dévoiler

Au commencement

Atelier d’été Tiers Livre 2019

     Fragilité du bâtonnet friable, cassable, tenu entre le pouce et l’index en prolongement des doigts, comme un crayon, un stylo ou un pinceau, pour extérioriser la pensée et le désir d’exprimer le monde, les couleurs du monde, l’éclat du monde, la beauté du monde, le premier matin du monde, les fragilités du monde, les petites constructions humaines blotties dans les interstices du monde, l’immense du monde et son mystère insondable, ses sources de lumière et ses zones obscures, la neige éternelle au sommet des montagnes, le surgissement infini des vagues de l’océan, les vastes prairies, les nuages dans le ciel, les moindres variations de la lumière reproduites par la fine poussière crayeuse des bâtonnets de pastel!… A la source de l’enfance, les premières craies du tableau noir, blanches ou de couleur, les doigts qui dessinent des formes ou tracent des lignes d’écriture en tapotant le support rigide, l’éponge qui efface, les frises de lettres tracées au crayon de bois sur les pages du premier cahier, mots initiaux, premiers pas de l’écriture, le moi se découvre agissant sur le monde en écrivant-dessinant, couple indissociable de l’écriture-dessin, magie de la phrase ou de l’image se faisant-défaisant, les mots et les couleurs re-créent le monde, émotion première de l’enfant émerveillé qui ressaisit l’adulte quand ses craies de pastel déposent leurs pigments sur le support granulé qui les accroche… L’oeuvre en devenir suspendue dans le vide d’une page blanche ou d’un support monochrome se couvre peu à peu d’assemblages de mots ou de poussière colorée, un nouveau monde est en gestation, des étoiles, des planètes et des soleils prennent forme, un vent intersidéral fait valser la poussière, du chaos émerge une harmonie de sons et de couleurs dévoilée par la danse du stylo de l’écrivain ou celle des pastels de l’artiste dans l’espace dévolu à leurs créations…

Le scandale de l’eau empoisonnée à Flint

Page sombre

(Récit en cours d’écriture)

     L’enchaînement de faits de violence policière envers des Afro-américains suivis d’actions de représailles commises par les plus radicaux d’entre eux n’était en réalité que la partie émergée de l’iceberg, l’aspect le plus spectaculaire des conséquences de la discrimination raciale et sociale renaissante. Le scandale de l’eau empoisonnée au plomb de Flint, dans le Michigan, avait dévoilé un aspect de l’injustice environnementale subie le plus souvent par les citoyens les plus pauvres.

     Le piano de Louis 

     2064

 

 

 

Raison d’Etat

Page sombre

(Récit en cours d’écriture)

     Martin ne reçut plus aucune visite pendant plusieurs mois. Le ministère de l’Intérieur rendait compte à intervalles réguliers de la progression de l’enquête en organisant des conférences au cours desquelles on demandait à des experts de décrypter les paroles sibyllines de l’espion et d’évaluer le degré de dangerosité auquel nous étions exposés du fait de ses intrusions dans les systèmes de défense. Les informations distillées reprenaient presque mot à mot les confidences que Martin avait bien voulu me faire!… Aucune allusion cependant à ce que j’appelais le mythe de l’Atlantide, les Autorités préféraient manifestement s’en tenir à une version classique ou réaliste d’agent téléguidé par une puissance étrangère ou de mercenaire sans scrupule vendu à une organisation hostile… Et si Martin n’avait été qu’un simple lanceur d’alerte pris la main dans le sac? Le sort de ces personnes qui plaçaient l’intérêt général avant leur intérêt personnel et la tranquillité de leur existence n’était pas enviable. Elles tombaient sous les coups de la vindicte des puissants dès lors qu’un paravent de légalité protégeait les actions dévoilées, toutes frauduleuses ou immorales qu’elles fussent en réalité. On ne rigolait pas avec la préservation du secret, encore moins au ministère de la Défense, ce qui, d’une certaine façon pouvait se comprendre mais autorisait des dérapages dangereux pour la démocratie. Martin risquait de toutes façons quinze à vingt ans de prison, ce qui expliquait peut-être son obstination têtue à ne pas sortir du bois, à rester camouflé dans le flou de ses déclarations fantaisistes qui avaient le mérite de nourrir un véritable feuilleton médiatique autour de lui et de susciter une curiosité qui pouvait se révéler salvatrice, en sensibilisant  l’opinion à de possibles abus qui seraient commis contre lui au nom de la raison d’Etat…

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

    

Partage

C’était un bonheur inouï, insoupçonné, une véritable naissance… Etre vraiment ce que l’on est sans rien soustraire, dire l’inconnu comme le connu, se révéler, se dévoiler à sa propre conscience comme à celle de l’autre, partager enfin l’Etrange et le rendre familier, promettre de ne jamais cesser d’explorer, et se donner ainsi une chance, plus tard, de retrouver le lien qui relie à soi-même… Voilà ce que l’amitié lui avait offert. Pour la première fois, quelqu’un l’écoutait, la comprenait. Elle donnerait à lire à son amie les quelques mots qu’elle avait griffonnés à la hâte sur la route en ce dimanche pluvieux de mars. Il pleuvait, elle marchait, les rues étaient grises… Elle portait une attention extrême au battement de ses pas. Un homme arrivait en sens inverse, penché vers le sol. Il s’était engouffré dans la porte de l’une de ces maisons de briques aux murs uniformes. C’était simple. Il avait disparu, il restait une vision. Elle-même était devenue pluie, un ruissellement de larmes…

L’avenir improbable