feuillage

Vent d’été

Atelier d’été Tiers Livre 2019

      J’ai six ans. Je ne connais pas bien ma grand-mère, je ne l’ai pas vue souvent. Elle nous a invités dans la maison de sa sœur aînée où elle habite depuis la mort de mon grand-père. Par la fenêtre ouverte, pendant le repas, j’écoute le doux frémissement des frondaisons associé pour toujours aux sensations inoubliables de ce jour-là. L’après-midi, les enfants filent dehors. Ivresse de se déployer dans les bois et dans les champs qui s’étendent au loin à perte de vue! Je découvre la vraie vie, à rebours des espaces étriqués et compartimentés de ma vie habituelle. La brise légère qui agite les feuillages joue une musique qui ne peut être que le murmure de l’Univers… La maison est située à l’écart du village, en haut d’une pente douce qui descend vers la plaine, sa position dominante fait de nous les rois du monde! Elle est plutôt basse et allongée mais de proportion équilibrée, sans doute avait-elle été le corps de logis d’une ancienne ferme. Ma grand-mère est visiblement heureuse d’être revenue vivre dans son village natal, qu’elle avait été obligée de fuir pendant la première guerre mondiale. Mais sa sœur, une très vieille dame impotente qui me fait un peu peur, meurt quelques mois plus tard. A nouveau sans domicile, ma grand-mère se résoud à venir habiter chez nous, dans notre toute petite maison. Je lis dans ses yeux la tristesse de ce nouvel exil et je ressens comme elle la nostalgie des vastes étendues de son enfance, auxquelles le vent d’été avait donné son tempo léger. Sur le bahut de la chambre où je vais la voir après l’école, trône un gros cylindre de cuivre que j’avais vu dans la maison de sa sœur. C’est une douille d’obus qui a été décorée par mon grand-père. Elle sert de vase.

Une histoire

Atelier d’hiver de François Bon

Mes contributions

     L’amorce d’un chemin bordé de grands arbres dont les plus hautes branches se rejoignent pour former une voûte; le feuillage tamise la lumière, la terre moussue amortit les pas, quelques notes se font entendre, chant alterné d’oiseaux qui se répondent… Au loin, à l’embranchement de plusieurs allées, s’élève une petite construction métallique circulaire surmontée d’un toit, qui pourrait abriter le concert donné par les oiseaux… les tiges de fer sont rouillées, mais le plancher paraît encore assez solide pour supporter le poids de plusieurs musiciens. Au-delà du kiosque, le chemin mène à un étang dont la surface légèrement ridée par le souffle de l’air reflète l’image mouvante d’un château, inoccupé depuis la fin de la seconde guerre mondiale… Les héritiers ne se sont jamais manifestés et la commune en est devenue propriétaire, mais la petite ville d’Hazinghem, dans le Nord de la France, est trop pauvre pour le remettre en état, elle se contente d’entretenir le parc.

     Cet endroit avait hanté mes nuits… Je n’ai pas jeté la lettre, je suis allée au rendez-vous… Les archives de la mairie ont conservé de vieilles gazettes qui évoquent les fêtes somptueuses organisées dans le domaine par l’ancien propriétaire, un grand bourgeois issu d’une des familles les plus fortunées de l’industrie textile française de l’époque. Des photos prises entre 1920 et 1938 représentent le château et son kiosque à musique sous différents angles; les invités sont assis sur des chaises de jardin ou déambulent dans les allées du parc, leurs vêtements élégants témoignent de l’évolution de la mode, le style des années folles devient plus sage après la crise de 1929… La photo la plus récente met en lumière un jeune violoniste que mentionne la gazette locale comme étant le fils d’un ouvrier de l’usine familiale qui jouxtait le château; en 1940, les bombardements avaient épargné celui-ci mais détruit complètement l’usine et le quartier…

     Des vagues de réminiscences troublent l’eau étale de la mémoire, des reflets affleurent de souvenirs en pleurs, des images floues se superposent et se désagrègent, une force obscure venue des profondeurs repousse toute tentative de recomposition, la conscience semble se refuser à la formation d’images précises, les paillettes de soleil bondissantes entre des barrières d’ombre éblouissent le regard comme pour l’empêcher de fixer ce qu’il ne veut pas voir…

     J’avais réussi à tout oublier… Le développement de cette histoire pourrait être multiple, mais une force irrépressible aimanterait l’écriture vers un point crucial ou cruel qui resterait douloureusement insaisissable… La progression en aveugle se heurterait à des zones d’ombre à travers lesquelles les phrases creuseraient leur sillon jusqu’aux limites du supportable… L’écriture est un défi opposé au monde, les premiers mots sont comme les premiers pas, l’essentiel est de tenir debout… Davantage qu’un chemin vers l’inconnu, l’écriture est un cri de désespoir lancé par quiconque essaie de retrouver la lumière du jour ou le pouvoir de la parole… Le livre qui parviendrait à raconter cette histoire – ou une autre (l’histoire d’un jeune violoniste, celle de la mort d’un jeune aviateur anglais…) – n’aurait pas le pouvoir de changer le réel, mais percerait l’opacité de la Nuit… il serait gravé pour toujours à la surface de l’éternel Silence…

La perception de la ville

LA REVENANTE

Atelier d’écriture de François Bon

Mes contributions

     La perception de la ville ne peut pas être la même pour tous les habitants mais se module en fonction du quartier et de ce qu’il représente. La rue elle-même, dans tel quartier connoté, a ses particularités propres, sa physionomie, sa personnalité. Chaque trajet ou promenade se déroule comme un voyage ou une traversée initiatique qui révèle progressivement une part des mystères de chaque lieu. A deux pas de chez nous, les petits pavillons jumeaux de la rue Lavoisier, parallèle à la nôtre, avaient des airs de petites villas avec leurs façades mitoyennes d’un seul côté, leurs toits décrochés et leurs portes d’entrée protégées par un petit hall. Aller rue Jeanne d’Arc en passant par cette rue coupée à angle droit par la rue du Fort-Malakoff faisait presque traverser un autre monde, séparé de l’église voisine par un mur au-dessus duquel bruissait le feuillage des arbres d’un jardin qui était peut-être l’Éden; emprunter ces rues était la promesse d’un dépaysement associé à un sentiment de calme et de sérénité qu’il était bon de savoir renouvelé à chaque passage… En semaine, les trajets se faisaient dans le cadre resserré du quartier tandis que les promenades du dimanche donnaient une perception plus élargie de la ville. L’hiver, on en prenait le plus souvent le pouls dans les rues commerçantes du centre, mais on allait parfois jusqu’à l’école municipale de musique, rue Nationale, en passant par la rue Sadi Carnot, qui donnait envie de continuer un peu plus loin, jusqu’à l’église Notre-Dame, dans le quartier le plus bourgeois de la ville, dont les grandes maisons austères semblaient dégager un air de quant-à-soi hostile… L’été, on allait plutôt vers les confins, à la limite de la ville ou plus loin dans la campagne selon l’endurance des marcheurs. Plus on se rapprochait de la Belgique, plus l’habitat devenait net, neuf et moderne, au bord de larges avenues. Au Sud, les noms bucoliques des villages de Fleurbaix et de Bois-Grenier ouvraient des horizons séduisants mais un peu lointains. Le Pont de Nieppe faisait traverser les faubourgs ouvriers situés à l’Ouest de la ville, tandis que vers Houplines, à l’Est, on bifurquait souvent dans la direction des étangs du Pont Ballot ou de l’Épinette, en marchant à travers champs. La ville avait de multiples facettes et de multiples entrées que les promenades réitérées rendaient familières et qu’il était agréable d’identifier comme les éléments d’un univers dans lequel on avait soi-même une place reconnue. La connaissance globale de la ville acquise sur les chemins permettait d’en mémoriser une image sans doute analogue à celle des photos de satellite diffusées aujourd’hui sur Internet. La ville, à l’époque, était déjà en expansion, mais son tissu fluide se laissait encore traverser par de larges trouées vierges d’occupation, comme s’il fallait moins de pixels pour la représenter; vue du beffroi ou d’un clocher d’église, son emprise au sol paraissait sans doute moins dense et plus circonscrite…

Une sorte de caméra clandestine

LA REVENANTE

Récit écrit au cours de l’été 2018

pour l’atelier d’écriture de François Bon sur Le Tiers Livre

     Elle ressentait une impression bizarre, faite d’exaltation et d’incrédulité, l’endroit était sorti de sa mémoire, elle en avait chassé le souvenir, la page était tournée, elle n’avait plus jamais pensé revenir… Se calmer, surtout se calmer!… Personne ne l’obligeait, c’était seulement une opportunité, peut-être un signe du destin, mais qu’allait-elle imaginer?… Non, il ne fallait pas rêver, la porte était fermée, le retour n’existe pas, le retour est impossible, la roue tourne, on n’y peut rien, on ne peut pas revenir sur ses pas… Et pourtant, ce pincement au coeur, cette fièvre, cette joie qui se mue aussitôt en tristesse, fallait-il donc les refouler?… Elle sentait au fond d’elle-même qu’elle désirait se laisser aller, mais se raidissait. Elle craignait ses émotions. Non, elle ne retournerait pas là-bas!… Elle devait résister et renoncer à cette idée qui lui avait été suggérée de façon si inattendue, elle ne supporterait pas la confrontation, ce serait trop douloureux, triste, et au fond tellement décevant… Que peut-on raisonnablement attendre d’une telle situation?… Elle avait donné, elle ne voulait plus faire les frais d’une désillusion…. Des bribes de souvenirs franchissaient cependant la barrière qui la séparait de sa vie antérieure. Comme pour les chasser, elle fermait les yeux. Mais une sorte de caméra clandestine tentait de dérouler le film interdit sur l’écran de son cinéma intérieur. L’image tremblante des contours de la ville apparaissait/disparaissait au rythme des battements de son coeur…

     Une enfilade de rues bordées de maisons étroites aux murs de briques rouge sombre salies par la fumée des usines. De loin, les deux rangées de maisons semblent se rejoindre vers une issue lointaine. A l’époque, la ligne des trottoirs n’était pas cassée par les voitures garées à la queue leu leu. Il arrive qu’une silhouette se glisse dans l’interstice d’une porte. Venue du théâtre de la rue, elle semble disparaître dans les coulisses. Peu de passants à cette heure de la journée. La ville est calme. Les adultes travaillent, les enfants sont à l’école. La vie est suspendue derrière les murs. Une scie, un marteau, un moteur qui pétarade, les bruits disent l’activité qui se déploie dans le repli des rues. En rompant le silence, ils dissipent l’impression angoissante de se trouver dans un lieu désert. Car la ville est peuplée de fantômes. Ils marchent, invisibles, aux côtés des vivants. Ils les accompagnent de leurs frôlements insensibles, et la ville se déploie avec eux dans le temps. La rivière, autrefois, en traversait le centre, avant d’être canalisée. La grande mercerie n’a pas changé, elle a survécu aux bombardements et aux incendies. Le beffroi a été reconstruit, l’ancien n’était pas aussi élancé. A proximité, le nouveau monument aux morts rend un hommage commun aux soldats de la première puis de la seconde guerre mondiale. Les démolitions-reconstructions ont été innombrables. Pendant que les habitants meurent et que des enfants naissent, la ville poursuit sa métamorphose autour des grands axes de son identité…

     Image fixée, celle de la cour d’une maison recouverte d’un amas de briques rouges qui provenaient de la démolition d’une cheminée d’usine. Des briques de récupération qu’il fallait nettoyer, débarrasser des joints de ciment restés collés… De l’autre côté, les jardins encore en friche des maisons qui venaient d’être construites, et plus loin, au-delà du nouveau quartier, une étendue de champs qui séparaient les faubourgs du Nord et de l’Est, elle-même traversée par une ligne de chemin de fer où circulait le Calais-Bâle… trépidation du sol et de l’air que la vitesse du train déplaçait, flèches de lumière à travers les vitres des compartiments, sifflement du train qui ne ralentissait pas en traversant la gare, voyageurs propulsés dont les silhouettes étaient devinées plutôt qu’entrevues, territoire glissant d’un ailleurs impossible à localiser, filant comme l’éclair sur des rails plantés à seulement quelques centaines de mètres de la cour… A l’opposé, côté rue, au rythme de la vie quotidienne, la porte qui s’ouvre ou qui se ferme, le passage du facteur ou du laitier, les allers et retours entre le logis et l’école pour les enfants, l’usine pour le père, l’atelier de confection pour la mère… Et dans la cour, position assise en tailleur à même le sol, poids du marteau et du burin entre les mains, précision des gestes, gravité de la tâche!… il ne fallait pas les casser, les briques nettoyées formeraient de nouveaux murs pour la maison… Un lilas est adossé contre le mur branlant de la maison voisine. Son feuillage adoucit les angles coupants de la cour. En été, ses fleurs et son parfum grimpent vers le ciel. Pour l’apercevoir, il suffit de lever les yeux, le regard se perd dans le bleu ou le gris, une rêverie prend la forme d’un nuage, le pépiement d’un moineau rend le monde léger, les mains lâchent le burin et le marteau… Le morceau de ciel encadré par les cheminées fait penser à une page ou à la surface lisse d’un tableau noir qui ne serait pas noir… Des histoires infinies pourraient s’écrire comme dans un livre ou se voir comme un film au cinéma… La caméra montrerait des personnages dans une cour. Celle-ci ne serait d’abord qu’un point minuscule indifférencié d’une multitude d’autres points scintillants comme des étoiles dans le cosmos… Le point grossirait ensuite à une vitesse fulgurante avant de se stabiliser dans sa forme carrée et ses véritables proportions… Et l’on verrait ce trou dans la palissade, comme un oeil qui espionnerait les personnages de ce film imaginaire… les fines nervures des planches usées et disjointes… leur aspect grisâtre mais légèrement argenté sous le soleil… l’ombre dentelée du lilas sur le sol… la petite barrière, au fond, qui s’ouvre sur un étroit chemin couvert d’herbes folles… et ce qu’il reste du terrain vague sur lequel les maisons neuves ont été construites, un petit monde sauvage peuplé de coccinelles et d’escargots, oublié dans ce pli de la ville, à la lisière du faubourg…

     Sur le grand écran, au cinéma, on remarquerait à peine, vue du ciel, cette pliure séparant ce qui paraissait être un nouveau monde du monde plus ancien dans lequel se trouvait la cour. D’un côté la rue Jean Moulin, de l’autre, la rue Auguste et Michel Mahieu. Un plan rapproché permettrait de lire les noms de ces héros des deux guerres mondiales gravés successivement par la ville reconnaissante sur des écriteaux bleus. Puis la caméra reprendrait de la hauteur pour embrasser du même coup d’œil la dizaine de rues autour desquelles s’organise encore la vie dans le quartier, de part et d’autre de l’axe de la rue des Murets qui délimite le territoire de la ville de celui de la commune voisine où les enfants vont à l’école Jean Jacob, rue Ferrer, juste après la rue Victor Hugo. En sens inverse, c’est la figure tutélaire de Jean Jaurès qui conduit les pas vers le centre-ville. A mi-chemin, les courses de la vie quotidienne se faisaient parfois place Chanzy, dans les magasins de la rue des Déportés, mais se limitaient le plus souvent à des commerces plus proches, une épicerie et une boulangerie situées face à face au coin de la rue, ainsi qu’une boucherie installée à peine un peu plus loin, rue du Chevalier de la Barre… Si la caméra survolait de plus haut encore l’ensemble de la ville, on apercevrait vers l’Est la gare SNCF dans le quartier Saint-Roch, et, vers l’Ouest, le cimetière du Bizet près de la frontière belge; le film évoquerait des voyages et pleurerait des morts…

Dépaysement

Atelier d’écriture de François Bon

Mes contributions

     La perception de la ville ne peut pas être la même pour tous les habitants mais se module en fonction du quartier et de ce qu’il représente. La rue elle-même, dans tel quartier connoté, a ses particularités propres, sa physionomie, sa personnalité. Chaque trajet ou promenade se déroule comme un voyage ou une traversée initiatique qui révèle progressivement une part des mystères de chaque lieu. A deux pas de chez nous, les petits pavillons jumeaux de la rue Lavoisier, parallèle à la nôtre, avaient des airs de petites villas avec leurs façades mitoyennes d’un seul côté, leurs toits décrochés et leurs portes d’entrée protégées par un petit hall. Aller rue Jeanne d’Arc en passant par cette rue coupée à angle droit par la rue du Fort-Malakoff faisait presque traverser un autre monde, séparé de l’église voisine par un mur au-dessus duquel bruissait le feuillage des arbres d’un jardin qui était peut-être l’Éden; emprunter ces rues était la promesse d’un dépaysement associé à un sentiment de calme et de sérénité qu’il était bon de savoir renouvelé à chaque passage… En semaine, les trajets se faisaient dans le cadre resserré du quartier tandis que les promenades du dimanche donnaient une perception plus élargie de la ville. L’hiver, on en prenait le plus souvent le pouls dans les rues commerçantes du centre, mais on allait parfois jusqu’à l’école municipale de musique, rue Nationale, en passant par la rue Sadi Carnot, qui donnait envie de continuer un peu plus loin, jusqu’à l’église Notre-Dame, dans le quartier le plus bourgeois de la ville, dont les grandes maisons austères semblaient dégager un air de quant-à-soi hostile… L’été, on allait plutôt vers les confins, à la limite de la ville ou plus loin dans la campagne selon l’endurance des marcheurs. Plus on se rapprochait de la Belgique, plus l’habitat devenait net, neuf et moderne, au bord de larges avenues. Au Sud, les noms bucoliques des villages de Fleurbaix et de Bois-Grenier ouvraient des horizons séduisants mais un peu lointains. Le Pont de Nieppe faisait traverser les faubourgs ouvriers situés à l’Ouest de la ville, tandis que vers Houplines, à l’Est, on bifurquait souvent dans la direction des étangs du Pont Ballot ou de l’Épinette, en marchant à travers champs. La ville avait de multiples facettes et de multiples entrées que les promenades réitérées rendaient familières et qu’il était agréable d’identifier comme les éléments d’un univers dans lequel on avait soi-même une place reconnue. La connaissance globale de la ville acquise sur les chemins permettait d’en mémoriser une image sans doute analogue à celle des photos de satellite diffusées aujourd’hui sur Internet. La ville, à l’époque, était déjà en expansion, mais son tissu fluide se laissait encore traverser par de larges trouées vierges d’occupation, comme s’il fallait moins de pixels pour la représenter; vue du beffroi ou d’un clocher d’église, son emprise au sol paraissait sans doute moins dense et plus circonscrite…

Le bruit léger de mes pas

La campagne est silencieuse
et immobile, aucun souffle n’agite
les feuillages encore tendres
contre le front du ciel gris
si pâle aujourd’hui, tristesse
de la couleur absente, joie
de la marche libre, au coeur
de la vie qui bat, au loin
le clocher du village
et les maisons regroupées
sous les nuages bas
et lourds
bientôt, le crépitement de la pluie
accompagnera
le bruit étouffé de mes pas

A l’instant

Fil d’or

pensée noire

un rayon de soleil me cueille sur la margelle d’un puits de pensées noires

__________

J(((oi)))e

ici

éclats lumière rires maintenant

grains de poussière en suspension ensoleillés

dans l’espace entrebâillement fenêtres vides

soleil bleu horizon point à la ligne

moi point de suspension

__________

Pr O vidence

petites taches de couleur offertes

arrêtent mon regard pensées

que fait le/la jardinière

l’eau manque oh

La vie est belle

__________

Impressions d’enfance

glisse

la barque sur l’eau sillage

lignes de fuite clapotis tendre berceuse

si légère et si facile pesanteur abolie je glisse

je glisse je lisse ma vie si limpide soudain

douce ivresse des rimes des rames je m’arrime

mirages à des images de rivages

hospitaliers et enchanteurs

tendre berceuse

à l’ombre du feuillage qui miroite dans le profond de l’eau claire

Reflets jaunes

__________

Etonnement primordial

à l’instant

je vois tournoyer dans le ciel bleu

des hirondelles petites et un planeur grand

je tiens entre deux doigts une graine

poussée par le vent

il en étire les fils d’argent

j’écoute le rossignol

je regarde la nuit

la lune ronde me tend son visage étonnant

je pense au commencement

j’entends le premier cri

le mien

__________

          [Retour à l’accueil]

Envol

à l’instant

il neige

des fleurs

éphémère floraison

des cerisiers

les feuilles des hêtres

les feuilles des chênes

ont à peine commencé

de se déplier

d’autres

de quelle espèce d’arbres ?

comme des vols de papillons

ressemblent à des ailes

les points blancs

rejoignent lentement la terre

ou s’élèvent

je ne sais

???????????????????????????????

__________

Regards croisés

un sourire de la lumière dévisage soudain la fenêtre sortie de l’ombre

__________

Eden

petites fraises des bois au ras du sol

à l’ombre d’un arbre ensoleillé

abri bienfaisant de mes pensées rêveuses

ondoyantes dans l’air tiède

Points

__________

[Retour à l’accueil]

Compassion

déflagrations violentes de l’orage

aussitôt apaisées par le doux ruissellement de l’eau

sur les tempes de ma mémoire déchirée

__________

F-Estival

la lumière est dense

et danse

avec la brise légère

sur les ombres frémissantes

des feuillages frais

comme une nuit

apprivoisée

__________

17 :15

il fait nuit

mais dehors brille le soleil fossile des feuilles caduques

qui incendient encore la couronne des arbres

ou jonchent le sol en pointillés impressionnistes

le ciel est tombé sur la tête

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Derniers feux

givre blanc, brume blanche exaltent ce matin les mille couleurs flamboyantes de l’automne

qui n’en finissent pas de magnifier la mort avant de s’éteindre

hélas, la nuit est si profonde

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Géolocalisation

LA SOLITUDE

EN LATITUDE

ET

L

O

N

G

I

T

U

D

E

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Aube

la lumière naissante est tamisée

par un voile d’argent si fin que l’or

qui ourle chaque bord du monde inonde

le paysage de transparence blonde

entre les ailes azurées des anges

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Pluie de lumière

la lumière bleue du ciel

tombe drue sur le jardin

qui tend son prisme vert

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