méditations

Condition humaine

Bouddha compassionnel
sourire
de la Joconde énigmatique
mystérieux visages
qui nous dévisagent
miroirs de nos douleurs, de nos laideurs
oasis, source, eau vive des yeux tristes de l’artiste

statue, tableau, simulacres, joies et peines absurdes, étincelles

étoiles scintillantes dans une nuit sans nom

rêves de beauté, de bonté, révolte, cris vains de l’écrivain muet

d´horreur

aujourd´hui, à l’instant, horribles nouvelles du jour

« Je » s’endort

Incohérence assoupissement mots couverts mots brouillés mots rouillés

ouvertures barrées faux sens faux souvenirs labyrinthe des sens

souvenir du souvenir conscience de l’oubli oubli de la vie souvenir de la mort

la vie dans un sommeil vie fatiguée vie mortifère je m’endors

entre les fils emmêlés démêlés de ma vie empêtrée empêchée

Je  s’échappe   Je  ne peut pas se retenir   Je ne retient rien

pensées incohérentes glissent dans un trou noir tourbillon

mes yeux se ferment répétition dernières pensées

Je

se meurt…

Un jour pour toujours

 

Je ferme les yeux
La tête appuyée contre mon poing fermé
Encore consciente
Pour combien de temps
Un jour je glisserai ainsi
Tout doucement je l’espère
Dans le grand sommeil inimaginable

Qui ferme la vie

Reconnaissance

Marie-Thérèse 1936

Lille, 1936, photo de Marie-Thérèse Keneut.

Elle était née en septembre 1920, elle est décédée en février 1974, c’était ma mère, et je me souviens encore, c’était il y a quarante ans.

Cette photo m’a été transmise il y a seulement quelques mois par mon frère via un cousin, et je ne sais pas vraiment pourquoi, je m’y suis reconnue au même âge, seize ans, une expression, un air, un regard, la silhouette, un je ne sais quoi…

Suzanne_Cécile_Marie-Thérèse

Suzanne et Marie-Thérèse, les deux soeurs, donnent le bras à Cécile, la future épouse de leur frère Marcel, et j’imagine que cette photo a été prise par mon oncle, heureux de photographier sa fiancée au milieu de ses soeurs.

Il me semble que cette photo me restitue une image vivante de ma mère pour avoir volé au continuum de la vie cet instant fugace où, jeune et gaie, elle m’offre si longtemps après, et évidemment sans le savoir, le cadeau d’elle-même.

Le coeur battant de la Mémoire

comme un métronome assourdi mais parfois assourdissant rythme de la vie tempo de l’oubli Je s’absente au rythme de ses souvenirs jeu fictionnel frictionnel de la mémoire la déchirure au cœur le cœur en bandoulière Je joue du banjo Je s’amuse avec Mnémosyne mimesis jeu sérieux jeu principal Je, prince de la Mémoire composition partition partage MIDI minuit nuit lumière Lucifer pièges tombeau de la Mémoire tombe eau de l’oubli flux clapotis de l’écoulement pulsation pluie de sensations oubliées qui tambourinent doucement contre les vitres de l’oubli écran écrin mettre à l’abri gouttes de souvenirs élixir poison douceur douleur émotions intactes refoulées passage interdit frontière infranchissable barricades insurrection passages souterrains terrain miné guerre et Paix combat mortel de la vie lutte à mort Mémoire vivante soubresauts soulèvements apaisement fatigue usure trame effilochée raccommodage va-et-vient de l’aiguille dessus dessous de-ci de-là vocalises voix voie Lactée regarder le ciel la durée du ciel depuis le big-bang TOUT d’un seul coup d’oeil en écoutant le chant des étoiles