matin

Au commencement

Atelier d’été Tiers Livre 2019

     Fragilité du bâtonnet friable, cassable, tenu entre le pouce et l’index en prolongement des doigts, comme un crayon, un stylo ou un pinceau, pour extérioriser la pensée et le désir d’exprimer le monde, les couleurs du monde, l’éclat du monde, la beauté du monde, le premier matin du monde, les fragilités du monde, les petites constructions humaines blotties dans les interstices du monde, l’immense du monde et son mystère insondable, ses sources de lumière et ses zones obscures, la neige éternelle au sommet des montagnes, le surgissement infini des vagues de l’océan, les vastes prairies, les nuages dans le ciel, les moindres variations de la lumière reproduites par la fine poussière crayeuse des bâtonnets de pastel!… A la source de l’enfance, les premières craies du tableau noir, blanches ou de couleur, les doigts qui dessinent des formes ou tracent des lignes d’écriture en tapotant le support rigide, l’éponge qui efface, les frises de lettres tracées au crayon de bois sur les pages du premier cahier, mots initiaux, premiers pas de l’écriture, le moi se découvre agissant sur le monde en écrivant-dessinant, couple indissociable de l’écriture-dessin, magie de la phrase ou de l’image se faisant-défaisant, les mots et les couleurs re-créent le monde, émotion première de l’enfant émerveillé qui ressaisit l’adulte quand ses craies de pastel déposent leurs pigments sur le support granulé qui les accroche… Le dessin ou le texte en devenir suspendu dans le vide d’une page blanche ou d’un support monochrome se couvre peu à peu d’assemblages de mots ou de poussière colorée, un nouveau monde est en gestation, des étoiles, des planètes et des soleils prennent forme, un vent intersidéral fait valser la poussière, du chaos émerge des harmonies de sons ou de couleurs dévoilées par la danse d’un simple bâtonnet tenu entre les doigts…

Eau-forte

Ce texte est ma contribution n°3 à l’atelier d’hiver de François Bon (suite…)

Ne plus…

Oublier… aimer
le souffle de ce peu de brume
au petit matin
quand l’aube du monde paraît possible
et que la rosée pleure
ses pétales fanés

oublier… supplier
les tambours de la peur
pendant la tempête de la nuit
quand tous les sens du monde se brisent
et que le temple s’écroule
en écrasant les coeurs

oublier… désirer
la douceur du jour au midi de la vie
quand le ciel est pur et que la beauté du monde
semble rendre le mal irréel
comme un mauvais rêve
abolir… oublier

Utopie

_ « Quand je regarde jaillir la flamme de mon briquet, je ressens, bizarrement, comme une espèce de joie… Pas seulement à cause de la cigarette que je vais fumer, non… C’est plus primaire… C’est le feu, tu comprends! »

Il y avait bien des différences d’appréciation sur l’état de la situation, la nature des actions à mener et, surtout, la tournure que prendraient les événements, il fallait tenir à tout prix, bien sûr, et obtenir l’augmentation des salaires, la réduction du temps de travail, la prohibition du chômage, les congés payés, les conventions collectives… Mais après ? Il y avait les réalistes, les pragmatiques, qui envisageaient sans états d’âme de mettre fin à la grève si tous ces points étaient acquis. Mais il y avait aussi les rêveurs, les défricheurs d’azur et utopistes de tous bords, qui ne voulaient pas reprendre le travail « comme avant ».

_ « Tu te vois, comme avant, en train de raser les murs au petit matin, de te glisser en vitesse dans le rang en saluant ton chef qui sera goguenard – tu t’es bien amusé pendant plusieurs semaines, mon gaillard, mais maintenant, la fête est finie, et moi, je suis resté le chef! – non, c’est impossible, je ne pourrai pas… »

 L’avenir improbable