Le chant d’un oiseau, au loin
Vent léger, douceur de l’air
Le monde entre parenthèses
air
Au volant, en passant

La vitesse
ouvre l’espace
la route invente
un cinéma monotone
au décor immuable
seul le ciel change
et les saisons
aujourd’hui, le paysage est vert et jaune
autour de quelques éoliennes blanches
qui jalonnent le trajet
le soleil se couche en beauté
comme j’aimerais le faire
le soir de mon dernier souffle
la lumière est plus belle que le jour
avant la nuit
plus tendres sont les amours
au crépuscule
un parfum se répand
de fleurs caressées par le vent
dans l’habitacle de la voiture
l’air est léger
de chaque côté de la route
on dirait que les arbres ont envie de danser
L’étranger
Brume
l’esprit les yeux
brume
lourd matelas d’impuissance
mur mou de mots impossibles à dire
cris étouffés de rage inutile
coeurs lacérés devant les barbelés
poings fermés
nom de Zeus
dans l’épaisse viscosité de l’air ambiant
faire éclater l’orage
souhaiter la colère et la justice divines
Fa si la
Simplifier plier lier lierre lire lyre
relire relier replier retirer restreindre s’astreindre
atteindre un banc de pierre
respirer s’étirer tirer un trait de plume
gommer effacer faire comme si décider séparer trancher
refuser fuir rêver abandonner délier délirer délivrer
souffler sur les mots laisser les pages s’envoler vivre léger
le cœur en bandoulière
l’air de rien
éphéméride.1
Impressions du jour
Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie
de m’avoir proposé ce nouvel échange.
« Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »
I.P., 2 mars 2015
2015
31 janvier
Une fine pellicule de neige sur le sol ce matin, neige craquante et miroitante sous un grand soleil qui la fera fondre très probablement dans quelques heures…
La neige a fondu et le soleil a disparu à l’image de nos vies qui fondent et disparaissent.
Sur l’écran de ma mémoire, cinéma confidentiel, projection en noir et blanc des scènes de mon existence avec leurs parts d’ombre et de lumière. Impression que ma conscience danse et scintille comme les taches de lumière qui zèbrent la pellicule des vieux films. Sensation de légèreté en regardant les flocons qui recommencent à tourbillonner, ce soir, sous la clarté de la lune.
***
1er février
Il aurait pu neiger mais il n’a pas neigé. Il était si facile d’imaginer dans l’air froid les mouvements des flocons dans l’air froid et épais. Quand je me suis levée, tous les possibles du jour étaient ouverts en éventail, et au fur et à mesure de la journée, ils se sont resserrés, ils ont rétréci, ils sont devenus de plus en plus étroits, jusqu’à se resserrer, n’être presque plus rien, jusqu’à me laisser me retirer du jour et de son absence, pour aller retrouver les rivages du soir.
Il n’y eut presque rien à faire, sinon les lignes à écrire, et la musique à écouter. J’oublie que je sens encore dans la pulpe de mes doigts les cordes du violon et la répétition en boucle de cette phrase de Vivaldi.
Il n’y eut presque rien à faire, sinon pour finir, quelques phrases en Anglais et la chaleur du four qui écartait l’hiver. Ce jour, comme un autre, va-t-il s’effacer ?
***
2. Un rêve à raconter
Je ne serais pas raisonnable, je reprendrais l’ascension, mais l’air, les mots, me manqueraient et au bord de l’asphyxie, sans voix, sans forces, il faudrait que je redescende, ivre d’avoir essayé, la prochaine fois, c’est sûr, j’irai plus haut et peut-être qu’un jour, quand je serai grande, j’atteindrai le sommet… En attendant, je retrouvais les mots de la rédaction à faire et je m’efforçais de deviner leurs intentions. A leur allure, à leur parole, au ton, aux intonations qu’ils se donnaient… Ce n’était pas facile… La confiance n’est pas facile… Les mots ont besoin de notre confiance… Souvent, ensuite, ils font le reste… Ils s’interpellent, ils forment des groupes, des bandes, des attroupements, ils créent l’événement, la surprise, ils déclenchent le rire ou le rêve, ils donnent à profusion tout ce qu’ils sont capables d’inventer, y compris le pire… Faire confiance en craignant le pire?… C’est par cette étroite porte qu’il fallait se glisser pour avoir une chance de trouver le premier mot de la rédaction à faire, c’était là le salut si je ne voulais pas sécher lamentablement devant ma feuille désespérément blanche… Je devais oser, me lancer, écrire et suivre les mots dans toutes les directions, prendre le risque de quelques escarmouches qui pouvaient dégénérer en bagarre généralisée, mais auparavant, j’avais à surmonter un obstacle de taille…



