phare incontournable de la vie politique française. Le scandale qui entachait la campagne du candidat républicain François Fillon et la décomposition du parti socialiste lui ouvraient un boulevard. Marine Le Pen était assurée d’être au second tour de l’élection présidentielle, il serait vraisemblablement le challenger. Elle proposerait aux Françaises et aux Français un projet certes souverainiste mais surtout xénophobe, il défendrait une vision européenne de la France, certes plus sympathique, mais essentiellement alignée sur les positions néo-libérales marchéistes habituelles de la Commission, caractérisées par le dumping social et le dumping fiscal, qui mettaient en concurrence tous les territoires avec pour conséquence dramatique l’appauvrissement général des citoyens les plus fragiles. Comme Bernie Sanders aux Etats-Unis en 2016, *le candidat de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, aurait pu éviter au pays d’avoir à choisir entre Charybde ou Scylla, car son programme écologique et social répondait aux grands défis qu’il aurait fallu enfin relever. Jusqu’à la veille du premier tour, on avait pensé qu’il pouvait se qualifier. Le suspense fut insoutenable. Mais il n’était finalement arrivé que troisième avec 20% des voix derrière l’illusionniste  Emmanuel Macron (21%) et la xénophobe Marine Le Pen (24%), les candidats des grands partis de la cinquième République ne faisant que 17% (François Fillon) et 9% (Benoît Hamon), les « petits » candidats se partageant les 9% restant. L’Histoire retiendrait que si les frondeurs du parti socialiste, qui avaient critiqué les gouvernements successifs de François Hollande sans jamais toutefois voter de motion de censure à l’Assemblée nationale, et si Benoît Hamon, leur chef de file, vainqueur de la primaire, avaient ajouté leurs voix à celles du mouvement populaire (et non pas populiste) « La France insoumise », qui soutenait Jean-Luc Mélenchon, ce dernier aurait permis aux forces de gauche d’accéder au second tour. Mais ce ne fut pas le cas. La France républicaine bafouée assista impuissante à l’entrée de l’extrême-droite et de Marine Le Pen à l’Elysée. Un cauchemar…

Texte publié le 18 avril 2017.

*Jean-Luc Mélenchon et ses électeurs insoumis réussissaient à détourner du Front National une partie des ouvriers et employés dédaignés aussi bien par les socialistes que par la droite républicaine. Sans eux, le score de Marine Le Pen aurait été bien plus élevé. Mais l’aveuglement ou la mauvaise foi de leurs adversaires les firent disparaître de la scène politique et laissèrent le champ libre au FN victorieux…

À suivre.

Ce texte est rédigé au passé car il sera inséré dans le cours d’un récit-fiction écrit depuis l’avenir avec le point de vue d’une narratrice en train de vivre les derniers jours de l’Humanité et qui cherche, a posteriori, à comprendre pourquoi et comment on a pu en arriver là, en essayant de mettre en évidence les forces à l’œuvre dans le faisceau d’événements, de mouvements profonds et de décisions malencontreuses qui ont conduit à la plus grande crise écologique et sociale que l’Humanité ait jamais connue.

Ecrit depuis l’avenir

2064

Ce que nous dit le déferlement politico-médiatique anti-Mélenchon

La plume d'un enfant du siècle

« Il y a un péril face aux simplifications, face aux falsifications, qui fait que l’on regarde le spectacle du tribun plutôt que le contenu de son texte ». En une phrase, en 28 petits mots, en une déclaration concise nichée au cœur d’une interview donnée au Point, François Hollande a fait son retour sur la scène politico-médiatique française. Lui qui avait ostensiblement montré son indifférence lors de la primaire organisée par le Parti Socialiste et ses satellites, lui qui s’est soigneusement gardé de soutenir le candidat issu de ladite primaire, le voilà qui sort du bois pour attaquer Jean-Luc Mélenchon sans le nommer – ce qui n’est pas la preuve d’une très grande classe.

Le président pour encore quelques semaines a également affirmé que cette campagne «[sentait] mauvais». François Hollande a donc décidé de prendre la parole pour énoncer ce jugement au moment même où Jean-Luc Mélenchon fait…

Voir l’article original 1 700 mots de plus

En Marche arrière toute!

     Dans ses meetings, Emmanuel Macron lançait des « Je vous aime (comprendre EM) » à la volée, que son auditoire souvent jeune, diplômé et branché, lui renvoyait en miroir dans le champ clos de l’entre-soi. Emmanuel Macron et son public se regardaient les yeux dans les yeux avec une profonde admiration mutuelle et un certain dédain allant de soi pour tous ceux qui ne faisaient pas partie de leur monde. Les fans d’Emmanuel Macron étaient jeunes, beaux, en bonne santé, entreprenants et conquérants, à l’aise en toutes situations, seulement frustrés de ne pas pouvoir encore plus, désireux de repousser les limites, d’élargir jusqu’à plus soif le champ de leur réussite. Il fallait donc « libérer les énergies », vieille lune néo-libérale du siècle dernier, reprise sous de faux airs de modernité par le jeune leader charismatique du mouvement En marche, « En marche arrière toute! » ironisaient ses détracteurs de gauche. Son électorat potentiel ne se sentait pas concerné par le chômage et la précarité, le montant du salaire minimum, la pénibilité au travail, l’âge de départ à la retraite et le niveau des pensions, les conditions de remboursement des frais médicaux par la Sécurité Sociale, les allocations logement, le RSA… Pour cette partie de la population qui gagnait bien sa vie, le smic était bien trop élevé et le prix du travail des autres était un coût, les cotisations sociales une charge, les prestations sociales un poids ou un boulet, la solidarité avec les plus faibles un frein à l’expansion économique… Libérer les énergies consistait donc à rendre les pauvres encore plus pauvres en diminuant le prix du travail sous prétexte de compétitivité, et en stigmatisant les chômeurs coupables de ne pas trouver de travail dans un monde qui licenciait et supprimait des emplois sans discontinuer depuis des décennies… Emmanuel Macron ne remettait rien en cause et pourtant, il avait écrit un livre qui s’appelait « Révolution ». Le novlangue fonctionnait à plein. Il fallait selon lui changer les hommes et les idées, mais, en guise de révolution, il ne proposait que la nouveauté de sa propre personne dans le microcosme politique, et la vacuité de son absence de vision sur le nouveau monde qu’il fallait bâtir de toute urgence pour enrayer les catastrophes environnementales et sociales en cours… Son omniprésence médiatique et le phénomène de matraquage publicitaire qui en résultait faisait pourtant croître de jour en jour son aura d’homme providentiel, soigneusement entretenue par les journalistes politiques alignés comme un seul homme sur les positions de la pensée économique dominante…

      * Ce texte est rédigé au passé car il sera inséré dans le cours d’un récit écrit depuis l’avenir avec le point de vue d’une narratrice en train de vivre les derniers jours de l’Humanité et qui cherche, a posteriori, à comprendre pourquoi et comment on a pu en arriver là, en essayant de mettre en évidence les forces à l’œuvre dans le faisceau d’événements, de mouvements profonds et de décisions malencontreuses qui ont conduit à la plus grande crise écologique et sociale que l’Humanité ait jamais connue.

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

En Marche

     Chaque pays de l’OCDE était fracturé par une ligne de répartition des richesses de plus en plus défavorable non seulement aux pauvres mais aussi aux classes moyennes basses, dont le statut était de moins en moins enviable. Les frontières physiques entre pays étaient devenues beaucoup moins importantes que cette nouvelle géographie politico-socio-économique qui prenait possession de toute la planète avec partout les mêmes conséquences de déstabilisation profonde des équilibres qui fondaient jusqu’alors un minimum de cohésion sociale. Le désarroi des gens formait le terreau nourricier des extrêmes-droites nationalistes et des nouveaux démagogues qui surgissaient de toutes parts. En France, le hollandisme avait ouvert la voie à une nouvelle sorte de populisme du centre incarné par Emmanuel Macron, ancien ministre de l’économie de François Hollande. Se prétendant ni de droite ni de gauche, transformant son inexpérience politique en argument de campagne lui donnant les vertus d’un homme nouveau, qui n’aurait pas les défauts habituels des postulants aux plus hautes responsabilités de l’Etat, et faisant de l’immaturité que lui reprochaient ses adversaires le gage de sa bonne foi et de son honnêteté, Emmanuel Macron avait inventé le mouvement En Marche, aux initiales de ses nom et prénom, tout un programme!… pour qu’il le conduise sur le perron de l’Elysée. Un vieux cacique lui avait apporté son soutien, François Bayrou, qui avait œuvré et manœuvré en vain pendant toute sa vie pour que la France soit gouvernée au centre, selon le vœu déjà ancien du président de la République française Valéry Giscard d’Estaing, en 1974. Mais, alors qu’il s’était fait le chantre d’une séparation claire entre les mondes politique et affairiste afin de lutter contre la corruption, François Bayrou avait manifestement occulté le fait qu’Emmanuel Macron était le poulain des milieux d’affaires et que ceux-ci lui avaient déroulé le tapis rouge à la banque Rothschild, ouvert les portes du pouvoir et des médias, facilité son ascension de toutes les manières possibles. D’autres que lui, comme l’ancien maire de Paris Bertrand Delanoë parmi les notables socialistes, ou le vice-président de l’Assemblée nationale François de Rugy chez les écologistes, devenus soudainement adeptes d’un social-libéralisme décomplexé, avaient franchi le Rubicon qui les séparait d’Emmanuel Macron en abandonnant les candidats élus à la primaire de leur parti, Benoît Hamon et Jannick Jadot, pour rejoindre ce nouvel homme providentiel qui s’était lui-même désolidarisé de son mentor, François Hollande…

     * Ce texte est rédigé au passé car il sera inséré dans le cours d’un récit écrit depuis l’avenir avec le point de vue d’une narratrice en train de vivre les derniers jours de l’Humanité et qui cherche, a posteriori, à comprendre pourquoi et comment on a pu en arriver là, en essayant de mettre en évidence les forces à l’œuvre dans le faisceau d’événements, de mouvements profonds et de décisions malencontreuses qui ont conduit à la plus grande crise écologique et sociale que l’Humanité ait jamais connue.

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

Hamon : fuite en avant et retour en arrière

François Cocq

bernard-cazeneuve-va-recevoir-benoit-hamon-lundi-a-matignonFrançois Hollande était déroutant, Benoît Hamon est fuyant. Là où l’actuel locataire de l’Elysée répondait en 2012 à la campagne de Jean-Luc Mélenchon par un « Mon ennemi c’est la finance » qui s’avèrera comme on pouvait s’en douter mensonger, son dauphin socialiste se lance lui dans une fuite en avant éperdue. Depuis le Portugal, Benoît Hamon a en effet divulgué les quatre axes de sa « stratégie de relance de la construction européenne » comme autant de portes dérobées. L’occasion pour lui d’essayer d’échapper à l’interpellation de clarification que lui a adressée Jean-Luc Mélenchon au prix d’un approfondissement des vieilles recettes européennes et d’un recyclage des propositions du PS en la matière.

Voir l’article original 865 mots de plus

Lettre à Benoît Hamon

Bonjour Benoît,

Lors de mon meeting à Strasbourg j’ai pris l’initiative de te proposer publiquement une rencontre. J’ai proposé la fin de la semaine prochaine compte tenu des rudes obligations de mon calendrier.

Tu avais dit que tu me contacterais des ton investiture. Mais tu n’en as pas eu le temps. Il en résultait un harcèlement de questions exclusivement sur ce thème de la part des médias et il devenait difficile de s’épargner le ridicule d’une situation qui semblait bloquée. Or, elle ne l’est pas de mon fait.

J’ai rencontré avec grand plaisir Yannick Jadot à Strasbourg et je te verrai de même. Demain nous allons échanger une première fois, de vive voix.

Pour faciliter notre échange, je voudrai résumer ici ce que j’ai dit sur le sujet à Strasbourg et au cours de divers entretiens.

Ton investiture a exprimé un net désaveu de la politique du quinquennat. Non seulement du point de vue de ton programme mais aussi du fait de la rude sanction qu’a subi le premier ministre emblématique de cette période qu’est Manuel Valls.

À présent tu proposes une convergence de nos forces dans les élections présidentielles et législatives. Je ne crois pas un instant qu’elles puissent s’ajouter sans que de très sérieuses garanties ait été données. Au contraire des accords d’appareils pourraient bien hélas démoraliser et désorganiser ce qui a été rassemblé de part et d’autres.

Voyons ce que nous pouvons faire d’utile. Nous sommes bien d’accord que la présidentielle et les législatives sont étroitement liées. Dans ces conditions parlons-nous avec sérieux, sincérité et loyauté à l’égard de notre peuple pour éclairer la décision et le choix qu’il va faire.

Tu as dit que tu ne faisais aucun préalable même de ta propre candidature. C’est une attitude positive. Mais tu as aussi déclaré qu’en toute hypothèse il y aura un bulletin de vote à ton nom le 23 avril prochain. Que devons-nous retenir ? Nous proposes-tu une candidature unique à l’élection présidentielle ?

En toute hypothèse il s’agit d’être prêt à convaincre à entraîner et à gouverner. Cela nécessite confiance et cohérence. Sans que cela soit attaché à ta personne ni à ton talent il est évident que dans les sondages ta candidature reste à un niveau extrêmement bas par rapport aux scores traditionnels du PS.

C’est cela le bilan de ce quinquennat. Le PS dont tu es le candidat n’est plus en mesure de fédérer les français. Tout est à reconstruire dans notre pays. Veux-tu t’atteler à cette tache ? Un accord à l’ancienne ne le pourra jamais. D’autant que le quinquennat de François Hollande a montré quel usage un candidat du PS pouvait faire de ses engagements les plus solennels.

Je te fais de bon cœur crédit de ta bonne foi. Mais nous ne pouvons avoir la naïveté de te croire sur parole alors même que tu es et reste le candidat d’un parti et d’élus majoritairement hostiles à l’orientation que tu défends.

Il est donc légitime et honnête que nous te demandions des garanties politiques précises sur ton engagement à rompre avec le quinquennat et son bilan. Comment sans cela parler de quoi que ce soit avec confiance ?

La première garantie concerne le périmètre de la convergence. Nous ne voulons aucun accord ni à la présidentielle ni aux législatives avec Emmanuel Macron et son mouvement. Pour nous ce que l’on connait du programme d’Emmanuel Macron est purement et simplement la poursuite ou le durcissement de la politique mise en œuvre par François Hollande.

La seconde garantie concerne ta propre volonté d’assumer la rupture avec la politique du quinquennat et donc l’engagement clair à en abolir les mesures emblématique c’est-à-dire essentiellement la loi el khomri, le CICE et l’Etat d’urgence permanent. Cela se traduira par la mise à l’écart des prochaines élections notamment des ministres du gouvernement qui a imposé cette « loi-travail » a coup de 49/3.

Mais nous croyons qu’à la rupture doit s’ajouter une volonté positive d’ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire de notre pays. Notre programme comporte 357 mesures. Nous le mettons à la disposition de la discussion.

Mais nous croyons que l’essentiel de l’esprit qu’il incarne, en lien avec les enseignements de l’altermondialisme est à la base du contrat à nouer avec notre peuple. Compte tenu de ce que nous t’avons entendu dire nous croyons qu’il t’est possible de t’avancer largement vers ces positions quitte à ce que ceux qui te combattront de toute façon dans ton parti prennent leur distance !

Garantie de tourner la page de la monarchie présidentielle avec la convocation d’une assemblée constituante dans les trois premiers mois de la nouvelle mandature.

Garantie d’ouvrir le chapitre d’un cycle vertueux du partage de la richesse. Je suppose que nous sommes d’accord sur l’augmentation du SMIC et des minima sociaux. Mais il faut ouvrir de nouveaux horizons de progrès social avec l’échelle des salaires et limitée de un à vingt et l’instauration de la sécurité sociale intégrale, et au minimum le retour aux 35 heures réelle comme à la retraite à 60 ans avec 40 annuités.

Garantie du changement de la matrice productive du pays avec la sortie du nucléaire et le passage au cent pour cent d’énergies renouvelables.

Garantie de récupération de l’autonomie économique de notre pays avec l’annonce du retrait de la signature de la France de l’accord CETA et organisation de la consultation du peuple sur cet accord.

Arrêt immédiat de l’application des directives européennes mettant en cause les services publics de notre pays et passage au plan B en cas d’échec des discussions avec nos partenaires européens pour mettre fin à la politique des traités budgétaires et des semestres européens.

Garantie de l’indépendance de notre pays vis-à-vis de l’OTAN avec la sortie de cette alliance militaire et le retour à une politique pour la paix et de désarmement dans le monde.

En t’adressant ces lignes j’ai le sentiment de répondre à une exigence de sérieux et de sincérité dans les relations politiques.

Comme la majorité de notre peuple je n’ai plus aucune confiance dans les accords d’appareils entre partis politiques. Le mouvement « la France insoumise » s’est constitué sur un programme et une candidature qui le porte. Rien d’autre. Cela nous suffit amplement pour vouloir en convaincre le grand nombre.

Mais s’il existe une possibilité que la trame essentielle de ce qui nous a regroupé puisse aussi fédérer des partis politiques de la gauche traditionnelle, je suis prêt à consulter les 250 000 personnes qui se sont personnellement engagées à mes côtés sur la proposition qui leur serait faite.

Mais je veux dire directement et franchement que je ne saurai composer avec les engagements que j’ai pris, ni faire confiance à la parole du candidat du PS sans garantie ferme et solide de sa part.

Avec l’espoir de t’en convaincre,

bien amicalement

Jean luc Mélenchon

Voir : http://insoumis.online/

Avertissement

Ecrit depuis l’avenir  

     J’ai commencé ce récit il y a environ un an. L’actualité s’est accélérée. François Hollande est hors course, Hillary Clinton n’a pas été élue, Angela Merkel exercera peut-être un quatrième mandat de chancelière. Faut-il que je corrige mes postulats de base? Je ne cherche pas à deviner l’avenir en écrivant un récit d’anticipation qui devrait coller au plus près du futur proche. Je ne prétends pas non plus avoir raison sur le long terme. Je préférerais, bien au contraire, que les craintes que je partage avec beaucoup d’autres ne soient pas fondées et que notre avenir en commun soit radieux. Et je serais heureuse que le candidat du Front de Gauche soit choisi au second tour de l’élection présidentielle française, car je pense que la nouvelle politique écologique et sociale mise en œuvre ferait reculer les menaces qui pèsent sur nous. Ces menaces sont lourdes et structurelles. Elles ne disparaîtront pas d’un coup de baguette magique. Nous pouvons continuer à les nier ou à minimiser leur importance, mais nous pouvons aussi faire un pas décisif pour sortir des pièges dans lesquels nous nous sommes laissé enfermer. Le temps presse, nous en avons déjà collectivement perdu beaucoup. Mon récit commence vers 2064, après une gigantesque catastrophe qui signe probablement la fin de l’humanité. J’ai choisi cette date pour qu’elle fasse écho à 1984 d’Orwell. Je suis frappée par la façon dont le novlangue qu’il a imaginé fonctionne aujourd’hui dans nos sociétés, en nous manipulant pour nous détourner des enjeux importants. La narratrice de ce récit, Elsa, est née en 2016, comme le personnage mystérieux de Martin, venu d’un territoire que personne ne réussit à localiser, dont elle essaie de percer le secret. Cette double distance, géographique et temporelle, me donne le recul nécessaire pour faire une sorte d’état des lieux des principaux problèmes actuels qui secouent le monde, et qui auront un impact direct sur la vie des générations qui nous suivent. Dans ce récit, c’est Hillary Clinton qui conduit la politique américaine et les affaires du monde, et François Hollande gouverne la France jusqu’en 2022, date à laquelle lui succède Marine Le Pen; Angela Merkel, quant à elle, quitte le pouvoir à la fin de l’année 2017. Je pense que cet écart avec l’Histoire en train de se faire, qui renforce le pouvoir fictionnel de mon récit, ne rend pas pour autant caduque la réflexion de fond.

Pourquoi j’oserai Mélenchon l’explorateur

If the river was whiskey

Un récent  « Petit précis de philosophie à l’usage des candidats » diffusé sur France Culture m’a rappelé que je devais vous parler de Mélenchon.

Quand on m’a demandé pour la première fois si je voterais un jour Mélenchon, j’ai répondu un lapidaire : « Non. Trop violent. » Jeune adulte, j’étais alors abstentionniste depuis quelques années et me désintéressais totalement de la politique après une adolescence pourtant très engagée. De Mélenchon, je ne connaissais que l’image que voulaient bien en donner une poignée d’inamovibles éditorialistes. Et puis, un peu par hasard, je suis tombé sur l’une de ses longues interviews. Je ne veux pas rentrer ici dans des détails d’ordre programmatique, mais je peux vous dire que j’ai commencé à creuser. Et que, petit à petit, à force de réflexion sur des sujets dont j’ignorais à peu près tout – l’écosocialisme et la 6è République notamment –, j’ai été convaincu.

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Pris entre deux feux

Entre les lignes entre les mots

(Ministère des Affaires Étrangères – 37, quai d’Orsay – Paris 7° – 15 Novembre 2015)

Le respect dû aux victimes et au deuil de leurs familles, à tous les destins mutilés et brisés des survivants ne peut et ne doit empêcher de réfléchir au pourquoi et au comment.

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Entre deux feux (13 Novembre 2015) – Postface du 16 Juillet 2016

Entre les lignes entre les mots

En postface d’un texte écrit le 15 novembre 2015, pris-entre-deux-feux/

13 Novembre 2015 ; 14 Juillet 2016. Huit mois plus tard, où en sommes-nous sur le double front de l’encerclement ? Oui, où en sommes-nous, en dehors des fortes et martiales déclarations télévisées, les yeux embués et les mâchoires serrées, de l’air grave dans les cimetières et de toute la panoplie de ce qu’en langage faux cul, on nomme compassion ?

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Un rapport paru des heures avant le massacre de Nice: Ce ‘terrorisme’ n’est en rien ce qu’on croit !!

Un malaise mondial beaucoup plus profond…

histoireetsociete

dil Alifriqui – publié le Samedi 16 Juillet à 00:33

bie sûr, il faut toujours se méfier de ces pseudos révélations d’experts, et j’ignore tout de celui-ci. Pourtant ses interrogations rejoignent celles que je ne cesse de me poser sur la nature de ce à quoi nous sommes confrontés. D’abord la conviction qu’il s’agit avec Daech d’un fascisme et que celui-ci comme tous les fascismes a d’abord une nature de classe. Une manière pour un système qui depuis plus d’un siècle désormais est entré dans une phase de crise profonde, le capiitalisme, multipliant les conflits inter-impérialistes et devenu de plus en plus destructeur (guerres mondiales, massacres de masse de la première guerre mondiale à la shoah en passant pas Hiroshima. Il ne s’agit plus d’opposer la folie manifeste de ceux qui combinent vocation suicidaire à pulsion homicide et qui rencontrent des réseaux sociaux de ce fascisme, mais de bien comprendre…

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Quelques pensées au sujet d’être Paris…

sillage

Je suis Paris, tout comme j’ai été Beyrouth, et Metrojet, et … tant d’autres : le Yemen, tous les jours depuis des semaines et des mois …

Je fouille ma mémoire … je récite intérieurement une liste de drames qui s’allonge, dans le temps, et dans l’espace …

La frustration, la colère, toute la gamme des émotions, au cours de cette soirée du 13 novembre, et à chaque fois que cela se produit …

Je me souviens …


Montréal. Aéroport de Dorval. Septembre 1971.

Comme tous les autres passagers, je m’installe dans mon siège, prêt pour le départ. J’ai 23 ans. C’est ma première envolée outremer vers l’Europe, sur un vol de la BOAC. Le temps passe. Les préposés à bord se retirent. On attend toujours. Puis une voix nous annonce que le départ sera retardé. De plus, on nous demande de sortir calmement de l’avion, rangée par…

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Une alternative est possible au plan funeste accepté par le gouvernement grec !

Pour sauver la démocratie en Grèce et en Europe

réveil-mutin

oxi2015par Eric Toussaint [1]

Le 5 juillet 2015, à l’issue du référendum initié par le gouvernement d’Alexis Tsipras et le parlement hellène, le peuple grec a rejeté massivement la poursuite de l’austérité que voulaient lui imposer les institutions qui auparavant agissaient sous le nom de Troïka. C’est une splendide victoire de la démocratie.

Pourtant, s’il est mis en pratique, l’accord intervenu le lundi 13 juillet au matin, signifiera la poursuite de l’austérité dans le cadre d’un nouvel accord pluriannuel. Ce qui est en totale contradiction avec le résultat du référendum.

Cette proposition inclut l’abandon d’une série très importante d’engagements pris par Syriza lors de la campagne électorale qui lui ont permis d’obtenir une victoire d’une portée historique le 25 janvier 2015. Syriza a engagé sa responsabilité devant le peuple grec et il serait tragique qu’elle ne la respecte pas, d’autant que le peuple lui a apporté un appui très…

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Tsipras ne capitule pas, il poursuit sa stratégie

Le Blog de Guillaume Etievant

A peine la nouvelle proposition du gouvernement grec était-elle sur la table, que le mot « capitulation » s’affichait sur tous les gros titres de la presse. Chaque semaine, les médias dominants croient voir leur rêve se réaliser  : aucune alternative à l’austérité ne serait possible en Europe, et il faudrait que Syriza échoue pour signer la preuve définitive de cette impossibilité. Tsipras est remaquillé en traitre, et à sa suite c’est toute l’autre gauche qui est salie par ces attaques.

A lire l’accord proposé le 9 juillet par la Grèce, on ne voit pourtant pas de rupture avec la stratégie jusqu’à présent déployée par Tsipras.  Elle contient au final peu de reculs par rapport à la position du 22 juin refusée par l’eurogroupe:

  • Sur la TVA c’est la même chose

  • Sur le marché du travail c’est la même chose également

  • L’excédent budgétaire primaire prévu est plus élevé, mais c’est grâce à…

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Le problème n’est pas là ! (Dissémination juin 2015)

Contre la confusion des idées ou la dérive de la planète, cogner contre le vide…

le portrait inconscient

001_in 180 Le problème n’est pas là !

« J’ai rêvé que tu écrivais un roman policier. L’assassin habitait chez toi… » Mon désir de participer à la « dissémination » de juin, répondant à la suggestion lancée par Renaud Schaffhauser et Laurent Margantin, m’amènera peut-être à sortir du thème ou alors à rater, du moins partiellement, l’esprit de l’échange qui est à la base de cette dissémination même. Car je n’ai pas trouvé dans notre univers un auteur de romans policiers pour lui soumettre le cas. J’ai envisagé alors de me caler dans un roman ou dans un film où le meurtre s’exploite dans les quatre murs d’une famille ou d’un couple… Cependant, j’ai la nette sensation que l’énonciation de départ — « l’assassin habitait chez toi » — ne veut pas suggérer une situation traditionnelle ou banale, par exemple une histoire de tromperie ou d’insatisfaction conjugale. Il y a quelque chose de plus intime et redoutable à…

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Une réponse ferme du ministre grec Lafazanis à l’émissaire des Etats-Unis chargé des questions d’énergie

SYRIZA PARIS / FRANCE

Source: www.thepressproject.gr

Résumé : Les déclarations de l’émissaire des Etats-Unis ont le ton de la provocation, voire de la menace, selon le ministre grec de Reconstruction Productive, Panayotis Lafazanis, référence faite, aux déclarations de l’émissaire des E-U chargé des relations internationales en questions d’énergie, sur l’évolution récente du projet de gazoduc « Turkstream ». La Grèce n’est pas un bien immobilier et n’est pas susceptible de céder à des chantages ; c’est ce qu’a bien fait savoir le ministre grec.

Le ministre grec de Reconstruction Productive, Panayotis Lafazanis, a été très critique vendredi à l’égard de l’émissaire des E-U chargé des relations internationales en questions d’énergie, Amos Hochstein.

L’occasion fut donnée par les prises de position de M. Hochstein, qui a exprimé la préoccupation que, l’examen par la Grèce du projet d’extension du gazoduc « Turkstream », pour le transport du gaz de la Russie vers l’Europe, à travers la Turquie et la Grèce…

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Le Petit Journal entre à Mediapart

Diaboliser ainsi Jean-Luc Mélenchon participe à la dédiabolisation du Front national, c’est irresponsable et triste…

alabergerie

2015_03_08

Comment qualifie-t-on l’action de prendre une phrase, de lui rajouter le début de la phrase suivante, puis de faire semblant de former avec le tout une seule phrase? Un collage? Une manipulation?

Le 15 mars, Perraud & Arfi écrivent dans Mediapart:

La phrase clef du politicien français gît au milieu de son texte: «Cela ne justifie pas qu’on l’assassine. Mais […].»

Mais quoi? Mais, trois points de suspension, point final. Tout l’art consiste à écrire quelque chose d’irréprochable, quitte à être inélégant, du moment que le lecteur tout seul lise exactement ce que le journaliste veut qu’il lise, et qu’il n’a pas écrit.

Car la citation est rigoureusement exacte: il y a effectivement un “Mais”, suivi d’autres mots, que termine un point final, fermez les guillemets.

Mais quand l’esprit lit cette phrase, la fameuse “phrase-clef” du politicien, comment chante sa petite voix intérieure? Elle chante rigoureusement les mots qu’on lui…

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Mario Draghi et la politique monétaire de la Banque centrale européenne

7 mars 2015

Rachat massif de dettes publiques par la BCE

   Tout un symbole. Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), a annoncé, jeudi 5 mars, que son plan massif de rachat de dettes publiques (« quantitative easing » ou « QE »), ultime « bazooka » destiné à réanimer la croissance en zone euro, débuterait lundi 9 mars. Dans la foulée, l’euro a plongé sous la barre des 1,10 dollar, jeudi soir. Une première depuis septembre 2003 ! Vendredi matin, la monnaie unique se reprenait légèrement, juste au-dessus de ce seuil symbolique.

   Nouvelle preuve de l’efficacité de la BCE ou abus de pouvoir ? Une chose est sûre : depuis que l’institut s’est dit prêt, le 4 septembre 2014, à racheter des ABS (asset-backed securities), ces titres adossés à des créances d’entreprises, un tabou est tombé. Même si ce n’est pas directement dans son mandat, le but de « Super Mario » est bien de faire baisser la monnaie unique en augmentant la quantité d’euros en circulation, favorisant au passage les exportateurs européens.

   Plus globalement, l’objectif du QE est de contrer les pressions déflationnistes pesant sur le Vieux Continent, en relançant le crédit et l’activité. En achetant des dettes souveraines, la BCE en amoindrit les rendements (qui évoluent à l’inverse de la demande), poussant ainsi les investisseurs vers des actifs plus risqués, comme les actions ou les dettes d’entreprises.

   Ce nouveau reflux de l’euro porte son recul à 8 % depuis le début de l’année, après une chute de plus de 12 % en 2014. Signe que les investisseurs n’ont d’yeux que pour M. Draghi et son QE, même le portrait nettement plus optimiste des perspectives de la zone euro n’a pas suffi à soutenir la monnaie unique. La BCE attend désormais une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 1,5 % en 2015 et de 1,9 % l’année suivante, contre des précédentes estimations de 1 % et 1,5 %. Pour 2017, l’institut a publié sa première prévision, qui est de +2,1 %.  » Il y a toujours des risques  » pour l’économie européenne,  » mais ils ont diminué « , a estimé M. Draghi.

      Sortir du marasme  […]

    « Nos décisions de politique monétaire ont stoppé un déclin des attentes d’inflation. […] Nous voyons que nos objectifs commencent à être atteints « , s’est félicité M. Draghi.

    « Combiné au recul du prix du pétrole et de l’euro, le QE intervient au bon moment pour solidifier la reprise de la croissance « , indique Clément Genès, économiste chez Kepler.  » La transmission de la poilitique monétaire à l’économie réelle s’améliore: les banques répercutent mieux la baisse de leurs coûts de financement dans les taux qu’elles pratiquent envers les entreprises, notamment en Espagne et en Italie [pays les plus touchés par la crise] », détaille M. Genès.  […]

   La BCE va, dès lundi 9 mars, racheter chaque mois pour 50 milliards d’euros d’obligations souveraines de la zone euro, en plus des 10 milliards de titres privés, comme des créances titrisées d’entreprises (les ABS), qu’elle acquiert déjà depuis octobre 2014. […]

   Ces opérations, prévues pour durer au moins jusqu’en septembre 2016, devraient dépasser les 1.140 milliards d’euros. M. Draghi a toutefois pris soin de préciser, jeudi, que le programme sera prolongé  » au-delà si besoin « , jusqu’à ce que la BCE observe un  » ajustement continu de l’inflation  » vers la cible que lui fixe le mandat de la BCE, soit  » proche mais en dessous  » des 2 %. […]

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5 juin 2014

La banque centrale européenne tente de relancer l’économie

 Le HuffPost  |  Publication: 05/06/2014 14h04 CEST  |  Mis à jour: 05/06/2014 15h33 CEST

   Les observateurs attendaient des mesures non-conventionnelles, ils en ont eu pour leur argent. La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé la baisse historique de son taux principal à 0,15% (contre 0,25% précédemment).

   Mais derrière cette nouvelle, son président Mario Draghi a dévoilé une initiative jamais vue: fixer un taux de dépôt négatif à l’attention des banques.

   En fixant un taux négatif (-0,10%), la BCE espère les pousser à prêter davantage aux entreprises et ménages, afin d’encourager la croissance. En effet, les banques vont être désormais contraintes de payer pour stocker leur argent auprès de la BCE.

   L’objectif de la manœuvre est aussi d’influencer le taux de change. Si des banques sont dissuadées de laisser leurs euros à la BCE, elles pourraient les vendre afin de placer leurs liquidités ailleurs, faisant baisser la valeur de la monnaie unique européenne.

   Les marchés ne se sont pas trompés: tandis que les marchés d’actifs saluaient cette nouvelle politique, l’euro de son côté reculait brusquement à 1,3569 dollars (-0,24 %).

   Le CAC40 s’est aussi instantanément réchauffé avec les annonces: +1,44%.

   D’autres annonces étaient attendues lors de la conférence de presse de Mario Draghi.

   Deux prêts de 4 ans vont être octroyés au banques pour encourager le crédit. D’un montant de 400 milliards d’euros, ils ont aussi vocation à encourager le crédit aux acteurs privés dans la zone euro.

   Par ailleurs, la BCE a dit préparer activement un programme de rachat d’actifs adossés à des prêts (ou ABS).

   Elle va aussi arrêter de stériliser ses achats de dette publique.

  Cette stérilisation, une incitation aux banques à déposer leurs liquidités sur un dépôt hebdomadaire, était destinée à éviter un surplus de liquidités sur le marché et donc une menace inflationniste.

LE HUFFINGTON POST

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6 septembre 2012

Le premier vrai tournant de la crise

| La Tribune |   Jeudi 6 septembre 2012          par Philippe Mabille

   Espérée depuis le début de la crise grecque, la décision historique du président de la Banque centrale européenne de racheter de façon illimitée des dettes souveraines pour des maturités allant jusqu’à trois ans est le premier vrai tournant de la crise.

   Le 26 juillet, puis le 2 août derniers, le président de la BCE avait mis en garde tous ceux qui s’apprêtaient à spéculer sur l’éclatement de la zone euro au cours de l’été, se déclarant prêt à faire « tout ce qui est nécessaire pour préserver » la monnaie unique…, ajoutant une phrase assez mystérieuse pour frapper les esprits : « Croyez moi, cela sera suffisant » (« Believe me it will be enough »).

   La BCE se dit ainsi prête à utiliser une arme puissante appelée sur les marchés le « gros bazooka », c’est-à-dire à procéder si nécessaire à des achats illimités de titres de dette publique des pays sous assistance financière, sur des maturités allant de un à trois ans, avec l’argument qu’une telle intervention ne contrevient absolument pas au principe dit de « no bail out » du traité de Maastricht, puisqu’il s’agit d’opérations de politique monétaire qui est de la seule responsabilité de la banque centrale indépendante.

   Réunifier les taux d’intérêt

   Or, même s’il y a mis des formes et l’a assorti de strictes conditions pour les pays bénéficiaires (le respect de leurs engagements budgétaires), le programme de rachat de dette présenté hier par Mario Draghi s’inscrit bien dans ce cadre: il s’agit pour la BCE de « s’assurer de la bonne transmission de la politique monétaire et de son unicité » (« singleness »). En d’autres termes, le président de la BCE affirme sa ferme volonté de réunifier les taux d’intérêt des différents pays de la zone euro, qui ont divergé de façon anormale et spectaculaire depuis trois ans.

   En principe, dans une zone monétaire unique qui fonctionne bien, les taux d’intérêt doivent être uniques : c’est ce que l’on observait avant le début de la crise grecque, jusqu’à ce que le doute s’installe chez les investisseurs sur la solvabilité des différents Etats membres. Ce doute apparu à cause des mensonges budgétaires de la Grèce s’est transformé en panique lorsqu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont appelé à Deauville à une participation des investisseurs privés à une restructuration de la dette d’Athènes. La confiance des prêteurs dans la qualité des risques souverains s’est alors évanouie, et la crise grecque s’est propagée dans toute la zone euro.

   Mario Draghi est allé le plus loin qu’il le pouvait pour mettre fin à une crise autoréalisatrice, propagée par les taux d’intérêt meurtriers exigés à la Grèce, l’Italie, l’Espagne ou le Portugal, qui n’ont jamais été récompensés des efforts qu’ils ont fait. Cette injustice impitoyable des marchés justifie une intervention massive de la BCE pour réunifier peu à peu les taux d’intérêt.

   Les dangers d’une stratégie irréversible

   La stratégie de la BCE peut marcher, mais elle n’est pas exempte de dangers. Elle peut marcher parce qu’elle ressemble, à s’y méprendre, à la façon dont la Banque de France et la Bundesbank ont mis fin en 1994 avec succès à la crise spéculative du franc français. Les marges de fluctuation du système monétaire européen avaient été supprimées et les banques centrales avaient signé un accord d’intervention illimité. Sans repères, les spéculateurs avaient cessé leurs attaques. Le gros Bazooka de Mario Draghi procède du même principe : le président de la BCE s’est bien gardé de donner une indication aux marchés sur le niveau de taux d’intérêt jugé excessif à partir duquel la banque centrale interviendra. Dans l’idéal, l’espoir secret est bien évidemment que la BCE n’ait pas besoin de se montrer très souvent pour convaincre de son sérieux.

   Certes, mais pour montrer qu’il a bien une balle dans son pistolet, Mario Draghi a pris des risques. Il a violé la culture allemande de stabilité qui assimile le rachat des emprunts d’Etats à une monétisation de la dette publique, première étape vers l’hyperinflation. On peut comprendre l’inquiétude d’un peuple dont les parents ont connu par deux fois au XXème siècle la faillite monétaire. Mais la BCE a pris toutes les précautions pour apaiser ces craintes : les éventuels achats de dette seront stérilisés. Autre risque à ne pas négliger, celui d’une nouvelle détérioration de la qualité du bilan de la banque centrale, qui a gonflé démesurément depuis trois ans.

   De fait, jamais la BCE n’était allée aussi loin pour convaincre les marchés de l’irréversibilité de l’euro. C’est d’ailleurs bien ce qui dérange au fond l’Allemagne et les pays du Nord de l’Europe. Le programme Draghi rend encore plus impossible le démontage de l’euro, parce qu’il faudrait que les pays membres épongent les pertes éventuelles en cas de sortie de l’un d’entre eux.

   Le tournant de la crise ?

   C’est aussi en cela que l’action de la BCE constitue un tournant. Elle donne du temps aux gouvernements et aux opinions pour avancer sur le volet politique de l’union fiscale et bancaire tout en rendant encore plus nécessaire et urgent le basculement vers une Europe fédérale. Parce qu’elle est conditionnée au respect des programmes d’ajustement exigés des pays les plus fragiles de la zone euro, la décision de Mario Draghi renforce la pression sur les gouvernements pour qu’ils accélèrent la marche vers l’adoption du pacte budgétaire européen, le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) signé en février dernier. Au risque que les opinions publiques rejettent ce qui pourrait apparaître aux yeux des eurosceptiques comme un façon d’imposer le fédéralisme par la peur de l’explosion.

   L’Europe s’apprête à vivre cet automne des événements spectaculaires et plus historiques que jamais…(à suivre jeudi 12 septembre avec la décision de la Cour consitutionnelle allemande sur le MES et le TSCG…).    link

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27 juillet 2012

Un tournant dans la crise de la zone euro?

   L’agence de notation Moody’s, en mettant sous surveillance la note triple A de l’Allemagne, pointe le fait que la stabilité de la zone euro ne peut pas dépendre de la santé économique d’un seul pays. C’est sans doute pour cette raison que Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, est intervenu pour rassurer les marchés, au début de la semaine, alors que les bourses s’étaient mises à dévisser, en déclarant que son institution était prête à soutenir la zone euro par tous les moyens… moyens considérés comme non orthodoxes depuis la création de la BCE! L’éclatement de la zone euro paraît désormais inéluctable si les dettes souveraines ne sont pas prises en charge, d’une façon ou d’une autre, par la BCE.

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26 avril 2012

Pourquoi les banques prêtent-elles aux Etats à un taux élevé

alors qu’elles ont reçu de la BCE 1.000 milliards de prêts bonifiés?

LE MONDE | 26.04.2012 à 11h19 • Mis à jour le 26.04.2012 à 14h57

   Par Clément Lacombe et Anne Michel

   La Commission européenne entend demander des comptes aux banques sur l’utilisation des 1 000 milliards d’euros que leur a octroyés la Banque centrale européenne (BCE), en décembre 2011 puis février, à travers des prêts inédits à trois ans et à faible taux.

   Selon les informations du Monde, Michel Barnier, commissaire au marché intérieur, a demandé au président de l’Autorité bancaire européenne (EBA), Andrea Enria, de s’intéresser à l’usage qu’ont fait les établissements financiers de ces prêts bonifiés. Ils devaient éviter un assèchement du crédit dans la zone euro, en permettant aux banques d’accéder à une liquidité devenue introuvable hors des guichets de la BCE, du fait de la crise de la dette, et inciter aussi le secteur bancaire à continuer à financer les Etats.

   « Qu’ont fait les banques de cet argent ? L’ont-elles redistribué à l’économie réelle en prêtant aux ménages et aux entreprises ? En ont-elles profité pour se recapitaliser, en mettant en réserve l’argent ainsi gagné ? Ont-elles racheté des dettes d’Etat ? », s’interroge une source à Bruxelles.

   La démarche de M. Barnier fait écho aux questions de la classe politique européenne sur le sens de ces prêts aux banques, quand les Etats, interdits d’accès au guichet de la BCE, continuent de se financer à un prix de marché, souvent élevé. Se pose aussi la question du financement de l’économie.

   RESSERREMENT DU CRÉDIT

   Mercredi 25 avril, devant les parlementaires européens, Mario Draghi, le président de la BCE, a reconnu que ces liquidités n’irriguaient pas l’économie réelle aussi rapidement qu’espéré. Une étude publiée mercredi par l’institut monétaire montre que 9 % des banques ont encore resserré les conditions de crédit aux entreprises au premier trimestre, alors que 35 % d’entre elles l’avaient déjà fait fin 2011. La situation se détériore donc encore, même si le rythme est bien mois rapide… Parallèlement, la demande de prêts des sociétés a chuté de 30 %, tandis que celle venant des particuliers s’est effondrée de 43 %… Interrogé par les eurodéputés, M.Draghi a assuré qu’il ferait le point prochainement sur la façon dont les banques ont utilisé les prêts de son institution.

   Un engagement qui conforte l’initiative de M. Barnier, laquelle pourrait déboucher sur des résultats concrets. Les banquiers centraux siégeant à l’EBA devront dire s’ils jugent sa demande recevable. Si tel était le cas, chaque banque européenne pourrait se voir contrainte d’adresser à l’EBA un dossier complet sur l’emploi des prêts de la BCE. A ce jour, aucun contrôle n’était prévu. Et hormis le montant des prêts obtenus par chaque établissement, aucune autre donnée n’est connue.

   « Cette demande n’est pas aberrante, mais il ne faut pas espérer obtenir des résultats inattendus, juge un banquier. Il n’y a pas de trou noir : les banques se servent de ces prêts pour refinancer leur bilan et relâchent l’argent au fil de l’eau, en fonction des besoins de financement de l’économie. »

    Clément Lacombe et Anne Michel    link

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4 avril 2012

Fin de l’effet bazooka?

Source: Reuters – 04/04/2012 à 12:52/Nigel Davies, Natalie Huet/Wilfrid Exbrayat/Capital.fr

   Les coûts d’emprunt de l’Espagne ont bondi mercredi 4 avril lors d’une adjudication qui a précipité le repli des marchés boursiers, le budget draconien dévoilé par Madrid ne suffisant pas à calmer l’inquiétude des investisseurs face à l’endettement du pays.

   Le Trésor espagnol a adjugé pour 2,6 milliards d’euros d’obligations, dans le bas de la fourchette visée, et à des rendements en hausse, signe que le soutien apporté aux banques par les injections de liquidité de la Banque centrale européenne (BCE) ne masque plus la nervosité des investisseurs.

   Le coût de l’assurance contre un défaut de l’Espagne grimpait de son côté: les CDS à cinq ans sur la dette du pays ont bondi de 20 pdb sur la séance, à 457 pdb, d’après Markit, entraînant dans leur sillage les CDS italiens à cinq ans, en hausse de 25 pdb à 407 pdb.

   Dans le même temps, le spread Espagne/Allemagne à 10 ans atteignait un plus haut depuis novembre à 392 pdb.

   « Le marché veut voir les mesures d’assainissement budgétaire mises en oeuvre et le contexte économique s’améliorer », souligne Nick Stamenkovic, de Ria Capital Markets.

   Or, le gouvernement espagnol a présenté la semaine dernière un projet de budget draconien pour 2012, prévoyant 27 milliards d’euros d’économies, soit 2,5% du produit intérieur brut (PIB), dans l’espoir de réduire son déficit budgétaire et d’apaiser les marchés obligataires.

   Mais le gouvernement a fait savoir mardi que l’Espagne afficherait malgré tout cette année son endettement le plus élevé depuis au moins 1990, l’économie du pays pâtissant à la fois de la récession et de la hausse de ses coûts d’emprunt.   link

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8 février 2012

Accalmie sur les marchés

Le Monde | 08.02.12 | 10h55    par Clément LACOMBE

   La possibilité offerte aux banques d’emprunter des montants illimités à la banque centrale européenne sur une durée de trois ans, au lieu de trois mois en temps normal et un an dans les périodes de crise, a permis d’éteindre le risque d’une faillite bancaire et d’éloigner le spectre d’une pénurie de crédit à l’économie réelle.

   Le 21 décembre 2011, 523 banques ont ainsi emprunté le montant record de 489 milliards d’euros, et les banquiers attendent avec impatience la seconde opération qui sera lancée par la BCE le 29 février prochain.

   A l’origine, la mesure avait été peu commentée, les investisseurs ne souhaitant qu’une chose : que la BCE se transforme en prêteur en dernier ressort des Etats de la zone euro, et augmente fortement ses achats de dette publique, à l’instar de la Réserve fédérale américaine. « Graduellement, les marchés se sont aperçus que cette mesure changeait tout », note M. Pisani-Ferry.

   Les marchés apaisés, une partie de ces liquidités ont aussi pu être utilisées pour acheter des emprunts d’Etat, comme des titres italiens, provoquant une détente des taux d’intérêt.

   C’est dans ces conditions que l’Europe a pu encaisser sans encombres les sanctions de Standard & Poor’s, qui elle-même a accordé un satisfecit à la BCE dans son communiqué accompagnant les dégradations de neuf pays européens, le 13 janvier. La banque centrale a permis d’éviter « un effondrement de la confiance des marchés », juge l’agence de notation.

   Les deux baisses de taux décidées par la BCE lors des deux premiers mois de M.Draghi à la tête de l’institution ont également marqué les esprits. « La BCE paraît moins focalisée sur l’inflation (en dépit du dépassement de sa cible), davantage sur les risques de baisse d’activité », expliquait récemment, dans une note, Bruno Cavalier, chef économiste chez Oddo.

   Selon le Wall Street Journal du 8 février, la BCE serait prête à participer à l’effort de réduction de la dette grecque juqu’ici réclamé uniquement aux créanciers privés. La BCE, qui a acheté depuis mai 2010 entre 35 et 55 milliards d’euros d’obligations grecques, pourrait abandonner une partie de sa créance.

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29 décembre 2011

Cercle vicieux

   Les liquidités injectées par la Banque centrale européenne reviennent à la Banque centrale européenne.

   Sur les 489,19 milliards d’euros prêtés aux établissements financiers le 21 décembre dernier, jusqu’à 452 milliards ont été parqués pour 24 heures, mardi 27 puis mercredi 28 décembre, à la « facilité de dépôts » de la BCE, dépassant le record de 384,3 milliards d’euros du 11 juin 2010.

   Les banques de la zone euro, se méfiant toujours les unes des autres, ont préféré placer en lieu sûr leurs liquidités, plutôt que de se prêter de l’argent entre elles et dégripper le marché interbancaire, sous tension.

   Ce nouveau record suscite des interrogations sur les dispositifs exceptionnels pris par la BCE pour éviter une paralysie du système financier, évacuer le spectre d’une pénurie de crédits aux entreprises et aux particuliers, et donc une récession encore plus forte.

   Source: LEMONDE| 29.12.11 | Clément LACOMBE

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28 décembre 2011

Baisse des taux d’emprunt italiens

   Alors que les observateurs redoutaient une nouvelle poussée de fièvre des taux d’emprunt italiens, ceux-ci ont très fortement baissé, mercredi 28 décembre, à 3,251 %, lors d’une émission obligataire attendue avec impatience par les marchés. A titre de comparaison, ces mêmes taux s’élevaient à 6,504 % lors d’une opération similaire menée le 25 novembre.

   Source: LEMONDE.FR avec AFP | 28.12.11 | 12h47 • Mis à jour le 28.12.11 | 13h41

Est-ce déjà l’effet Mini-bazooka des prêts octroyés aux banques par la BCE le 21 décembre?

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23 décembre 2011

Mini-bazooka

 Le Monde   | 23.12.11 |   par Claire GATINOIS

   La Banque centrale européenne (BCE) a dégainé, mercredi 21 décembre, son « mini-bazooka »: une arme monétaire puissante sans, toutefois, être absolue.

   L’autorité de Francfort a « offert » aux banques de l’Union monétaire beaucoup d’argent, sous forme de prêts à trois ans à un taux d’intérêt de 1%, un prix d’ami qui explique en partie la ruée qu’a suscitée cette opération inédite.

   Au total, 523 établissements ont souscrit à l’offre pour 489,19 milliards d’euros.

   L’objectif? « Eviter la dyslocation du système financier », estime Gilles Moëc, économiste à la Deutsche Bank.

   L’opération doit soulager des banques aux abois: certains établissements de l’Union monétaire gorgés de dettes souveraines potentiellement toxiques suscitent la défiance et peinent à se financer sur le marché interbancaire. Or, en 2012, les banques de la zone euro auront besoin de 578 milliards d’euros pour refinancer leurs dettes arrivées à échéance, dont 278 milliards pour le seul premier trimestre.

   En soulageant les banques, l’autorité monétaire veut donc éviter une catastrophe, mais aussi s’assurer que les établissements prêteront aux petites entreprises et aux ménages de la zone euro. Un enjeu essentiel pour la croissance. Encore faudrait-il que les banques jouent le jeu, et ne placent pas leur trésorerie à la BCE, où elle pourra dormir en toute sécurité…

   Certains gouvernants de la zone euro espèrent aussi qu’avec cet argent les établissements rachètent des crédits souverains de pays en difficulté. Mario Draghi, le président de la BCE, s’en défend, mais certains établissements pourraient se laisser tenter et investir l’argent qui leur a coûté 1% pour racheter des titres à dix ans qui rapportent plus de 5% et 6,5% comme les emprunts espagnols ou italiens.

   La BCE, à qui certains réclament de sortir son « bazooka » – c’est-à-dire de racheter massivement des emprunts souverains sur le marché pour en faire baisser les taux – prendrait ainsi « la diagonale », note un expert, faisant faire le travail par les banques…