On m’a réclamé mes papiers d’identité
ils étaient en règle
j’ai un permis de conduire aussi
pourtant
je n’sais pas m’arrêter
On m’a réclamé mes papiers d’identité
ils étaient en règle
j’ai un permis de conduire aussi
pourtant
je n’sais pas m’arrêter
Derrière ma vitre je n’entends
rien j’emploie des mots
à blanc
l’univers concret
s’est vaporisé je ne vois pas
ce qu’on me dit
je n’ai plus de choses
prête-moi ta plume je n’ suis plus personne
La rumeur martèle tous les mots
il n’est plus permis de penser haut
dans le siècle ambiant la voix se perd
les médias ont tout dit
ils ont relégué le médium à la porte du rationnel
rassasiés de néant et couronnés par la logique de l’absurde
les hommes rois fléchissent
sous le faix de leur conscience
hypertrophiée
et les morts n’ont plus qu’à se taire
ils ont voulu fermer les portes aux voyants du mystère
on n’entend plus à longueur de vie que les béatitudes des spots publicitaires
ont fini de crier entre les murs de notre corps
les molécules de l’infiniment grand ou petit
et ne suinte plus
à la surface de notre peau
à force de calmants
l’angoisse d’être nu
ils nous ont habillés de verroterie luisante
et nous admirons notre reflet fétiche
en rendant le présent éternel
l’homo sapiens a perdu la mémoire
de son avenir
son regard vers les étoiles
est quelquefois davantage
que celui d’un astronome studieux
Sur la peau de ce vieillard qui médite là-bas dans l’ombre de sa pensée
alluvions et cailloux dans le lit de ses rides s’étalent en plages lisses ou dégringolent en tiges noueuses
le vent a soufflé le soleil a desséché la pluie a délavé ce bel arbre chenu qui tout doucement descelle ses racines
son regard clair et perdu coule entre les rivages de la vie et de la mort
étrange acteur de l’insaisissable il n’est plus que l’essence de l’homme qui a fini d’exister
il laisse à nos coeurs battants en guise de testament la géographie de son corps
L’appel du grand large rend les bateaux ivres…
Le tiers livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de « vases communicants » : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement. Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
La liste des participants et la gestion de l’exercice sont établies par Angèle Casanova.
Aujourd’hui, j’ai le grand plaisir d’accueillir ici Françoise Gérard tandis qu’elle me reçoit, très amicalement, sur son blog Le vent qui souffle.
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Le Rimbaldien
Eaux profondes, surface miroitante agitée de remous, petite houle, le quai est désert, aucun bateau dans le cadre de la photo, mystère des bords, 21-21, 321 jours que Le Rimbaldien est parti toutes voiles dehors sur des routes maritimes connues de lui seul, le capitaine est un aventurier hors norme, on le surnomme
Voir l’article original 423 mots de plus
Cet homme
là
tout rabougri, tout recroquevillé
noirci par les intempéries, l’âge, les soucis
cet homme qui semble absent à lui-même
penché vers le sol pour se protéger des rafales de pluie
cet homme sans âge et peut-être sans âme
cet homme fini
que voit-il?
dans sa marche courbée
sur l’orbe de la terre
On posa une main sur son épaule
en équilibre sur une seconde difficilement extraite de la gangue du temps
l’éternité prenait les ailes d’un frôlement
en bê
tes de somme enfour
chant la tumeur des trou
peaux grossissant la crou
pe des cargos tremblant
de tous leurs membres
des lueurs déplorent
à grosses larmes les épaves
font couler la mort
écou
te goutte à gout
te les plain
tes qui débordent
du désespoir de
ceux qui ne sont rien
Invisible
indivisible
indivi
du
reté de l’âme
de l’homme désert
immensité plaine
labourée d’étoiles
pour les non-voyants
semant la lumière
Le train était vide et sans conducteur
long
sinueux comme un serpent
la tête chercheuse
la brume amortissait ses sifflements préhistoriques
comme pour absorber la mort
ou enfouir la peur
vers le visage d’un voyageur assis en face
ma main, timide
esquissa un geste
comme pour essuyer son cauchemar