Constitution

Fossoyeurs de la République

     

(fiction en cours d’écriture)

     Depuis les attentats du 13 novembre 2015, la France vivait  sous l’état d’urgence, un régime d’exception qui donnait des pouvoirs étendus à la police: perquisitions, assignations à résidence, dissolutions d’associations, interdictions de manifestation, sans avoir à en référer à l’autorité judiciaire. Des mesures «nécessaires en état de guerre», se justifiait l’exécutif, qui voulait modifier la Constitution de la Ve République pour que les mesures d’exception puissent être prolongées après la fin de l’état d’urgence et qu’il soit possible de déchoir de la nationalité française les binationaux condamnés pour terrorisme. La boîte de Pandore était ouverte. L’extrême-droite se félicitait de voir ses idées retenues, tandis que la droite dite républicaine réclamait déjà que la déchéance de nationalité puisse être prononcée pour des délits autres que les actes de terrorisme! Tout le monde comprenait que les binationaux visés étaient les Français d’origine maghrébine supposés être de confession musulmane et vivant surtout dans les banlieues. Les mêmes qui prétendaient rechercher l’unité nationale divisaient le pays déjà fissuré en s’attaquant au principe de l’égalité républicaine! Les mêmes qui prétendaient se constituer en rempart contre l’extrême-droite lui préparaient en réalité le terrain et se comportaient en fossoyeurs de la République, en posant les briques d’un Etat sécuritaire et autoritaire, inégalitaire et liberticide.

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

En 2015

    

(fiction en cours d’écriture)

     En 2015, l’Humanité jouait son avenir. Certains hommes, certaines femmes d’Etat l’avaient compris. La chancelière Angela Merkel s’était appuyée sur la sensibilité des Allemands à l’écologie, après la catastrophe de Fukushima, pour sortir du nucléaire et accélérer le développement des énergies renouvelables. Le président nord américain Barack Obama ne manquait ni d’intelligence ni de volonté, mais se heurtait aux puissants lobbys du charbon qui répandaient dans l’opinion publique les poisons de l’idéologie climato-sceptique qu’ils finançaient et nourrissaient. La Chine, gros pollueur préoccupé de son essor économique récent, commençait à prendre la mesure du problème en voyant les brumes épaisses du smog asphyxier ses villes, mais de la prise de conscience à la mise en oeuvre d’un modèle de développement durable, le chemin serait long, il n’était pas réaliste de compter sur elle pour changer rapidement le cours des choses… La France aurait pu, aux côtés de l’Allemagne, jouer un rôle moteur. Mais la France était gouvernée par François le très petit… La grande conférence sur le climat était à peine terminée que le président de la République française, au lieu d’en exploiter les conclusions pour lancer le pays dans une dynamique vertueuse de relance économique par la transition écologique, avait sorti de son chapeau un projet de révision de la Constitution qui avait jeté le trouble dans l’opinion et déclenché la colère d’un très grand nombre de socialistes et/ou d’humanistes républicains…

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

Le Roi de la République

Au lendemain de la défaite électorale sans précédent du parti socialiste aux municipales de mars 2014, le président de la République Francois Hollande, tel le général De Gaulle à Alger, avait affirmé qu’il comprenait les Français et que, pour leur faire plaisir, il avait décidé de remplacer, au poste de premier ministre, son ami Jean-Marc Ayrault par un adversaire qui était son presque-ennemi, Manuel Valls.

Les représentants du peuple de droite paraissaient assez satisfaits, tandis que l’ensemble du peuple de gauche suffoquait d’indignation. Comment? Celui qui chassait les Roms et poursuivait de sa cruauté les pestiférés, celui qui avait été classé dernier de la classe socialiste par les électeurs de la primaire à l’élection présidentielle, cet homme-là était choisi pour conduire le redressement politique de la France?

Ou bien François Hollande n’avait vraiment rien compris et son affligeante surdité aurait dû lui valoir un arrêt de travail, ou bien il se moquait complètement du monde sans craindre de faire preuve de sadisme envers tous ceux à qui il avait promis le changement, ou de masochisme envers lui-même puisque sa côté de popularité, proche de zéro, risquait de descendre sous le niveau de la mer…

Or, François Hollande n’était pas réellement sourd, quoique… Il n’éprouvait pas non plus assez de haine envers autrui comme envers lui-même pour être à ce point sado ou maso… Il y avait une autre explication, plus historique ou plus philosophique, qui faisait de François Hollande un descendant du Prince de Machiavel et un contempteur des Lumières… Si François Hollande aimait bien les gens, braves électeurs, braves électrices qui lui faisaient la bise sur les marchés, notamment à Tulle, il détestait le Peuple, cette entité collective qu’il n’était pas loin d’assimiler à une bête féroce.

Dans une petite séquence de télévision intimiste destinée à cerner la personnalité du candidat et diffusée peu de temps avant l’élection présidentielle de mai 2012, il avait confié à son intervieweur que le Peuple était ingrat, qu’il pouvait être dangereux, impulsif, trop passionné et passionnel, bref, qu’il n’était pas rationnel.

Comment, dans ces conditions, lui faire confiance, se laisser guider par ses desiderata, croire qu’il était possible de bâtir avec Lui un véritable Contrat social? Parlez, braves gens (comme dit la chanson, paroles, paroles!), moi, président, je ferai semblant de vous écouter, je vous flatterai du verbe et parfois même, sur les places, de la main et de la bise, mais je n’en penserai pas moins et je n’en ferai qu’à ma tête.

Car MOI, je sais. MOI PRÉSIDENT, je saurai (contrairement à vous, peuple ignorant et inculte, mais ça je le dis in petto car devant vous je me montre patelin), je saurai qu’il faut obéir aux banquiers de Goldmann Sachs, à Mario Draghi, à tous les financiers du monde entier, aux marchands, aux puissants, aux rentiers, aux spéculateurs et aux voleurs.

Car MOI, ancien bébé Delors, je ne vois pas du tout que l’Europe des marchés est devenue un grand bazar dans lequel le vote démocratique est un obstacle gênant pour la bonne (!) marche des affaires, et une jungle pour les citoyen-ne-s  privé-e-s de ressources pour vivre. Croyez-moi, votez pour moi, et tout ira bien dans le meilleur des mondes possibles! N’est-il pas vrai?

 Les Français élisent en guise de président un roi qui, le temps de son mandat, a tous les pouvoirs. Il ne rend de véritable compte à personne. Il est libre de se laisser conseiller par qui lui semble bon et de décider tout seul ce qu’il veut. Il serait temps que le Peuple des Lumières reprenne la main en modifiant la Constitution. N’est-il pas vrai?