jadis

Sans toi

Lueur zébrure nuit encre

heure bleue horizon fermeture rien
que le ciel    rien
que la nuit    rien
à l’horizon    il me souvient tant
dans un jardin parfumé de jasmin

jadis

à l’heure tendre du crépuscule tendu de rose                                                                                                                                               le rossignol chantait                                                                et ton cœur battait contre le mien

ce temps n’est plus     il me souvient tant     pourquoi s’en est-il allé     ses ailes noires t’ont emporté     dans la nuit obscure je veux aller      pour te rejoindre et recommencer

jadis est une pierre précieuse         dans la nuit noire de la mémoire en deuil     de mille feux elle brille

jet d’eau de paroles et de larmes    qui disent et pleurent      l’absence                   faisceau de soupirs qui s’écoulent en silence     sur le seuil de la maison        vide           poignée de        pétales    éparpillés sur les marches

il me souvient tant      tant et tant de souvenirs          disparaissent et s’éteignent                                les bouquets de souvenirs    ont la beauté    d’un feu      d’artifice

Presque

Irruption d’un si petit fragment de réel passé dans le déroulé tranquille de mes occupations de rangement, petite feuille de papier pliée en quatre, papier chiffonné, usé, doux comme du coton, je range et je trie de vieux cartons qui m’ont été rapportés, ils viennent de mon ancienne vie, je reconnais deux ou trois objets que j’avais complètement oubliés, mais la mémoire, à leur vue, me revient immédiatement, comme c’est étrange, je les saisis entre mes mains comme la première fois, si longtemps après la première fois, face à face incroyable entre deux moi-même à des dizaines d’années de distance, voyage-retour-éclair dans le temps, oui, ce sont bien ces objets et il s’agit bien de moi, moi qui, à cette époque, il y a tellement longtemps… se peut-il?! L’amusement me gagne, je me rappelle les sentiments mêlés que m’inspiraient les personnes qui avaient l’âge que j’ai atteint aujourd’hui, je ne me sens pas si vieille, je pourrais même dire que je n’ai pas changé, je me reconnais même si… chut… ne plus, ne pas y penser, même si… il y a si longtemps, je n’aurais pas imaginé que!… Hélas… si j’avais pu ne pas… Chut! Cet immense territoire sauvage, cette jungle terrifiante dans laquelle je me suis perdue, ont été franchis, je les ai traversés et je suis ici, aujourd’hui précisément, occupée à trier et à ranger de menus objets et quelques feuillets qui me viennent de mon passé lointain avec une indéniable douceur, car… je reviens de si loin et la vie aujourd’hui est si légère, comme elle ne l’avait jamais été depuis, sans doute, les moments les plus privilégiés de mon enfance… d’où émerge soudain ce petit morceau de papier, feuillet sans importance qui, mille fois, aurait pu être froissé, jeté, déchiré, mais qui surgit aujourd’hui, à cet instant, au bout de mes doigts qui l’ont retiré d’une enveloppe où il avait été placé, où je l’avais vraisemblablement placé, jadis, au début de ma vie, pour qu’il traverse sans dommage toute cette épaisseur de temps… pour que je contemple, si longtemps après ta disparition, le tracé de ton écriture que je n’avais plus jamais eu l’occasion de lire et qui se présente à moi, aujourd’hui, comme s’il s’agissait de ta résurrection… mais tu n’es plus de ce monde et la vue de ton écriture que je reconnais entre toutes me procure une fausse joie qui me fait presque pleurer…