paysage

Intemporel

Le paysage défile
la voiture file vite
trois gouttes de pluie
sur le pare-brise
dégoulinent
les éoliennes dans les champs
agitent leurs bras en cadence
le souffle de la brise apporte les parfums
du soir
l’angélus est passé, on ne s’arrête plus
pour prier
le ciel au-dessus de nos têtes
se couvre de nuages courroucés
mais le soleil n’est pas encore couché
il n’est pas cou coupé
la lumière est douce
elle tamise les soucis de la journée
la route est comme un pont suspendu
entre deux moments qui se repoussent
il n’y a plus d’avant, il n’y a plus d’après
le trajet est toujours identique
mais le voyage
toujours recommencé
s’émancipe, prend son envol
qui suis-je, où vais-je, quelle importance?
elle est où
l’éternité?

Passagère obligée

Un roulis dans l’oreille gauche; les yeux se ferment sur une fatigue hypnotique; l’œil droit s’enquiert parfois du paysage; les bribes d’information saisies renseignent sur l’avancement du parcours…

Le conducteur me transporte comme un ballot de paille; lui donner une forme reviendrait à faire de moi un épouvantail…

J’aimerais n’épouvanter que les corbeaux et attirer les mésanges… pour regarder leurs acrobaties sur la carotte qui me servirait de nez et à elles de perchoir !

Au volant, en passant

image

La vitesse
ouvre l’espace

la route invente
un cinéma monotone
au décor immuable

seul le ciel change
et les saisons

aujourd’hui, le paysage est vert et jaune
autour de quelques éoliennes blanches
qui jalonnent le trajet

le soleil se couche en beauté
comme j’aimerais le faire
le soir de mon dernier souffle

la lumière est plus belle que le jour
avant la nuit
plus tendres sont les amours
au crépuscule

un parfum se répand
de fleurs caressées par le vent
dans l’habitacle de la voiture

l’air est léger
de chaque côté de la route
on dirait que les arbres ont envie de danser

Eau-forte

Ce texte est ma contribution n°3 à l’atelier d’hiver de François Bon (suite…)

Notes sur ma table de travail

   Eté 2016: l’atelier d’écriture de François Bon

     Ma table de travail n’est nulle part ou partout… n’importe où… ma table de travail est le plus souvent une tablette, qui a pris le pas sur l’ordinateur portable que déjà je trimballais presque partout… encore plus portable, plus légère, plus discrète, presque transparente, juste ce qu’il faut comme écran réflexif entre le monde et moi… derrière le paravent de cet écran, je rêve, je divague, je ramasse les forces de ma pensée, je fais venir au jour des mots, je forme des phrases, je les efface, je recommence… et je n’écris plus jamais seule… car à tout moment et d’une simple pression de mes doigts sur l’écran tactile, je sors de mon texte et le glisse vers les fenêtres ouvertes de mes ami-e-s présents sur les réseaux du web… ils et elles me liront, je le sais, avec attention et passion, avec le sentiment de vivre une relation intense à l’écriture, la sienne, celle des autres, frères et sœurs reconnaissables entre mille à cette incroyable profondeur de l’être qui les rend étonnamment si légers… Depuis l’invention du web, le lecteur et le scribe tiennent plus que jamais le monde entre les paumes de leurs mains… tels le penseur de Rodin, ils s’abîment dans sa contemplation, courbent le dos devant la monstruosité de ses imperfections, tentent parfois un geste ou un regard pour arrondir quelques angles… l’engagement consiste à suivre une ligne partie de je ne sais où pour une destination hautement improbable ; seul compte le chemin, la ligne… et le paysage qui se dessine, ligne après ligne… Je ne suis pas capable de dessiner sur une tablette… je n’ai pas encore appris… je ne sais d’ailleurs pas très bien dessiner… il m’arrive de manipuler des craies de couleurs, des bâtonnets de pigments friables qui abandonnent leurs poussières colorées sur des supports qui ne sont pas virtuels… je m’installe alors sur un coin de table, n’importe lequel, du moment qu’il est abondamment éclairé, de préférence par la lumière du jour… je malaxe les couleurs, j’obtiens des fondus, il est rare que mes dessins soient précis… je suis devenue myope il y a très longtemps, je suis habituée à cette façon de voir, j’aime que les frontières ne soient pas clairement délimitées… mes dessins ne sont jamais terminés mais, à un moment donné, ils me plaisent assez pour que je décide de les prendre en photo et de les rendre virtuels à leur tour, pour les offrir ainsi en partage, comme les textes que je mets en ligne, à qui veut bien les lire ou les regarder…

Les mots ont-ils encore un sens?

     Jean-Francois… la dernière fois que je t’ai vu, chez mon père… Etes-vous vivants ? Vous reverrai-je un jour ?… Dans ce lieu où nous avons trouvé refuge, sommes-nous à ce point coupés du monde que nous ignorons tout du sort réservé au reste de l’humanité alors que vous-mêmes auriez surmonté le pire et tenteriez de nous retrouver? Xavier pense que nous avons découvert un petit Éden. Il est très optimiste pour « l’avenir » de notre petite communauté. Les mots ont-ils encore un sens? Nous n’avons plus d’avenir, seulement un futur proche qui consiste à essayer de subvenir à nos besoins les plus élémentaires. La flore est abondante et riche en espèces nourricières. Nous retrouvons sans doute les gestes de nos très lointains ancêtres cueilleurs. Nous nous habituons déjà à cette nourriture simple et frugale qui nous permet d’économiser le stock providentiel de conserves qui assure notre survie actuelle, sa date de péremption nous laisse un délai de quelques années, nous espérons mettre ce laps de temps à profit pour nous lancer dans l’agriculture. Sylvain explore chaque pouce de terrain à la recherche de graines qu’il fait germer ensuite dans le jardin qu’il a entrepris de cultiver. Les lignes du paysage sont très douces et me font penser à la description faite par Martin au début de sa déposition, quand il évoquait presque avec tendresse ce petit village de l’Europe de l’Ouest qui fut l’écrin, sans doute, de ses dernières espérances en partage avec Walter, alors qu’ils se croyaient encore au début de leur grande aventure… Que sont-ils devenus? Et Sylvia, que Martin semblait chérir, n’était-elle qu’un personnage de fiction? Sont-ils réunis aujourd’hui dans ce mystérieux Etat auquel nous ramenait sans cesse le délire de Martin ou nos propres délires à son sujet?

     Drôle d’Histoire

     2055

Silence

Silence, rien que le silence… Silence des couleurs, paysage monochrome et gris de l’âme… Gris pâle et presque doux. Douceur du silence accepté et habité. Aujourd’hui, il ne s’est rien passé. Se peut-il qu’il ne se passe rien? Rien, presque rien n’a traversé mon espace mental. Je ne me suis pas barricadée, je ne me suis pas retranchée. Je me suis laissé vivre au gré de mon souffle fatigué. Silence un peu saccadé. Gris légèrement scintillant.

Liens

« Puisque personne ne me revendiquait sérieusement, j’élevai la prétention d’être indispensable à l’Univers. » Ces « mots » de Jean-Paul Sartre, qu’elle venait de relire, prenaient une signification troublante. En faisant siennes les certitudes marxistes-léninistes de Stéphane, en s’engageant dans l’organisation révolutionnaire où il militait sans rire, elle créerait ce lien qui leur manquait, elle occuperait à ses côtés la place qu’elle ne trouvait nulle part, dans un lieu précis qui lui procurerait une identité, et cesserait enfin de dériver dans un espace trop grand, trop vide, qui l’aspirait toujours plus loin ou plus profond comme pour mieux l’avaler, la noyer, l’anéantir… En même temps qu’elle s’attacherait ainsi solidement à Stéphane, elle donnerait à sa vie le poids d’une lourde mission qui l’empêcherait de s’envoler comme une baudruche. Elle serait aussi comme l’allumeur de réverbères de Saint-Exupéry, toujours à son poste, ponctuelle et consciencieuse, obéissante et zélée comme un petit soldat, pour une cause qui la dépasserait et la ferait se dépasser. Au contrôleur du train de l’existence qui lui réclamerait le justificatif de sa présence, elle présenterait non pas un mais deux passeports, qui cloueraient le bec à ce personnage macabre. Sur le premier, il serait écrit:  » Stéphane l’aime « , et sur le second:  » Recrutée pour la Révolution « … Et cette attente intérieure insupportable qui durait en fait depuis toujours, cette paralysie des sentiments et du désir dont elle avait cru au tout début de leur relation qu’il aurait pu la guérir, lui, l’homme des certitudes qui lui avait dessiné les contours d’un paysage dans lequel il lui avait montré sa place, auprès des prolétaires, ce désespoir discret et silencieux qui était forme creuse de l’espoir, espérance vide, cette impossibilité d’agir, de ressentir et de vivre s’évanouissait, se résorbait enfin, à la fin de ce scénario optimiste, qui avait l’avantage de l’empêcher de devenir prof, de mettre un terme à la trahison qui avait commencé lorsqu’elle s’était mise à détester son père, à s’éloigner de lui comme on s’éloigne de la terre ferme, à le réprouver, à le bafouer, avec ses manies, ses silences, ses gestes étriqués, sa petitesse physique et l’étroitesse de son esprit, son horizon borné de toutes parts, sa vie retranchée, recluse, repliée sur elle-même, qui avait trouvé dans le fléchissement de plus en plus accentué de son dos la plus parfaite des métaphores, comme le signe perceptible de sa résignation, voire de son attachement irrationnel à cette forme d’existence qui relevait de l’esclavagisme, mais où il paraissait voir, lui, les vertus supérieures de la fidélité aux siens, du courage et de l’humilité, ce qui, de sa part, était en fait, elle le savait maintenant, la plus impressionnante des manifestations d’orgueil…

L’avenir improbable

Volatilité

Elle n’avait pas envie de se battre. Elle aurait voulu pouvoir se nicher dans un pli de la terre ou l’anfractuosité d’une roche, et de là, de cet abri, contempler la splendeur, la magnificence de l’univers – sa face claire -, ne faire qu’un avec le sol et le ciel, en ressentir, en écouter les accords, vivre de cette harmonie et n’avoir aucun autre désir… En Ecosse, l’été d’avant, dans cet univers enveloppé de brume aux contours aussi flous que sa vie, coupée du reste du monde, elle avait connu des moments si intenses qu’elle avait pensé approcher de sa vérité… Elle avait fait quelques rencontres. Un pêcheur, un berger, une touriste américaine égarée, un routard… Le pêcheur ou le berger n’avaient pas à justifier de leur vie, leur existence avait le poids, la consistance, l’épaisseur de leur rapport à l’océan ou à la terre, sans médiation, sans intermédiaire. Les autres, le routard, l’américaine, elle-même, flottaient dans le paysage, superflus, vacants, inutiles. Ils pouvaient être là ou ailleurs, cela n’avait aucune importance, et rien ni personne ne les réclamait…

L’avenir improbable

AURORE

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33. Aurore, 2015

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32. Aube du monde, 2015

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31. Chemin blanc, 2015

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30. Soleil hivernal, 2014

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29. Collines bleues, 2014

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28. Mille et une nuits, 2014

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27. Douceur du soir, 2014

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26. (E)automne, 2014

(d’après une photo vue sur www.Photo-Paysage.com /cc by-nc-nd) 

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25. Miroitements, 2014

(d’après une photo de Bruno Monginoux/cc by-nc-nd /www.Photo-Paysage.com)

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24. Rose crépuscule, 2014

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23. Arbre nu, 2014

@DanniSr8 : « La mélancolie est un crépuscule, la souffrance s’y fond dans une sombre joie. » Victor Hugo

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22. Embrasement, 2014

Rêverie d'été

21. Rêverie d’été, 1967

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20. Soleil irlandais, 2014

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19. Mouillage, 2014

(d’après une photo proposée par Marie-Christine GRIMARD)

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18. Le ciel et la mer, 2014

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17. Rivage, 2014

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16. Océan, 2014

Aube

15. Aube, 2014

Coucher de soleil

14. Coucher de soleil, 2014

Miroitement de l'eau au crépuscule

13. Miroitement de l’eau au crépuscule, 2014

(d’après une photo originale de Mooonalila)

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Ciel d'hiver

12. Ciel d’hiver, 2014

Plage de Ravenoville

11. Déclinaison, 2014

Village

10. Village, 2014

Flots

9. Flots, 2014

Paysage portuaire

8. Paysage portuaire, 2014

Route en hiver

7. Route en hiver, 2014

Falaise

6. Falaise (Pointe du Hoc), 2013

Confins

5. Confins, 2013

Front de mer

4. Front de mer, 2013

Tribord

3. Tribord, 2013

Transparence

2. Transparence, 2013

Grand vent

1. Grand vent, 2013

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