blanc
Boire à la source
Libérer l’espace
mental
de tout ce qui l’encombre
pour noircir
une page
encre inversée
de mots blancs
ne disant
que le silence
Puissance évocatrice
De loin, sa silhouette étonne. Il est seul, paraît fragile. Sa présence absorbe l’espace, je ne vois plus que lui. Qui est-il? Je l’ignore. Je suis ici par hasard. Il continuera son chemin, je m’éloignerai de mon côté. Si je ferme les yeux, si je détourne la tête, déjà, il s’efface. Et pourtant, il est. Il est cette présence insolite qui retient la lumière, arrête le regard. Il est cette image immatérielle qui s’est fixée dans ma mémoire, cette photo prise à son insu un soir d’automne, ce vent léger qui nous caressait le visage, cette lumière un peu floue qui le rendait irréel. Il est. Il est plus que je ne saurais jamais être à moi-même. Présence pure, matérialité vivante qui a pour toujours incisé le réel, musique du monde, coeur battant de la vie. Il est ce par quoi le néant (né en) n’a pas de sens. Il est une apparition au détour de ma route. Il est cette forme un peu étrange, habillée de blanc, qui semble pouvoir s’envoler à tout moment.
Echec et mat
Blanc silence dans la nuit noire
le monde n’est pas en repos
il fomente les drames du jour
Autour du monde
Vases communicants du 6 novembre 2015
Les Vases communicants sont des échanges croisés de textes et d’images entre sites ou blogs, qui ont lieu chaque premier vendredi du mois. Imaginés par François Bon (Tiers Livre) et Jérôme Denis (Scriptopolis), ils sont animés et coordonnés par Angèle Casanova (qui a succédé à Brigitte Célerier) et Marie-Noëlle Bertrand (sur facebook). Je remercie Clotilde Daubert, dont j’aime lire le blog Rixilement, de m’avoir proposé d’échanger aujourd’hui avec elle et d’avoir alterné sa voix avec la mienne pour composer ensemble cette rêverie océane, Autour du monde.
***
Autour du monde
Ses ailes
comme des vagues
écume blanche dans le ciel
une petite houle agite les nuages
entre deux rayons de lumière
passe un oiseau blanc
au-dessus de l’océan
Dans la pleine solitude
au bord de l’inquiétude
les ailes sur le dos
L’océan impassible
poursuit son incessant ressac
dans l’indifférence des jours
Passe un oiseau blanc
il ondule dans le ciel
son vol est lourd et lent
vieux gréement qui grince entre les vagues
le grondement de la houle
accompagne sourdement
le battement de ses ailes
Vers la brume
gouttes drapées
dans le cœur des oublis échappés
L’on quittera la mer à reculons
sans se soucier des hérons
la tristesse infinie à la lisière du monde
Voiles déployées vers le large
nulle terre à l’horizon
univers aérien et liquide
ciel et mer cousus par l’horizon
rien que le moutonnement des vagues
et la lumière filtrée par les nuages
cueillie par le prisme irisé de l’eau
Dans les eaux de la vie à la mort
à travers l’épaisseur de nos corps
entre lignes à la fuite
Comme au jour comme ennui
ni distances ni ponts
océans échoués dans l’avant dans l’après
Le vent essaime les grains, disperse les chagrins
quand la route est trop longue
il emporte les vieux gréements
capitaine, ô capitaine
je veux suivre tes ailes de lumière
ou mourir en écoutant ta musique profonde
semer la joie autour du monde
Texte et images de Clotilde Daubert et Françoise Gérard
A l’enfant prodigue
Le ciel est tendrement bleu
la lumière est si douce
loin de la ville si loin tu verras des myriades d’étoiles
quand tu viendras
le blé est doré bon sera le pain
le rouge-gorge du jardin plastronne
le panache roux de l’écureuil questionne
je n’ai pas encore vu le merle blanc
je crois qu’il t’attend lui aussi
vois comme ici tout est merveilleusement beau et bon
pour t’accueillir
ne laisse pas la saison passer
je crains l’orage
Monde parallèle
Leur écharpe se déploie dans la nuit comme une galaxie
écoute les mots blancs du silence
ils scintillent comme d’invisibles étoiles
qui danseraient avec ton âme
Essaims de mots blancs.1
Syntaxe affaiblie
à peine
murmures
froissant
si peu
le silence
du monde
Douce heure
À l’ombre d’un arbre
sur un banc
ici et maintenant
petites taches de soleil sur le sol sec
bourdonnement de l’été
sans gravité
mes pensées volettent comme ce papillon blanc
au milieu de la frondaison verte
et le paradis ressemble à ce jardin
bonjour, l’éternité
Psychose
Derrière ma vitre je n’entends
rien j’emploie des mots
à blanc
l’univers concret
s’est vaporisé je ne vois pas
ce qu’on me dit
je n’ai plus de choses
prête-moi ta plume je n’ suis plus personne


