développement

Une histoire

Atelier d’hiver de François Bon

Mes contributions

     L’amorce d’un chemin bordé de grands arbres dont les plus hautes branches se rejoignent pour former une voûte; le feuillage tamise la lumière, la terre moussue amortit les pas, quelques notes se font entendre, chant alterné d’oiseaux qui se répondent… Au loin, à l’embranchement de plusieurs allées, s’élève une petite construction métallique circulaire surmontée d’un toit, qui pourrait abriter le concert donné par les oiseaux… les tiges de fer sont rouillées, mais le plancher paraît encore assez solide pour supporter le poids de plusieurs musiciens. Au-delà du kiosque, le chemin mène à un étang dont la surface légèrement ridée par le souffle de l’air reflète l’image mouvante d’un château, inoccupé depuis la fin de la seconde guerre mondiale… Les héritiers ne se sont jamais manifestés et la commune en est devenue propriétaire, mais la petite ville d’Hazinghem, dans le Nord de la France, est trop pauvre pour le remettre en état, elle se contente d’entretenir le parc.

     Cet endroit avait hanté mes nuits… Je n’ai pas jeté la lettre, je suis allée au rendez-vous… Les archives de la mairie ont conservé de vieilles gazettes qui évoquent les fêtes somptueuses organisées dans le domaine par l’ancien propriétaire, un grand bourgeois issu d’une des familles les plus fortunées de l’industrie textile française de l’époque. Des photos prises entre 1920 et 1938 représentent le château et son kiosque à musique sous différents angles; les invités sont assis sur des chaises de jardin ou déambulent dans les allées du parc, leurs vêtements élégants témoignent de l’évolution de la mode, le style des années folles devient plus sage après la crise de 1929… La photo la plus récente met en lumière un jeune violoniste que mentionne la gazette locale comme étant le fils d’un ouvrier de l’usine familiale qui jouxtait le château; en 1940, les bombardements avaient épargné celui-ci mais détruit complètement l’usine et le quartier…

     Des vagues de réminiscences troublent l’eau étale de la mémoire, des reflets affleurent de souvenirs en pleurs, des images floues se superposent et se désagrègent, une force obscure venue des profondeurs repousse toute tentative de recomposition, la conscience semble se refuser à la formation d’images précises, les paillettes de soleil bondissantes entre des barrières d’ombre éblouissent le regard comme pour l’empêcher de fixer ce qu’il ne veut pas voir…

     J’avais réussi à tout oublier… Le développement de cette histoire pourrait être multiple, mais une force irrépressible aimanterait l’écriture vers un point crucial ou cruel qui resterait douloureusement insaisissable… La progression en aveugle se heurterait à des zones d’ombre à travers lesquelles les phrases creuseraient leur sillon jusqu’aux limites du supportable… L’écriture est un défi opposé au monde, les premiers mots sont comme les premiers pas, l’essentiel est de tenir debout… Davantage qu’un chemin vers l’inconnu, l’écriture est un cri de désespoir lancé par quiconque essaie de retrouver la lumière du jour ou le pouvoir de la parole… Le livre qui parviendrait à raconter cette histoire – ou une autre (l’histoire d’un jeune violoniste, celle de la mort d’un jeune aviateur anglais…) – n’aurait pas le pouvoir de changer le réel, mais percerait l’opacité de la Nuit… il serait gravé pour toujours à la surface de l’éternel Silence…

La République en Marche arrière

Liste des reculs

2017

Juin/Juillet

Pouvoir :

  • Mise en place d’un mode de gouvernance monarchique avec un Président qui a les pleins pouvoirs et une majorité passive à l’Assemblée Nationale; convocation du Congrès de Versailles où seule compte la parole du Président…

Ecologie :

  • Abandon par l’Europe, à la demande de la France, de la Taxe sur les Transactions Financières, qui devait financer la lutte contre le réchauffement climatique.
  • Aval de la France pour un texte européen peu contraignant sur les perturbateurs endocriniens, en recul par rapport au projet qu’elle soutenait antérieurement.

Droits humains :

  • Réduction de l’aide au développement (climato-compatible…) des pays pauvres, alors que le PR se dit conscient (?!) que la lutte contre le terrorisme se joue aussi sur ce front!…
  • Distributions d’eau et de nourriture aux migrants interdites!!!

Retraités et fonctionnaires :

  • Gel du point d’indice des fonctionnaires et rétablissement du jour de carence (que les grandes entreprises ne pratiquent pas) en cas d’arrêt maladie.
  • Augmentation de 1,7% de la CSG accompagnée d’une baisse de 3,5% des cotisations salariales dans le secteur privé (le gain de pouvoir d’achat est d’autant plus important que le salaire est élevé!), mais sans compensation pour les fonctionnaires et les retraités, dont les revenus diminuent de facto.

Fiscalité :

  • Cantonnement de l’ISF aux seuls biens immobiliers (coût pour l’Etat: 4 milliards, mais gain de 2 milliards pour les 3000 ménages français les plus riches!).
  • Instauration d’un Prélèvement Forfaitaire Unique de 30% sur les valeurs mobilières (coût pour l’Etat: 3 milliards, mais gain de 1,3 milliard pour les 3000 ménages français les plus riches!).

Travail :

  • Novlangue: le « compte pénibilité » est rebaptisé compte de prévention mais se voit privé de 4 de ses piliers (contact avec les produits chimiques, charges lourdes, postures pénibles, vibrations…) et le départ en retraite anticipé ne sera possible qu’en cas de maladie professionnelle déclarée…

A suivre

L’aveu

Page sombre

(Récit en cours d’écriture)

     Manifestement, la puissance étatique dont semblait se réclamer Martin connaissait un degré de développement scientifique et technologique très avancé. En attestaient les objets informatiques miniaturisés trouvés en sa possession. Les meilleures équipes d’ingénieurs américains et européens avaient uni leurs efforts pour en percer les secrets sans réussir toutefois à entrer dans le système principal qui les commandait à distance, au point de craindre l’intrusion d’un cheval de Troie dans nos propres systèmes. Pris de panique, les généraux de l’OTAN avaient exigé leur destruction. Des fuites d’information relayées par la presse et démultipliées par les réseaux sociaux étaient à l’origine de la montée soudaine de l’intérêt des populations du monde entier pour l’espion arrêté par les Français. Une espèce de psychose paranoïaque s’était alors emparée des politiques et la pression sur Jean-François était devenue extrême. Il était le fusible idéal à faire sauter en cas de problème, mais la question n’était pas là. Le FBI trépignait d’impatience et la France ne voulait pas que ses services de contre-espionnage puissent être taxés d’incompétence. Il fallait que Martin se lâche, qu’il raconte par le menu tout ce que nous désirions savoir, à n’importe quel prix… J’avais été l’instrument de la méthode douce utilisée jusqu’alors par Jean-François, jusqu’où irait-il pour obtenir des aveux?…

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

Halte à la croissance?

    

(fiction en cours d’écriture)

     France avait eu vingt ans en 1971, alors que le Club de Rome, un groupe de réflexion précurseur constitué de personnalités de très haut niveau dans les domaines scientifiques, politiques et des affaires, qui s’était créé le 8 avril 1968, allait publier son premier rapport, en 1972, The Limits to Growth. Traduit en Français avec le titre Halte à la croissance?, il eut un retentissement mondial. On y parlait pour la première fois de développement durable et d’empreinte écologique. Or, les pays développés venaient de connaître un cycle de croissance ininterrompue (les Trente glorieuses) qui laissait penser que l’expansion serait sans limite. Les esprits n’étaient pas disposés à recevoir des avertissements qui impliquaient tant de remises en question… Il n’empêche. Les premières pierres de l’écologie politique étaient posées. Par ailleurs, en 1971, débutait la première crise mondiale des prix du pétrole, déclenchée par l’abandon des accords de Bretton Woods et le plafonnement de la production aux Etats-Unis, dont l’épuisement des réserves exploitables devenait préoccupant. L’idée qu’il fallait économiser l’énergie commençait à émerger. Habituées à un pétrole bon marché, les opinions publiques en prirent soudainement conscience en 1973, pendant la guerre du Kippour, quand les pays arabes membres de l’OPEP, en représailles contre l’Occident, augmentèrent le prix du baril de brut de 70% avant d’imposer un embargo sur les livraisons qui avait frappé les esprits en accélérant l’envolée des prix, multipliés par quatre en à peine un an.

     A vingt ans, France avait la vie devant elle et toutes les raisons de se sentir optimiste. La pensée écologique allait prendre son essor en réconciliant des points de vue contradictoires, car la préservation des ressources de la planète impliquait l’attention aux autres et la justice. Ce sont ces aspirations naissantes que le premier candidat écologiste à l’élection présidentielle française avait réunies sur son nom, en 1974: René Dumont était un ingénieur agronome connu pour son combat contre le productivisme des pays riches et pour le développement rural des pays pauvres, qui avait publié en 1962 L’Afrique noire est mal partie et, en 1973,  L’Utopie ou la mort!… France avait évidemment voté pour lui. Les dés étaient lancés, l’avenir aurait les couleurs vertes de l’espérance et donc de l’écologie…

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

Vie antérieure

  

(fiction en cours d’écriture)

    Xavier avait été ingénieur agronome. Il aidait Sylvain dans ses expérimentations agricoles. Lui aussi, au cours de sa vie antérieure, avait milité pour un autre modèle économique et d’autres pratiques de développement, respectueuses des ressources de la planète. Ils avaient tous deux l’expérience des modes de fonctionnement autogestionnaire des petites communautés libertaires qui s’étaient développées dans le monde entier dans la foulée du mouvement des indignés, après les grands rassemblements de l’année 2012.

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

En 2015

    

(fiction en cours d’écriture)

     En 2015, l’Humanité jouait son avenir. Certains hommes, certaines femmes d’Etat l’avaient compris. La chancelière Angela Merkel s’était appuyée sur la sensibilité des Allemands à l’écologie, après la catastrophe de Fukushima, pour sortir du nucléaire et accélérer le développement des énergies renouvelables. Le président nord américain Barack Obama ne manquait ni d’intelligence ni de volonté, mais se heurtait aux puissants lobbys du charbon qui répandaient dans l’opinion publique les poisons de l’idéologie climato-sceptique qu’ils finançaient et nourrissaient. La Chine, gros pollueur préoccupé de son essor économique récent, commençait à prendre la mesure du problème en voyant les brumes épaisses du smog asphyxier ses villes, mais de la prise de conscience à la mise en oeuvre d’un modèle de développement durable, le chemin serait long, il n’était pas réaliste de compter sur elle pour changer rapidement le cours des choses… La France aurait pu, aux côtés de l’Allemagne, jouer un rôle moteur. Mais la France était gouvernée par François le très petit… La grande conférence sur le climat était à peine terminée que le président de la République française, au lieu d’en exploiter les conclusions pour lancer le pays dans une dynamique vertueuse de relance économique par la transition écologique, avait sorti de son chapeau un projet de révision de la Constitution qui avait jeté le trouble dans l’opinion et déclenché la colère d’un très grand nombre de socialistes et/ou d’humanistes républicains…

     Ecrit depuis l’avenir

     2064