web

Une Atlantide arctique

(Récit en cours d’écriture)

     Le souvenir de Martin m’obsède… Une sorte de force vitale primitive prend le pas sur ma volonté et ma lucidité recule, au point que je laisse se développer en moi l’idée que Martin ait pu non seulement survivre mais aussi trouver le moyen de retourner se mettre à l’abri dans cet État imaginaire évoqué au fil de nos conversations… Mais est-ce vraiment absurde?… Des informations me reviennent, sur lesquelles je ne m’étais pas arrêtée autrefois, quand la vie semblait encore suivre un cours plus ou moins normal… Nous-mêmes, n’avons-nous pas trouvé refuge dans un endroit improbable?… Le web, ou ce qu’il en reste, délivre des traces de lieux mystérieux que les stratèges des grandes puissances auraient édifiés au temps de la guerre froide, comme cette base secrète américaine forée dans les profondeurs glacées du Groenland pour y stocker des missiles capables d’atteindre l’Union soviétique, et dont l’existence avait été révélée au monde en 2016 parce que la fonte des glaces due au réchauffement climatique menaçait de l’exhumer… « Personne ne pensait que la base ferait surface »,  expliquait aux journalistes de l’époque William Colgan, glaciologue à l’université canadienne de York; « ses architectes espéraient qu’elle repose dans la cryosphére pour l’éternité », selon une étude publiée sous sa direction dans le journal Geophysical Research Letters. La ville qu’elle abritait dans ses entrailles était alimentée en énergie par un réacteur nucléaire, et les habitants de cette Atlantide arctique enfouie sous la banquise bénéficiaient des mêmes équipements que dans une cité ordinaire, hôpital, église, bureaux, cafés, cinéma…

     Le piano de Louis 

     2064

La foule des Innocents

Page sombre

(Récit en cours d’écriture)

     La déroute du système financier s’accompagnait, hélas, comme toujours, de la destruction de tous les pans de la vie économique… et la foule des Innocents en payait le prix le plus élevé… Les journaux qui circulaient sur le web retransmettaient en direct les scènes de désespoir des familles qui se retrouvaient du jour au lendemain à la rue, avec, comme seul abri, les tentes que des associations de bienfaisance dressaient en toute hâte pour faire face à l’urgence humanitaire… La télé-réalité inventée à la fin du vingtième siècle inondait les écrans avec les séquences de vie filmées par des citoyens américains aux abois.

     Le piano de Louis 

     2064

Mon blog

Page sombre

(Récit en cours d’écriture)

     Le blog que je tenais dans les pages web du journal pour lequel je travaillais fonctionne encore. Depuis quelques jours, je rédige des articles sur notre vie ici. Je les poste en espérant qu’ils suscitent le miracle d’un commentaire… Pourquoi continuer ce triste monologue? Le temps qui passe nous enferme dans une solitude radicale et confirme si besoin était le degré de destruction du monde…

     Le piano de Louis 

     2064

    

 

Mythe

Page sombre

(Récit en cours d’écriture)

     La famille de Walter appartenait à une sorte de noblesse institutionnelle dont la prééminence remontait aux origines de cet étrange État telles qu’elles étaient racontées dans un récit fondateur qui, lorsque Martin m’en avait (trop brièvement) parlé, m’avait fait penser au mythe de l’Atlantide… Au cours des longues heures qu’il avait passées penché sur les cartes que lui présentait le web ou sur celles des vieux Atlas conservés dans la médiathèque de la direction des services secrets, ne m’avait-il pas donné le sentiment de chercher au sens propre à la loupe une faille qui serait passée inaperçue à la surface de la Terre?… Ses recherches géographiques intenses, couplées à son intérêt pour la seconde guerre mondiale et les avancées technologiques de l’époque, dégageaient, me semblait-il, un angle d’approche pertinent pour cerner le mystère de Martin et réussir peut-être à découvrir son secret…

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

    

Entre deux pannes de courant

  Page sombre

     A presque soixante-dix ans, ma grand-mère France retrouvait l’énergie de ses vingt ans pour apporter sa pierre aux nouvelles générations qui cherchaient désespérément à tourner la page du vieux monde que les puissants défendaient par tous les moyens et sans états d’âme, en profitant de l’état d’urgence, pour conserver leurs privilèges exorbitants. A la mort de France, en 2033, j’avais seulement dix-sept ans. Quelques degrés supplémentaires avaient été franchis dans la progression conjointe de la terreur nucléaire et de la répression policière. L’avenir qui s’ouvrait devant moi semblait aux antipodes de celui que France avait pu espérer au même âge, en 1968. Je n’ai pas vraiment saisi le relais qu’elle me tendait. Mes petites forces ajoutées à celles des autres résistants n’auraient certes pas modifié le cours fatal des choses, du moins n’aurais-je pas, entre-temps, perdu ma vie en divertissements, mensonges et futilités! Je l’ai trahie sans le vouloir explicitement, par omission, paresse ou lâcheté, comme nous trahissons tous, la plupart du temps, nos aspirations les plus profondes… Ironie de la situation, c’est en fouillant dans les profondeurs gelées d’un univers mort que je prends aujourd’hui la mesure des enjeux pour lesquels s’engageaient des gens comme France. Le web a gardé dans ses entrailles les traces de leur combat. Je n’ai qu’à tendre la main pour remonter de mes explorations numériques dans les tréfonds de la Toile, entre deux pannes de courant, une mine d’informations qui m’échappaient complètement à l’époque…

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

    

De quoi noircir des milliers de pages web!

     Les Autorités françaises donnaient des conseils condescendants à leurs homologues belges en se targuant du haut degré de leur savoir-faire et de leur vigilance, mais, poussés par l’opinion, les médias s’étaient mis à ressortir toutes les affaires inquiétantes classées sans suite ou mises sous le coude émaillant l’histoire de l’industrie nucléaire en France… De quoi noircir des milliers de pages web! Le couvercle de l’Omerta se soulevait enfin, et le fumet qui s’échappait de la marmite était pestilentiel. La colère grandissait au fur et à mesure des révélations. On découvrait subitement les risques insensés que les plus hautes autorités de l’Etat n’avaient pas hésité à faire courir aux populations depuis la construction des premières centrales nucléaires. Tous les partis qui s’étaient succédé au pouvoir avaient prêté main forte à cette espèce de conspiration contre le bon sens commun. Même le parti des Verts s’était disqualifié par sa collaboration avec le pouvoir hollandien: le pacte signé avec le parti socialiste pour favoriser l’élection de François Hollande en 2012 et permettre à Cécile Duflot d’entrer au gouvernement avait malheureusement privé le pays de tout débat public de grande envergure sur le nucléaire, puisque les apparatchiks Verts avaient contraint leur candidate Eva Joly à limiter sa campagne à la dénonciation des dérapages de la finance, sujet dont elle était une spécialiste, mais pour lequel elle n’avait pas reçu de mandat prioritaire de la part des électeurs qui l’avaient choisie à l’issue de la primaire écologiste…

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

 

14 fois vers le même objet

   Eté 2016: l’atelier d’écriture de François Bon

1

     J’ai devant les yeux un objet absent imaginaire de forme rectangulaire… comme si la mémoire, comme si la ré-présentation était impossible… et pourtant, dans ce cadre rectangulaire inexistant ou abstrait ou virtuel, scintillent comme des appels d’air, des appels à l’écriture…

2

     L’objet absent, ce rectangle… rectangle blanc de la tablette où s’inscrit le noir de l’écriture… mes velléités d’écriture s’inscrivent en négatif dans le cadre rectangulaire d’un objet réel, une tablette numérique, qui me renvoie le souvenir des ardoises disparues de mon enfance, dont le fond noir recevait les signes blancs que je traçais à la craie…

3

     Le printemps qui revient n’est jamais le même, l’enfance révolue a disparu, les jours anciens ne reviendront pas… mon temps, le temps humain, n’est pas cyclique… sur mon ardoise imaginaire, je vois une flèche blanche… curseur du temps… comme au cinéma, j’aperçois déjà le clap de FIN…

4

     Les lignes de l’écriture s’enroulent et se déroulent, s’effacent ou se gravent à l’encre virtuelle sur l’écran blanc de la tablette… tentent de se faufiler entre les fils emmêlés des lourds écheveaux de souvenirs… fragments de mémoire agglutinés dans l’épaisseur du temps… où l’étoupe étouffe les mots avant qu’ils ne parviennent à se former à la surface…

5

     De tous les objets anciens que j’ai tenus entre les mains, il ne me reste donc que cette matrice… la forme idéale d’un rectangle, mère des réminiscences venues du plus lointain de mon passé… forme de mes cahiers d’écolière et de mon premier livre de lecture, des premières cartes à jouer, des premières images… forme de la toile cirée qui recouvrait la table familiale… je savais qu’elle était superposée aux plus anciennes et que leur épaisseur retenait dans ses strates la mémoire de notre histoire… plus tard, sous l’effet d’un élargissement sidérant du monde qui s’ouvrait à moi mais que je ne pouvais plus contenir dans l’espace restreint de mes mains écartées, forme de l’écran des trois cinémas de la ville où mes parents m’emmenaient parfois voir des films qui n’étaient pas de mon âge…

6

     Comme au cinéma, ma tablette, cette ardoise magique, laisse apparaître ou disparaître les mots, les sons et les images… sur l’écran scintillant, je vois ou j’imagine le présent absent et le passé présent… le temps recomposé… ma vie décomposée…

7

     Le monde se recréait à la pointe des plumes Sergent-Major crissant sur le papier mat des cahiers de brouillon, ou glissant sur le papier brillant des beaux cahiers du jour qui recevaient nos chefs-d’œuvre… le monde continue de s’écrire à la pointe extrême de l’instant, sous la pression de nos doigts qui tapotent désormais les touches virtuelles de claviers représentés par une image…

8

     Imaginer chaque impact de nos stylos sur le papier, chaque point de contact de nos doigts sur les claviers, impulsant un rayonnement électrique qui serait à l’origine d’une formation étoilée, très loin, par-delà les galaxies visibles… penser aux pans de vie engloutis dans les trous noirs de la mémoire… entre les espaces blancs de l’écriture tournoient des univers perdus…

9

     Plages, pages d’écriture… le cadre reste rectangulaire, mais, aujourd’hui, il n’existe plus de limite au bas de la page… le bord n’est qu’apparent… l’écriture s’enfonce à l’infini vers les abysses… si le fond de la piscine n’est jamais atteint, il est toutefois possible, en cliquant sur la barre qui balise l’espace vertical illimité de la page, de remonter vers les hauteurs…

10

     Penchée sur la page  toujours neuve, je passe le plus clair de mon temps à en scruter la surface, guettant les surgissements imprévisibles des lettres… la page est comme le lac dans lequel, enfant, j’ai failli me noyer… sa substance est trompeuse, l’appui n’est pas solide…

11

     La page est un étrange objet… l’étrangeté de la page est démultipliée par la tablette numérique… légère, elle ne pèse pas dans le creux de mon corps qui l’accueille… et il est rassurant d’appuyer les doigts au repos sur les bords de son cadre… aussi plate que les ardoises de mon enfance, son format l’apparente aux fins cahiers qui ont reçu mes premiers essais d’écriture…

12

     Pouvoir de l’encre sur la page blanche, quand je voyais mes premières phrases avancer sur la page comme des vagues, avec le sentiment quasi religieux d’assister à la création du monde… pouvoir démultiplié de la tablette qui ajoute à l’écriture  les couleurs et les formes des images, leurs mouvements, la musique des sons et des voix…

13

     La page promettait déjà l’universel et l’éternel… elle attirait vers elle en les transformant en lignes d’écriture  les ficelles des marionnettes ligotées à l’intérieur de nous, et propulsait nos véritables personnes à la lumière…

14

     Les lignes d’écriture se continuent aujourd’hui du même geste, augmenté des pouvoirs de la tablette… les pages virtuelles se déroulent comme un papyrus ou de vieux parchemins dans le cadre rectangulaire de l’écran numérique… le haut et le bas qui autrefois se touchaient dans le rouleau refermé se rejoignent aujourd’hui d’un seul clic sur une commande de permutation qui permet le retour instantané vers le premier ou le dernier mot, l’alpha ou l’oméga… la page virtuelle est un esquif dans l’océan du web… elle est portée par des vagues de liens connectés à l’immense du monde… sa surface est agitée par la houle de ces mêmes liens qu’elle porte autant qu’ils la portent… ma tablette interconnectée fait de moi un être de réseau… dans l’eau glissante que ses bords encadrent…

Notes sur ma table de travail

   Eté 2016: l’atelier d’écriture de François Bon

     Ma table de travail n’est nulle part ou partout… n’importe où… ma table de travail est le plus souvent une tablette, qui a pris le pas sur l’ordinateur portable que déjà je trimballais presque partout… encore plus portable, plus légère, plus discrète, presque transparente, juste ce qu’il faut comme écran réflexif entre le monde et moi… derrière le paravent de cet écran, je rêve, je divague, je ramasse les forces de ma pensée, je fais venir au jour des mots, je forme des phrases, je les efface, je recommence… et je n’écris plus jamais seule… car à tout moment et d’une simple pression de mes doigts sur l’écran tactile, je sors de mon texte et le glisse vers les fenêtres ouvertes de mes ami-e-s présents sur les réseaux du web… ils et elles me liront, je le sais, avec attention et passion, avec le sentiment de vivre une relation intense à l’écriture, la sienne, celle des autres, frères et sœurs reconnaissables entre mille à cette incroyable profondeur de l’être qui les rend étonnamment si légers… Depuis l’invention du web, le lecteur et le scribe tiennent plus que jamais le monde entre les paumes de leurs mains… tels le penseur de Rodin, ils s’abîment dans sa contemplation, courbent le dos devant la monstruosité de ses imperfections, tentent parfois un geste ou un regard pour arrondir quelques angles… l’engagement consiste à suivre une ligne partie de je ne sais où pour une destination hautement improbable ; seul compte le chemin, la ligne… et le paysage qui se dessine, ligne après ligne… Je ne suis pas capable de dessiner sur une tablette… je n’ai pas encore appris… je ne sais d’ailleurs pas très bien dessiner… il m’arrive de manipuler des craies de couleurs, des bâtonnets de pigments friables qui abandonnent leurs poussières colorées sur des supports qui ne sont pas virtuels… je m’installe alors sur un coin de table, n’importe lequel, du moment qu’il est abondamment éclairé, de préférence par la lumière du jour… je malaxe les couleurs, j’obtiens des fondus, il est rare que mes dessins soient précis… je suis devenue myope il y a très longtemps, je suis habituée à cette façon de voir, j’aime que les frontières ne soient pas clairement délimitées… mes dessins ne sont jamais terminés mais, à un moment donné, ils me plaisent assez pour que je décide de les prendre en photo et de les rendre virtuels à leur tour, pour les offrir ainsi en partage, comme les textes que je mets en ligne, à qui veut bien les lire ou les regarder…

Si j’étais un arbre

Webassociation des auteurs

     « C’est désor­mais devenu un rendez-​vous impor­tant pour toutes celles et tous ceux qui s’intéressent à l’écriture web. Le der­nier ven­dredi du mois, nous nous retrou­vons pour pro­po­ser, sur nos blogs res­pec­tifs, la lec­ture d’un auteur publiant en ligne. Depuis la créa­tion de la webasso, ce sont plus d’une cen­taine d’auteurs contem­po­rains dont nous avons dis­sé­miné les textes (voir ici l’index). »

***

     Caroline Dufour écrit presque chaque jour sur son blog Si j’étais un arbre des textes qui me touchent et qui me donnent envie de la rejoindre là-bas, de l’autre côté de l’océan, pour l’accompagner le temps d’une promenade dans les rues de sa ville ou sur les chemins de ses montagnes. Née à Montréal, elle a étudié le cinéma et la philosophie, voyagé, chanté, aimé et vécu dans six ou sept villes différentes sous au moins vingt ou trente toits! Elle exerce à l’occasion le métier de traductrice et, au cours de ces trois dernières années, a publié plus de trois cents poèmes sur le web. Je vous invite à découvrir ci-dessous La musique des jours, La vie et rien d’autre, La brillante caresse, J’aurai marché, Cette beauté qui attrape où elle exprime la tendresse et la poésie d’un quotidien qui devient sous sa plume et par le prisme de son regard une succession de moments privilégiés qu’elle sème comme de petits cailloux, pour nous aider peut-être à (re)trouver un chemin?

*

     La  musique des jours

J’aime les bruits ambiants, des cafés, de la rue.

Je ne me souviens que d’une fois où je suis partie marcher les écouteurs sur les oreilles. Je venais de découvrir Kelly Joe Phelps, son album Slingshot Professionals. Je l’ai fait jouer en boucle tout le temps que j’étais sur la montagne, et pour m’y rendre et en revenir. Mes larmes ont coulé souvent ce jour-là. Sa voix venait me chercher loin. Je l’ai vu en spectacle à Paris, quelques mois plus tard. Au New Morning. C’était en 2003.

Là, ce matin, c’est si petit ici, j’entends les boulangers. Ingrédients secs… quiche… ah oui, hier soir, j’ai… ah cool… Et le bruit de leurs outils entre les mots qu’ils se disent. Je ne suis pas curieuse, je n’écoute pas les conversations des autres. Ce n’est pas de la pudeur, seulement une question de caractère, ma tête va ailleurs que là. Mais je me laisse bercer par les voix humaines. Et j’aime les bords de fenêtre aussi. D’où je peux voir passer les gens, seuls ou pas, pressés ou non, souriants ou tristes, et accablés parfois bien sûr.

Quoi qu’il en soit, j’aime être assise ici à écrire et à regarder le monde.

*

     La vie et rien d’autre

un cœur penché
et un sourire grand comme le monde
de quoi nourrir le creux du jour
un cœur penché, oui c’était ça
et quand je suis sortie de là
le mien battait plus fort qu’avant

c’était hier
et ce matin la neige tombe
de gros flocons et l’air est doux
février qui tire à sa fin
et je me vois qui commence
à rêver du printemps

*

     La brillante caresse

mon Gaby, c’est la neige folle aujourd’hui
grêle et pieds mouillés, et toi tu m’as fait rire
j’suis arrivée à reculons, avec mon coeur par en arrière
tu m’as fait rire et c’était bon

des coeurs qui vaguent et des jours aussi
et des minutes qui font naître les heures
et de tout ça – ni tout ni rien qui soit jamais perdu
ni le vent des coeurs ni celui des choses
et là devant la vie
tandis que sur ma rue la neige donne encore
je sais que je n’sais rien
si ce n’est qu’il est
brillant le temps

*

     J’aurai marché

J’suis allée voir Gaby, hier.
L’air était extrêmement doux.
Évidemment, tout est relatif.
Mais j’étais bien, le manteau ouvert, à respirer l’air.

J’aurai marché dans les vingt dernières années.
Pas loin de tout mon soûl.
S’il fallait que demain, je ne puisse plus le faire
j’aurai des souvenirs à ressasser.

Si on me demandait ce qui m’apporte le plus de paix
je répondrais que c’est la marche.

Le vent a soufflé très fort toute la nuit.
La température a chuté de vingt degrés.

*

     Cette beauté qui attrape

J’ai pris, hier soir, l’une des plus belles marches blanches de ma vie.
Un air d’hiver parfait. La neige qui venait d’arrêter de tomber.
Je l’ai pas choisi, c’est arrivé comme ça, je revenais d’une rencontre.
Et vu l’heure, j’aurais sans doute pris le bus s’il n’y avait eu cette extase.
J’ai mis le pied dehors dans des rues souverainement blanches.
Comme elles ne peuvent l’être que la nuit, avant l’assaut du matin.
J’ai traversé le quartier dans un éclairage réverbère adouci par la neige.
Des rues presque vides aussi. Un spectacle immensément tranquille.
Le vent a bien choisi son moment pour s’absenter.
C’était digne d’un rêve.

Caroline Dufour

Dissémination du vendredi 25 mars 2016