responsable

Un univers lisse

Page sombre

(Récit en cours d’écriture)

     Martin disait venir d’un monde où tout était lisse… Au fil de nos conversations, en réunissant les bribes d’informations qu’il me livrait, je m’efforçais  de reconstituer cet univers bizarre dont il ne parlait qu’avec réticence. Personne n’y était laid, personne n’y était pauvre. Les magasins de Callipole étaient toujours approvisionnés, mais le commerce du luxe n’existait pas. Il n’y avait pas non plus de librairies. Quelques livres numériques étaient disponibles gratuitement sur un site officiel et un journal unique, gratuit lui aussi, était distribué quotidiennement à tous les habitants, dans des messageries virtuelles qui leur étaient attribuées dès la naissance avec un numéro de code qui servait à l’identification des personnes en toutes circonstances, jusqu’à la mort. Celle-ci était présentée comme un passage initiatique permettant d’accéder à des formes de vie dites supérieures. L’Etat était à l’origine d’une pensée métaphysique et philosophique sommaire qui devait apporter quelques réponses, dans la mesure du possible, aux interrogations et aux frustrations inévitables… Dans les écoles, on apprenait une langue et une culture dites « essentielles »… Les enfants n’étaient ni notés ni classés. Un responsable de l’enseignement passait dans les classes pour sélectionner ceux qui continueraient leurs études dans les institutions formant l’élite administrative…

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

Sidération

     La population était sidérée. Tout ce qui concernait le nucléaire avait été enfoui dans l’inconscient collectif. Cet attentat qui se situait pourtant dans une certaine logique des choses et qui n’avait rien d’absolument imprévisible prenait tout le monde de court. Dans le cadre du plan Orsec, rien n’avait été prévu dans un tel cas de figure à Versailles!… Les premières réactions des pouvoirs publics furent lentes, trop lentes. Le cafouillage des premières heures détruisit le peu de confiance qui existait encore envers le gouvernement. On décida de distribuer aux gens des pastilles d’iode mais il n’y en avait pas sur place. Chaque mesure prise l’était avec un temps de retard et l’angoisse de la population exposée grandissait. Ainsi du confinement dans les maisons ou appartements, puis de l’évacuation d’une zone de trois kilomètres (pourquoi trois plutôt que deux ou quatre ou cinq?…) autour du château! Les habitants étant d’origine sociale plus privilégiée que dans d’autres secteurs de la région parisienne, une armée d’avocats se leva très vite pour dénoncer les carences de l’État et le déclarer à l’avance responsable des maladies qui seraient déclenchées par l’exposition à la radioactivité, ainsi que des pertes financières que ne manqueraient pas de subir les propriétaires de biens immobiliers, définitivement vidés de leurs occupants ou délaissés et dépréciés parce que trop proches de la zone évacuée…

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

L’axe du Mal

(fiction en cours d’écriture)

    Les politiciens avaient pris l’habitude de stigmatiser le populisme sans chercher à comprendre les raisons profondes de ce vote, alors que le président François Hollande, en 2015, sur une chaîne télévisuelle de grande écoute, avait lui-même, d’une certaine façon, légitimé le Front national en le comparant au parti communiste français des années 1970, dont les thèses souverainistes – acheter Français – étaient déjà destinées à protéger les emplois menacés de l’époque et à endiguer la maladie endémique du chômage dont les ravages ne faisaient, hélas, que commencer. Car l’axe du Mal, chez les pays riches, était plutôt celui-là, la mise à l’écart d’une partie importante de la population qui n’avait plus accès au marché du travail. Les mesures sociales amortissaient certes les chocs provoqués dans les vies individuelles par l’absence de travail et de ressources pour vivre, mais le manque de perspectives d’avenir – no future – avait fini par gangrener durablement l’ensemble de la société dans ce que l’on avait appelé, vers la fin du vingtième siècle, la cohésion sociale, quand l’idée de contrat social était sans doute apparue désuète aux yeux des économistes modernes, à moins que ce ne fût, par sa référence directe au siècle des Lumières, trop révolutionnaire (?!) …

     Drôle d’Histoire

     2055

Dégage!

(fiction en cours d’écriture)

     Mais dans le monde récemment globalisé, les informations circulaient à toute vitesse. Un vent d’indignation commença à se lever et à se propager de pays en pays, suscitant le Printemps arabe en 2010, suivi par le mouvement espagnol des Indignés et le mouvement international Occupy en 2011. Outre le départ des dictateurs et l’instauration d’une démocratie, les manifestants arabes exigeaient un partage des richesses qui leur assure de meilleures conditions de vie, des emplois, et la dignité (« karama » en arabe). Ils voulaient reprendre la main, le la était donné par leur slogan « Dégage! », « Erhal! ». En Tunisie, point de départ des contestations populaires, la révolte aboutit à la chute du dictateur Ben Ali puis, en Egypte, à celle d’Hosni Moubarak. La détermination non violente de la jeunesse arabe inspira la jeunesse occidentale qui se rassembla elle aussi dans d’impressionnantes manifestations festives sur les places des grandes villes. Les jeunes du monde entier criaient haut et fort leur désir de paix, de liberté et de solidarité en manifestant leur désaveu de la classe politique responsable à des degrés divers du chômage qui barrait leur horizon (no future) et de la misère dans laquelle ils se débattaient. L’avenir aurait pu être radieux si les forces négatives qui travaillaient le monde n’avaient pas étouffé peu à peu l’immense espoir suscité par les mouvements révolutionnaires non violents de cette époque.

     Drôle d’Histoire

     2064

De reculade en reculade

(fiction en cours d’écriture)

  L’humanité devait faire face à de fortes perturbations climatiques et géopolitiques qui conduisaient les dirigeants du monde occidental à se durcir contre la volonté même de leurs peuples. Les principes de liberté, d’égalité et de fraternité, chers à la République française, étaient de plus en plus ouvertement  bafoués. De reculade en reculade, les grandes institutions issues des Lumières, qui avaient été confortées après la seconde guerre mondiale par le Conseil national de la résistance, finissaient par être vidées de leur sens. Dans les autres grandes démocraties, les dégâts causés par le nouvel ordre qui se mettait partout en place étaient aussi gravissimes qu’en France. Sous le prétexte de protéger les citoyens, de nouvelles lois plus liberticides les unes que les autres étaient votées par des élites parlementaires de moins en moins responsables de leurs actes devant les peuples. Partout, une crise aiguë de la démocratie provoquait des protestations massives de la population, qui se contentait en général de manifester pacifiquement, mais la récupération de ces mouvements populaires par l’extrême-droite ou quelques groupuscules plus rares de la gauche révolutionnaire, en perte de vitesse depuis la fin du vingtième siècle, était brandie par les gouvernements pour justifier et amplifier la répression policière. A l’angoisse de l’électorat qui se réfugiait dans une abstention de plus en plus abyssale, l’élite politique répondait par l’incompréhension, par la peur et par la force.  Le monde devenait orwellien. Et nous, nous étions aveugles…

     Drôle d’Histoire

     2064

La toxicité diabolique du plutonium

 
le pire est non tant l’aveuglement sans connaissance que l’aveuglement dans la connaissance

Un système devenu fou !

     Le documentaire se termine, je n’ai rien appris, j’ai fait le tour du sujet depuis si longtemps. Je regarde cette émission pour me rendre compte si les mentalités ont changé, changent… si le regard posé sur l’électricité nucléaire devient plus lucide, se libère de la chape de plomb du secret dont elle a toujours été entourée. Surprise : pour une fois, il n’est pas question des centrales elles-mêmes et des catastrophes produites par leur dysfonctionnement comme à Tchernobyl ou à Fukushima. Car, le plus souvent, les émissions sur le nucléaire effleurent le sujet, s’en tiennent à la surface, traitent le problème comme un avatar des risques habituels de l’industrie lourde. Pour une fois, nous sommes au coeur du sujet, pas seulement au coeur de la centrale. Et le coeur du sujet, l’énorme problème du nucléaire, le monstre dont les centrales accouchent, ce sont les déchets radioactifs, dont la capacité de nuisance, c’est-à-dire le pouvoir de mettre un terme à la vie, dure des milliers, des dizaines ou des centaines de milliers, voire des millions d’années ! Comment l’esprit humain a-t-il pu envisager de faire proliférer un tel monstre ? C’est pourtant ce que la France a entrepris de faire depuis plus de cinquante ans avec aujourd’hui 58 réacteurs qui produisent notamment du plutonium, le plus dangereux des produits radioactifs, pour lequel a été construite l’usine de retraitement de La Hague. Le retraitement – joli mot qui pourrait laisser penser que les déchets redeviennent propres – consiste en réalité à isoler le plutonium des autres entités radioactives pour le réutiliser comme combustible. Toutes ces manipulations de substances radioactives sont éminemment dangereuses. Et les déchets résiduels sont conditionnés dans des récipients pas toujours étanches qui sont entreposés sur des zones de stockage provisoires, en attendant la validation de projets d’enfouissement qui, pour toute solution, proposent de cacher la poussière sous le tapis!… La France, ce beau pays, est à la pointe de cette formidable industrie dont l’ultime étape est la radiation de la vie ! Aux dernières nouvelles, aucun responsable politique aux commandes de l’Etat ou susceptible de le devenir n’envisage de sortir de cette folie.

Conscientisation

Il lui semblait bizarrement que tout restait possible et pourtant, d’une certaine façon, que l’avenir était déjà verrouillé. Pourquoi cette sensation d’une barrière invisible et sournoise construite à son insu par elle ne savait quelles puissances obscures?… N’était-elle pas responsable de cette espèce de dérive qui, insensiblement, avait éloigné d’elle Stéphane?… Il était limpide, elle se jugeait compliquée. Il s’exprimait toujours avec une lucidité confondante et une logique irréfutable, la poussait au bout de ses retranchements, parvenait à lui démontrer la justesse de sa position, réussissait à obtenir au moins son adhésion rationnelle, mais n’arrachait pas les dernières réticences, les hésitations, les résistances, qui restaient accrochées au fond d’elle-même comme des ronces. L’école capitaliste en France… il ne fallait pas devenir prof… Les paroles obsédantes de Stéphane résonnaient sourdement comme le bruit mat d’un échec. Sous les pavés, ce n’était pas vraiment la plage que recherchait Stéphane. Elle ne le suivait que jusqu’à un certain point. Le point de non-retour se situait quelque part entre la fin et les moyens. Prendre au sérieux la Révolution, la vraie, c’était l’assumer jusqu’à son accomplissement total, en acceptant par avance et les larmes et le sang. Or, elle se voulait résolument pacifiste, ce qui avait le don d’agacer Stéphane. Catherine n’avait pas ces scrupules. Elle était très jeune. Parmi les activités militantes de Stéphane, il y avait la distribution de tracts et la vente de journaux à la sortie des lycées. Catherine avait pris le tract, acheté un journal réalisé par le groupuscule révolutionnaire auquel appartenait Stéphane, et puis elle avait écouté sa belle voix chaude discourir sur le marxisme-léninisme. Alors il l’avait emmenée dans un café proche de son lycée pour continuer l’entretien. C’était banal. Le travail normal du militant de base.

L’avenir improbable