Instant
On posa une main sur son épaule
en équilibre sur une seconde difficilement extraite de la gangue du temps
l’éternité prenait les ailes d’un frôlement
Mots décousus
Moscou, Munich et Minsk par Jacques Sapir
Le processus de négociations sur l’Ukraine, dont la visite à Moscou de Mme Merkel et de M. François Hollande le 6 février a été un épisode, est clairement appelé à continuer. Ces deux dirigeants ont prévu de se rencontrer, le mercredi 11 février, à Minsk avec le Président Poutine et le Président de l’Ukraine, M. Poroshenko[1]. Les responsables des Républiques de Donetsk et de Lougansk seront aussi de la partie. On peut donc s’attendre à une négociation enfin sérieuse. Mais que la route est longue qui va de Moscou à Munich et de Munich à Minsk. Cette route nous renvoie aux pires moments de la Guerre Froide, que l’on croyait défunte.
Un parfum de guerre froide ?
Car c’est dans une situation très dégradée que cette négociation va s’engager. Pourtant, il est bon qu’elle s’engage. L’urgence humanitaire dans le Donbass l’exige, et la situation désespérée des…
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Entre la vie et la mort
Souffle silence veille frisson de la nuit oubli sommeil et songe abri réalité abolie le monde est neuf souffle vivant dans les plis de la nuit rideau épais froissé je me cache dans les plis de l’étoffe vous ne me voyez plus je vous vois présences insaisissables à pas feutrés à pas de loup la maison craque cambriolage ombres furtives ma mémoire se déplace discrets voleurs de mes souvenirs évanescence naissance ligne ou point de l’horizon ma vie résumée concentrée recentrée re
ultime renoncement convergence du silence pointe avancée de la conscience souffle léger soulagement de l’esprit qui ne saisit plus rien d’autre que la nécessité d’ex
intensité et joie étrange du consentement à l’oubli
ultime refuge dans les mensonges de la nuit
Je expire
Tu as le droit d’être toi
Ils ne comprennent pas tes larmes.
Parfois, c’est désarmant, les adultes tournent en boucle autour d’une seule idée :
— C’est de la comédie, il ne faut pas se laisser avoir.
Tes larmes coulent, et ils ne comprennent que cela, ils ne savent dire que cela, c’est leur seule défense, leur seule parade, il y a des années que je les observe, et ils n’ont que cette pauvre stratégie. Toujours la même. Elle est tellement usée qu’on devine leurs détresses inconsolées, et le béton brut qu’ils ont dû mettre par dessus. Je les regarde et je n’ai pas l’impression de leur ressembler. Je les regarde et je n’ai pas non l’intention que tu leur ressembles.
Tu pleures, parce qu’à l’école un enfant dans la cour t’a bousculée, c’est de la comédie, disent-ils, il faut t’endurcir, t’apprendre la vie, ajoutent-ils en se retournant vers moi, il ne faut pas se laisser avoir par tes pleurs, tu veux seulement le faire punir, voilà tout, et il faut bien t’apprendre la vie, et t’endurcir.
Je rassemble tes forces en te tenant dans mes bras, je te protège du bruit de leurs paroles, n’écoute pas, viens, pense à autre chose, pense seulement qu’on ne les a pas assez consolés quand ils étaient à ta place, et que cela, ils ne savent pas le faire parce que personne, jamais, ne les a consolés ; je t’assure que le monde n’est pas toujours comme ça, viens, oublie-les, même si le monde est comme ça, que le monde n’est pas tout entier comme ça, même s’il y a des gamins idiots et des adultes qui le sont encore plus, des adultes fossilisés dans leur idiotie de gamins idiots, ça me met en colère, tu sais, mais le monde n’est pas comme ça, le monde n’est pas tout entier comme ça, puisque toi, tu n’es pas comme ça. Il suffit que tu sois différente pour que le monde tout entier soit différent.
Tu pleures parce que tu ne veux pas mettre la tête sous l’eau. Ils disent que c’est de la comédie, qu’il faut te laisser avec eux, et qu’ils t’apprendront à mettre la tête sous l’eau. Ils disent que je dois te laisser, que c’est plus facile si je te laisse. Avec eux ? Et pourquoi ? Qu’est-ce que ça peut me faire, à moi, que tu ne veuilles pas, pas tout de suite, pas maintenant, que tu n’aies pas ton brevet d’aisance aquatique, comme ils disent, comme ils jargonnent, ce sont les mêmes tu sais, les premiers qui me reprocheront de jargonner parce que je parle d’objets anhoméomères et qui me demanderont si tu as ton brevet d’aisance aquatique, et qui prendront un air navré quand je leur dirai que tu adores prendre ton bain le soir et que tu y passes des heures, et que tu es très à l’aise avec le gel douche, surtout quand tu inventes de nouveaux parfums en les mélangeant tous, et que le brevet d’aisance aquatique, oui, moi, je te le donne, avec deux étoiles et un sourire.
Je rassemble mes forces. Le plus compliqué, c’est de te faire comprendre une chose, une seule. Tu as le droit. C’est tout. C’est tout simple. Tu as le droit de prendre quatre ans pour apprendre à nager, tu as le droit de t’embrouiller dans l’orthographe, et de confondre ce et se, et je te l’ai déjà dit, si tu arrives à avoir zéro et à ne pas pleurer, tu as un cadeau, j’aimerais tellement que tu t’en souviennes, tu as le droit de faire des bêtises, et de cacher mes clefs dans ta boîte à trésors, avec des carrés de chocolat et un échantillon de fond de teint, j’ai le droit de protester et tu as le droit d’expérimenter, tu as le droit de prendre du temps, tu as le droit de ne pas filer droit tout le temps, tu as le droit de musarder sur ta route, et d’en dessiner toi-même le déroulement à la surface du monde, et aussi de mettre du vernis à ongle pour aller à l’école, oui, même du vert pomme, tu as le droit de chaparder des biscuits dans le placard, et moi je te courrai après, petite voleuse, tu as le droit de ne pas être sage, tu as même ce droit-là. Tu as le droit d’être un enfant. Tu as le droit d’être toi.
Je me demande bien tout ce qu’on leur a interdit, à ces adultes, pour qu’ils soient devenus ce qu’ils sont.
1ère mise en ligne et dernière modification le 14 mai 2012.
Regarder le ciel
bleu limpide
transparence du ciel
élévation
Ciel-océan
à l’horizon du rêve
soif d’absolu
°°°°°
Nous remercions chaleureusement Angèle Casanova et Brigitte Célerier qui animent chaque mois les Rendez-vous des vases. Gratitude également à François Bon – et à son Tiers Livre – ainsi qu’ à Jérôme Denis – et son Scriptopolis – , tous deux à l’origine du projet des Vases Communicants : le premier vendredi de chaque mois, chacun écrit et publie sur le blog d’un autre de son choix, à inviter selon son envie. La circulation horizontale entend produire des liens autrement. Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. Si cette aventure vous intéresse, signalez-le au groupe dédié sur Facebook, sur Twitter et sur la page du Rendez-vous des vases qui vous permet aussi de vous promener à votre guise entre les textes.
De l’autre côté, la mer…
Naufrages
en bê
tes de somme enfour
chant la tumeur des trou
peaux grossissant la crou
pe des cargos tremblant
de tous leurs membres
des lueurs déplorent
à grosses larmes les épaves
font couler la mort
écou
te goutte à gout
te les plain
tes qui débordent
du désespoir de
ceux qui ne sont rien
Gemmes
Invisible
indivisible
indivi
du
reté de l’âme
de l’homme désert
immensité plaine
labourée d’étoiles
pour les non-voyants
semant la lumière






