protéger

Raison d’Etat

Page sombre

(Récit en cours d’écriture)

     Martin ne reçut plus aucune visite pendant plusieurs mois. Le ministère de l’Intérieur rendait compte à intervalles réguliers de la progression de l’enquête en organisant des conférences au cours desquelles on demandait à des experts de décrypter les paroles sibyllines de l’espion et d’évaluer le degré de dangerosité auquel nous étions exposés du fait de ses intrusions dans les systèmes de défense. Les informations distillées reprenaient presque mot à mot les confidences que Martin avait bien voulu me faire!… Aucune allusion cependant à ce que j’appelais le mythe de l’Atlantide, les Autorités préféraient manifestement s’en tenir à une version classique ou réaliste d’agent téléguidé par une puissance étrangère ou de mercenaire sans scrupule vendu à une organisation hostile… Et si Martin n’avait été qu’un simple lanceur d’alerte pris la main dans le sac? Le sort de ces personnes qui plaçaient l’intérêt général avant leur intérêt personnel et la tranquillité de leur existence n’était pas enviable. Elles tombaient sous les coups de la vindicte des puissants dès lors qu’un paravent de légalité protégeait les actions dévoilées, toutes frauduleuses ou immorales qu’elles fussent en réalité. On ne rigolait pas avec la préservation du secret, encore moins au ministère de la Défense, ce qui, d’une certaine façon pouvait se comprendre mais autorisait des dérapages dangereux pour la démocratie. Martin risquait de toutes façons quinze à vingt ans de prison, ce qui expliquait peut-être son obstination têtue à ne pas sortir du bois, à rester camouflé dans le flou de ses déclarations fantaisistes qui avaient le mérite de nourrir un véritable feuilleton médiatique autour de lui et de susciter une curiosité qui pouvait se révéler salvatrice, en sensibilisant  l’opinion à de possibles abus qui seraient commis contre lui au nom de la raison d’Etat…

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

    

Notre petite communauté

    

(fiction en cours d’écriture)

     Notre petite communauté est traversée par les clivages qui fractionnaient le monde depuis longtemps avant le début des grandes catastrophes. Dans cette vie antérieure qui était encore la nôtre quelques mois plus tôt, Sylvain avait été un Zadiste qui militait par l’exemple en cultivant son jardin – celui de l’Humanité – sur des terres préemptées par les collectivités publiques pour de grands projets que les écologistes jugeaient inutiles et néfastes pour la planète, c’est-à-dire, plus exactement, nuisibles à la vie, porteurs de mort. Il ne s’agissait pas seulement de protéger des espèces végétales et animales, quelques petites herbes ou bestioles comme on dirait des babioles! L’enjeu de ces luttes environnementales, qui avaient été initiées par les premiers militants verts dès la fin du vingtième siècle, était de protéger la vie, d’assurer la survie de l’espèce humaine. Evidemment, les tenants du productivisme, dont l’intérêt immédiat, pour des raisons diverses, était que rien ne change, avaient eu beau jeu de les accuser de catastrophisme, et les caricatures, hélas, avaient eu la vie dure! Du bobo parisien, hippie, éleveur de chèvres dans le massif central, à l’activiste révolutionnaire cagoulé des grandes manifestations altermondialistes, puis du zadiste embusqué fomenteur de troubles à l’ordre public, les images véhiculées par les médias et les partis politiques traditionnels de ces hommes et de ces femmes sincères qui avaient seulement eu le tort d’être plus lucides que leurs contemporains, avaient toutes eu en commun le dessein de discréditer les messages alarmants qu’ils lançaient à l’opinion, d’abord en les ridiculisant, puis, jouant sur les peurs, en les faisant passer pour des quasi terroristes…

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

L’impuissance des peuples

     Voilà, c’est exactement cela, je suis désespérée, je ne vois pas d’issue. Nous sommes pris au piège d’une machination qui nous dépasse, qui dépasse le pauvre entendement humain réduit à déplorer, à regretter de n’avoir pas pu comprendre, anticiper, éviter! Moi, pauvre individu parmi les autres, ballotée, hébétée, souffrante, stupide, acculée dans une impasse… N’étions-nous pas pourtant les plus nombreux, l’immense majorité des populations de la Terre à souhaiter le bonheur, à être du côté de la paix, de l’amour et de la vie? Pourquoi les démocraties, censées représenter la volonté du plus grand nombre, n’ont-elles pas réussi à nous protéger? Pourquoi cette impuissance des peuples, depuis la nuit des temps, à obtenir durablement la prospérité dans le souci de la justice, garante du bien commun? Il ne reste plus logiquement qu’à souhaiter la mort, rapide s’il vous plaît. Et, pour éviter une trop lente agonie, à préparer notre suicide. Quelle importance, puisque le destin commun est de mourir? Quelle importance, puisque de toute façon, petites fourmis qui vivons au ras de la terre, nous étions promis depuis toute éternité à l’écrasement? Martin a rejoint notre humanité au moment où celle-ci allait périr… Triste fin de l’Histoire, que personne n’imaginait ainsi.

     Drôle d’Histoire

     2055

De reculade en reculade

(fiction en cours d’écriture)

  L’humanité devait faire face à de fortes perturbations climatiques et géopolitiques qui conduisaient les dirigeants du monde occidental à se durcir contre la volonté même de leurs peuples. Les principes de liberté, d’égalité et de fraternité, chers à la République française, étaient de plus en plus ouvertement  bafoués. De reculade en reculade, les grandes institutions issues des Lumières, qui avaient été confortées après la seconde guerre mondiale par le Conseil national de la résistance, finissaient par être vidées de leur sens. Dans les autres grandes démocraties, les dégâts causés par le nouvel ordre qui se mettait partout en place étaient aussi gravissimes qu’en France. Sous le prétexte de protéger les citoyens, de nouvelles lois plus liberticides les unes que les autres étaient votées par des élites parlementaires de moins en moins responsables de leurs actes devant les peuples. Partout, une crise aiguë de la démocratie provoquait des protestations massives de la population, qui se contentait en général de manifester pacifiquement, mais la récupération de ces mouvements populaires par l’extrême-droite ou quelques groupuscules plus rares de la gauche révolutionnaire, en perte de vitesse depuis la fin du vingtième siècle, était brandie par les gouvernements pour justifier et amplifier la répression policière. A l’angoisse de l’électorat qui se réfugiait dans une abstention de plus en plus abyssale, l’élite politique répondait par l’incompréhension, par la peur et par la force.  Le monde devenait orwellien. Et nous, nous étions aveugles…

     Drôle d’Histoire

     2064