monde

Et toi, te voilà, de toute ta petite présence

Isabelle Pariente-Butterlin

Suspendues dans l’air

 

Suspendues dans l’air, tes questions.

Envol, autour de moi. Je passe dans le jour, me tenant à la ligne des il faut … il faut faire la cuisine, il faut mettre la table, il faut que je réponde à un mail, attends un peu, il faut que je termine ça, une seconde, il faut que tu prennes ton bain, je vais le faire couler, et suspendues dans l’air, tournoyantes et légères, virevoltantes, insistantes, tes questions… à la ligne des il faut me tenant de guingois, de travers, moi, traversant toute la pesanteur de la conduite des adultes, et cette ligne de tension, et d’attente, vers le soir, tentant de m’y tenir mais la ligne est si incertaine et instable, et il y a si peu d’air …

et toi, te voilà, de toute ta petite présence, intacte, intègre, plantée face à moi, arrêtant mes mouvements, t’intercalant, insufflant ta respiration dans le monde et posant tes questions :

tu arrives dans la pièce, tu entres dans l’espace, tu l’habites sans aucune inquiétude, et tu lances, à brûle-pourpoint, faisant en sorte de m’arrêter : Dis, Maman, tu as remarqué que tout ce qu’on vit, c’est toujours différent de ce qu’on imagine ?. Ton air songeur, alors, et décidé, me fait mesurer l’extension de ton expérience, ces tremblements que déjà tu as ressentis entre le monde et tes représentations, et dont j’ignorais que tu en aies déjà le savoir intime. Et me fait perdre la ligne, la ligne des il faut, qui n’était pas très assurée, qui ne tenait pas très bien. Ma main lâche cette ligne, et tu t’assieds sur mes genoux. Et voilà que je suis, avec toi, une autre ligne mélodique.

Tu sais déjà tout, c’est désarmant, et j’ai l’impression que tu n’en veux à personne.

Pas même au monde de n’être pas conforme à tes représentations. Tu continues avec le plus grand sérieux : « C’est pour ça, tu comprends, que le catalogue des parents, moi, je n’y crois pas, et de toutes façons je ne veux pas changer de parents, mais on peut lire le livre quand même, mais je ne veux pas changer de parents, hein ?, tu comprends … ? ».

Ce livre magique, et un peu effrayant, que tu as refusé de lire, et qui t’aurait presque scandalisée quand je te l’ai donné, ce livre, dont tu n’approches qu’avec la plus grande inquiétude, que tu as écarté plusieurs fois, et qu’enfin tu acceptes de lire.

Comme si tu envisageais aussi de l’immensité de ton regard clair tout le sérieux des livres.

 

Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 13 avril 2012.

 

Je préfère le souffle du vent

Isabelle Pariente-Butterlin

 

Ton être, tout entier dans une question.

Tu égrènes les questions comme les coquillages que tu ramasses sur la plage. On marche, on avance, on trace sur le monde le cheminement de nos pas, quelque chose qui est autant une méditation qu’un élan, quelque chose qui est tout aussi bien en notre monde intérieur que sur le sable doux et tiède de la plage. Tu te baisses et tes doigts auxquels se collent des grains de sable se referment sur une petite palourde blanche. Ni le moi ne se dissout dans le monde, ni le monde ne dépend du moi. Ils ne font que se répondre l’un à l’autre. Tu as trouvé cette grâce.

Ton être tout entier, suspendu à la réponse possible à la question que tu viens de poser.

Dire que j’ignore presque toutes les réponses. Et que tu ne le sais pas encore. Je suis comme toi, du côté des questions, je n’aime pas les réponses qui arrêtent la marche et qui entravent la progression, je n’en ai pas beaucoup, ma collection de certitudes ne pourra pas rivaliser avec ta collection de coquillages. Je préfère le souffle du vent, et il me suffit de savoir que je tiens ta main dans la mienne.

Continue de danser sur le sable doux des possibles.

Je regarde le mouvement des adultes dans leur affirmation des certitudes. Ils ont une pesanteur et une gravité qui suffisent à expliquer pourquoi ils s’enfoncent bien plus que toi dans le sable. La seule articulation de leurs syllabes est si lourde qu’elle ne pourrait pas ricocher sur l’eau. Tes pas minuscules et précipités dessinent des courbes et les entrelacent les unes aux autres, et les emmêlent à tes éclats de rire et relancent les possibles du monde quand vous courrez, toutes les deux, sur la plage.

Ne cessez pas un instant de relancer les possibles, ne cessez plus de danser là, dans le sable doré des bords des mondes. Comme tes mèches blondes dans le souffle d’air de l’été.

 

Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 1er avril 2012.

 

Tes bavardages, ta voix claire, qui me ramènent à la surface scintillante du monde

Isabelle Pariente-Butterlin

 

Tes bavardages, ta voix douce, en bruit de fond de la musique du monde.

Je tente de travailler. Tu bavardes. Enfin, tu ne bavardes pas, en fait, c’est essentiel. Dis, Maman, il reste des crêpes ? J’ouvre mon ordinateur, je cherche un fichier. Le cliquetis de mon clavier allait commencer. Tu poses une autre question. Dis, Maman, tu sais que les dauphins ils sont très intelligents ? Je tente de te répondre, mais tu n’admets pas une demi-attention. Bruit du monde, la mélodie de ta voix, claire, elle monte et elle descend, elle me pose des questions, un éventail de questions, et si je dis que je ne sais pas, tu ne te décourages pas, il doit suffire de modifier l’angle d’attaque, « Dis, Maman, tu sais où il est mon gilet bleu ? » tu la poses autrement et de nouveau, elle vient se poser sur mon épaule, sur ma main, sur ma joue, comme une coccinelle, et j’interromps toute chose de ce monde, et je te réponds, interrompant le cliquetis qui n’a pas encore commencé de mes phrases sur mon clavier.

Tes bavardages, ta voix claire, en bruit de fond de la musique du monde.

Et chère à mon oreille ; sans elle, il serait silencieux parfois. « Dis, Maman, tu sais que samedi, il fera mauvais ? ». Je tente de m’abstraire dans les lointains de ma conscience, de me retirer en moi, et d’aller vérifier une chose sur les finkish dispositions mais tu viens d’écrire un livre et tu as besoin de moi pour faire la reliure. Tu racontes ta journée et racontant ta journée, et tes aventures, et la cour de récréation, et les disputes, tu me ramènes vers la surface scintillante de ta vie. Je ne peux pas faire autrement, je ne sais pas faire autrement, que de te suivre dans les courants marins de tes sourires. Je n’ai pas trop de résistance à opposer.

Tes bavardages, ta voix douce, en bruit de fond de la musique du monde.

« Tu sais que la grenouille, c’est un amphibien ? » Je ne peux rien faire sans que tu me parles. Ce n’est tout simplement pas possible. « Et les écureuils et les gazelles, tous les deux, ils sont mammifères ? » Je ne peux pas m’absenter à moi-même. Tes questions m’accrochent, me ramènent à toi. Tu joues une petite partition alchimique, et l’accroche est bien assurée, et bien jouée, toujours cette petite attaque dans ma conscience :« Dis, Maman …  » « Hé, Maman … ».

Tes bavardages, ta voix claire, qui me ramènent à la surface scintillante du monde.

 

Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 29 mars 2012.

 

 

Comme un sable d’or entre mes doigts

Isabelle Pariente-Butterlin

 

Je me demande ce qu’il me restera de cette journée. Quelles impressions sont entrées suffisamment loin en moi pour ne pas passer s’effacer disparaître.

La question prend forme dans mon esprit, et sans prévenir, elle y reste. Elle s’y installe, y déploie ses volutes. Je me retourne sur elle. Elle se déploie.
Je m’assieds aux bords des mondes, au soleil. Il y en a un peu. C’est un des premiers vrais soleils de l’année. J’allume une cigarette, les pieds dans le vide, assise aux bords des mondes. Les pieds dans le vide, tu sais, les jambes ballantes, comme pour retrouver un peu de la légèreté d’autrefois.

Comme quand tu t’assieds sur une chaise, et qu’il reste encore tout l’espace des possibles laissé libre entre les pieds et le sol. Tes pieds qui se balancent dans le vide de la chaise … Toi, jambes nues, en short, les pieds qui se balancent dans un rayon de soleil ; il filtre à travers les persiennes. Tu es passée prendre un fruit ou faire un dessin sur la table de la cuisine et tu protestes en me montrant les traces que dessinent sur ta cuisse le rebord de la chaise.

Maintenant que je suis assise aux bords des mondes, à fumer une cigarette dans la lumière du soir, je sais ce qu’il me restera de cette journée. Il me restera encore une autre image de toi. Surimposée aux autres. Une de ces images de lumière. Surimposée dans ma mémoire, à cette autre image de toi. Toi, de dos, t’éloignant dans la cour étroite et longue de l’école, toi, de dos, tirant ton cartable, et ta tresse longue et dorée dessine un trait de lumière dans l’espace de la cour. Je la saisis par intermittences ; par intermittences, elle vient frapper mes pupille et je me souviens très précisément qu’elle contraste avec le violet de ton manteau et qu’elle marque le rythme de tes pas, et de ta course, et de ta crainte aussi, ta crainte que je devine d’être en retard.

Tes pieds qui se balancent, dans le vide, et ta tresse qui danse au rythme de tes pas. Ces images-là, de toi, mouvantes et émouvantes, comme les reflets dorés de tes cheveux, au matin, quand je les tresse les jours d’école. Images mouvantes et émouvantes, comme un sable d’or entre mes doigts dans la lumière impressionnante du monde.

 

Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 27 mars 2012.

Ce lien très essentiel de nos phrases avec le monde

Isabelle Pariente-Butterlin

 

Aussi loin qu’il soit possible, je trouve, aussi loin qu’il soit possible de remonter, une accroche de langage avec le silence du monde. Une accroche de langage avec le silence de l’être. Ma main dans la tienne, nous marchions, selon les méandres du minuscule chemin des pommes, et nous trouvions des noisettes vertes et des pois de senteur, et des rimes et sans doute aussi les froissements des envols.

La voix est une caresse.

Tremblement de l’air, vibration de l’être, réunies dans un même élan : la voix. Et dans la voix, l’attention accueillante, l’air tremble, l’être vibre. Les inflexions, qu’on peut suivre. Lignes mélodiques montantes et descendantes, lignes entrecroisées dans le contrepoint du lien qui se tisse entre le monde et soi. Entre soi et le monde. Fibre du cœur et du monde, à l’unisson. Comprendre, avant même de comprendre le sens et la signification, et les concepts, et les idées, comprendre, le geste même de cette accroche.

La tessiture de la voix entoure, de la texture des liens qu’elle crée avec le monde, entoure l’être, le retient, entoure, oriente, oriente les pas et le regard, et les gestes, et le sourire. Accroche du langage sur le silence du monde, sans elle, immensément silencieux et traversé seulement parfois, d’échos incompréhensibles, accroche de la voix, ici, au cœur de l’être.

Sans quoi la dérive silencieuse, et vaine, à quoi, nous serions réduits, tous, dérive des fortunes de mer.

Puis le silence devient rien de plus qu’une pause dans le phrasé du monde. Le monde est un phrasé. Revenir en soi, se replier, revenir en soi, silence, se retrouver, te retrouver, il y aura bien un jour où je ne pourrai plus te retrouver que dans le silence de mes impressions, mais ce phrasé là je l’étends sur le monde, je le tisse, je ne l’abandonne pas, ce lien très essentiel de nos phrases avec le monde, je ne l’abandonne pas, je me tiens à lui.

Comme je me suis tenue à ta main.

 

Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 8 avril 2012.

 

Comme si toi, enfant, tu étais le silence d’un écrivain avant qu’il n’écrive

Isabelle Pariente-Butterlin

 

Tu te passionnes pour des choses minuscules.

Elles retiennent ton attention comme plus rien, presque, ne retient la mienne. Tu te penches sur le monde, un caillou minuscule et lisse prend dans tes mains la valeur étrange et obstinée que je ne lui savais plus. J’ai l’impression de te faire découvrir un monde que je ne comprends plus, et sur lequel je ne parviens plus à fixer mon regard.
Je t’ai tendu hier une coccinelle ; elle était sur mon doigt. Elle avait trouvé refuge dans les plantes que j’avais protégées de l’hiver et du froid. Tu étais passionnée d’elle. Tout ton regard transparent, un long moment, l’a prise, elle, comme point focal de ton attention. Et je crois que plus rien n’existait, à part, un moment, ta belle attention pour elle et le mouvement selon lequel tu la portes au monde.

Te voilà au présent. Dans la belle vibration du présent.

C’est un peu la même chose, d’ailleurs, quand tu manges un gâteau rose et retentissant et que tu redemandes un peu de Chantilly. Tu as la grâce de ton attente du monde. Celle que tu accordes à toute chose de ce monde, sans faire de hiérarchie entre elle, alors que nous les théorisons et les insérons tant bien que mal dans des phrases.

Tu as l’élégance du présent.

Oui, je viens de comprendre, tu réalises avec l’évidence silencieuse que tu portes à toute chose l’attention que je tente d’accorder au monde et qui est la seule dynamique de mes phrases. Comme si toi, enfant, tu étais le silence d’un écrivain avant qu’il n’écrive. Exactement ce silence-là. Cette attention-là, tu sais, celle dans laquelle on descend très profondément en soi avant de revenir à la surface de la conscience dire quelque chose, une fois, qui soit juste. Qui sonne juste. Tu la tiens. Sans relâche. Dans l’évidente élégance de tes jeux.

Je te regarde. Je commence à comprendre l’horizon de ton regard.

Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 23 mars 2012.

 

Ce monde qui peu à peu me pétrifie

Isabelle Pariente-Butterlin

 

Tu sais, j’ai oublié de te dire, tu es infiniment plus sérieuse que moi.

Je fais semblant de travailler. Je prends un air sérieux. J’ai tous les attributs de l’adulte, mes lunettes sur le nez, mon ordinateur, et des piles de papiers sur lesquels je t’ai interdit, évidemment, de dessiner le moindre signe magique même si tu en es un peu vexée. Je suis un peu obligée, tu sais, je ne peux pas faire autrement. Je crois que je n’en ai pas le droit. Quand j’étais à ta place, je coloriais les papiers en noir et blanc de mes parents, et ils n’étaient pas trop d’accord avec mes interventions. J’en ai gardé cette idée, même si elle ne me plaît pas toujours.

Ça établit une frontière entre ton monde et le mien.

Tu es à ta place, dans ton monde, tu construis des jeux de plus en plus immenses, de plus en élaborés, je t’écoute pendant que tu inventes des histoires de plus en plus extraordinaires, et que je fais semblant de tenter de travailler, et tu déploies tes histoires, dans lesquelles des petites cuillères endossent des rôles infiniment divers, et des casseroles se promènent comme autant de carrosses, puis tout cela, dans la liberté de tes associations d’idées, qui se recomposent comme autant de kaléidoscopes colorés, tout cela t’amène à aller préparer des soupes de sorcières dans la cuisine.

C’est toi qui dis que ce sont des soupes de sorcières. Je t’ai seulement demandé de ne pas y mettre de safran, trop précieux, et de ne pas y disperser mon café. Je sais bien que tu en mets. Je distingue leur odeur dans le bouillon noirâtre qui te fascine et que tu voudrais pouvoir faire cuire pendant une heure au moins. Tu me dis que c’est dans la recette.

Où que tu sois, tu es parfaitement à ta place. Ta voix garde la même tessiture ; elle se pose toujours aussi légèrement sur les phrases que tu inventes et qui suivent sans entrave leur propre ligne mélodique. Je te soupçonne même de n’aller que là où tu es parfaitement à ta place. J’ai étudié la grâce de tes gestes ; ils sont toujours comme des notes de musique parfaitement justes. Je ne t’ai jamais vue emprunter de gestes ni voler des intonations. Ils sont à toi, parfaitement justes. Tu as toute la grâce de ton sérieux.

Pendant ce temps, je reste immobile et je te regarde, et je suis reléguée derrière la frontière invisible de ce monde qui peu à peu me pétrifie.

Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 22 mars 2012.

 

 

Trajet

   Après le déménagement, j’ai continué d’aller à l’école primaire de la ville de H. Le trajet était long, la sacoche était lourde. L’hiver, après la place de l’Octroi qui séparait les deux communes, la route du retour devenait sinistre. La rue des Murets était interminable avec sa rangée de maisons tristes trouée par des courées et, sur le côté opposé, son terrain vague aux herbes folles d’où pouvaient venir tous les dangers. Je préférais le côté des maisons, qu’un éclairage public faisait émerger de la nuit à intervalles réguliers. Dans les espaces non éclairés, je pressais le pas en guettant les ombres. Je commençais à me rasséréner quand j’apercevais l’angle que formait la boulangerie avec l’axe qui amorçait la rue où nous habitions désormais. La vitrine me semblait illuminée comme un phare. Courage ! Le port était en vue. Quand, enfin, je m’engageais dans notre nouvelle rue, le soulagement que je ressentais laissait de nouveau la place à un sentiment d’oppression au fur et à mesure que je m’éloignais du chaud rayonnement de la boutique. Il fallait encore marcher pendant plusieurs dizaines de mètres. Je m’enfonçais dans une espèce de couloir obscur en pente légèrement ascendante dont les parois reproduisaient à l’infini, jusqu’au point de jonction visuel de leurs deux lignes parallèles, les stries verticales correspondant aux portes et aux fenêtres. La rue, qui était pourtant longue, n’était éclairée qu’à ses deux extrémités et au milieu. J’avais pour ma part divisé le territoire de la rue en trois parties, de la plus familière à celle que je fréquentais le moins. Si je faisais souvent le trajet de la boulangerie à la maison, les deux autres tiers de la rue étaient le début d’un périple plus rare qui pouvait conduire jusqu’au centre de la ville d’A. Quand je jouais au Jokari, mon jeu se positionnait sur la fin du premier tiers et le début du second. C’était ce point-là que je fixais mentalement et que j’essayais de discerner dans la pénombre en tâchant d’oublier le poids de mon sac et la pesanteur de mon cœur. Je ralentissais le pas, je retrouvais de la force et du courage au moment de l’arrivée. La façade de la maison se rapprochait, me souriait. Quand je tournerais la clenche de la porte, je me glisserais dans son repli hospitalier, à l’abri du monde.