cinquième République

Fossoyeurs de la République

    Depuis les attentats du 13 novembre 2015, la France vivait sous l’état d’urgence, un régime d’exception qui donnait des pouvoirs étendus à la police: perquisitions, assignations à résidence, dissolutions d’associations, interdictions de manifestation, sans avoir à en référer à l’autorité judiciaire. Des mesures «nécessaires en état de guerre», se justifiait l’exécutif, qui voulait modifier la Constitution de la Ve République pour que les mesures d’exception puissent être prolongées après la fin de l’état d’urgence et qu’il soit possible de déchoir de la nationalité française les binationaux condamnés pour terrorisme. La boîte de Pandore était ouverte. L’extrême-droite se félicitait de voir ses idées retenues, tandis que la droite dite républicaine réclamait déjà que la déchéance de nationalité puisse être prononcée pour des délits autres que les actes de terrorisme! Tout le monde comprenait que les binationaux visés étaient les Français d’origine maghrébine supposés être de confession musulmane et vivant surtout dans les banlieues. Les mêmes qui prétendaient rechercher l’unité nationale divisaient le pays déjà fissuré en s’attaquant au principe de l’égalité républicaine! Les mêmes qui prétendaient se constituer en rempart contre l’extrême-droite lui préparaient en réalité le terrain et se comportaient en fossoyeurs de la République, en posant les briques d’un Etat sécuritaire et autoritaire, inégalitaire et liberticide! L’année 2022 couronna le déploiement de ces mesures délétères en portant à la tête du pays la personne qui incarnait le mieux les valeurs de cette droite dure qui avait vampirisé les esprits de la gauche au pouvoir. Marine Le Pen, la présidente du parti nationaliste français, allait exploiter les failles nouvellement creusées dans le socle de la République pour stigmatiser tous les Français d’origine ou de tradition musulmane et mener une politique radicalement xénophobe. Pendant ce temps, l’Allemagne, qui avait ouvert ses frontières dès le début des grands flux migratoires aux demandeurs d’asile qui fuyaient les guerres du Sahel et du Moyen-Orient, accueillait et réussissait en dix ans l’intégration de plus de trois millions de réfugiés…

Cauchemar à l’Elysée

(Récit en cours d’écriture)

Emmanuel Macron n’était qu’un leurre, le champion ou la marionnette consentante des milieux d’affaires dont il servait les intérêts – et non pas l’intérêt général ou le bien commun – mais il était devenu le phare incontournable de la vie politique française. Le scandale qui entachait la campagne du candidat républicain François Fillon et la décomposition du parti socialiste lui ouvraient un boulevard. Marine Le Pen était assurée d’être au second tour de l’élection présidentielle, il serait vraisemblablement le challenger. Elle proposerait aux Françaises et aux Français un projet certes souverainiste mais surtout xénophobe, il défendrait une vision européenne de la France, certes plus sympathique, mais essentiellement alignée sur les positions néo-libérales marchéistes habituelles de la Commission, caractérisées par le dumping social et le dumping fiscal, qui mettaient en concurrence tous les territoires avec pour conséquence dramatique l’appauvrissement général des citoyens les plus fragiles. Comme Bernie Sanders aux Etats-Unis en 2016, *le candidat de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, aurait pu éviter au pays d’avoir à choisir entre Charybde ou Scylla, car son programme écologique et social répondait aux grands défis qu’il aurait fallu enfin relever. Jusqu’à la veille du premier tour, on avait pensé qu’il pouvait se qualifier. Le suspense fut insoutenable. Mais il n’était finalement arrivé que troisième avec 20% des voix derrière l’illusionniste  Emmanuel Macron (21%) et la xénophobe Marine Le Pen (24%), les candidats des grands partis de la cinquième République ne faisant que 17% (François Fillon) et 9% (Benoît Hamon), les « petits » candidats se partageant les 9% restant. L’Histoire retiendrait que si les frondeurs du parti socialiste, qui avaient critiqué les gouvernements successifs de François Hollande sans jamais toutefois voter de motion de censure à l’Assemblée nationale, et si Benoît Hamon, leur chef de file, vainqueur de la primaire, avaient ajouté leurs voix à celles du mouvement populaire (et non pas populiste) « La France insoumise », qui soutenait Jean-Luc Mélenchon, ce dernier aurait permis aux forces de gauche d’accéder au second tour. Mais ce ne fut pas le cas. La France républicaine bafouée assista impuissante à l’entrée de l’extrême-droite et de Marine Le Pen à l’Elysée. Un cauchemar…

Texte publié le 18 avril 2017.

*Jean-Luc Mélenchon et ses électeurs insoumis réussissaient à détourner du Front National une partie des ouvriers et employés dédaignés aussi bien par les socialistes que par la droite républicaine. Sans eux, le score de Marine Le Pen aurait été bien plus élevé. Mais l’aveuglement ou la mauvaise foi de leurs adversaires les firent disparaître de la scène politique et laissèrent le champ libre au FN victorieux…

À suivre.

Ce texte est rédigé au passé car il sera inséré dans le cours d’un récit-fiction écrit depuis l’avenir avec le point de vue d’une narratrice en train de vivre les derniers jours de l’Humanité et qui cherche, a posteriori, à comprendre pourquoi et comment on a pu en arriver là, en essayant de mettre en évidence les forces à l’œuvre dans le faisceau d’événements, de mouvements profonds et de décisions malencontreuses qui ont conduit à la plus grande crise écologique et sociale que l’Humanité ait jamais connue.

Ecrit depuis l’avenir

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