Femmes: sommes-nous si peu nombreuses?

Un beau (double) regard sur le monde citadin et banlieusard.

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hghomme(85)

Le croquis n’est pas du jour. Par souci de parité j’ai recherché un homme et une femme.

Je vais devoir faire une recherche sur le blog et comparer dans les personnages figurés combien d’hommes et combien de femmes et cela après avoir fait le compte des images dans une revue (L’express du 30septembre au 6 octobre 2015) et y avoir constaté ceci: sur 167 photographies (ou dessins) 19 dont celle de couverture représentent les deux sexes, 22 des femmes seules ou à plusieurs, et 65 des hommes là aussi seuls ou en groupes. Pas de remarques sur les 61 publicités, c’est un autre problème.

La télévision nous propose des débats majoritairement masculins. Quoique cela évolue.

J’espère réceptionner demain de nouvelles lunettes , renouer avec la lecture délaissée depuis quelques temps et me consacrer à des auteurs femmes. Non par féminisme mais parce que les rayons de ma petites bibliothèque sont…

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Une vue de la selle : le présent et le futur du blog des Cosaques des frontières.

Merci à Jan Doets et à tous les amis Cosaques!

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Chers lecteurs fidèles du blog des Cosaques, refuge pour les dépaysés.

Vous avez vu, ces derniers jours, que trois auteurs  additionnels – Yan Kouton, Claude Enuset, Florence Noël – ont accepté de rejoindre les Cosaques en répondant positivement à mon invitation. J’ai renouvelé ma proposition auprès de 4 autres auteurs encore, qui ont également accepté de se joindre à nous. Leurs textes paraîtront pendant les semaines prochaines et, avec les premiers trois,  ils vous réservent de très belles surprises.

J’ai commencé ce blog collectif, il y a trois ans, soutenu depuis ses débuts par les auteurs que vous voyez dans le colophon, à gauche. C’est grâce à leurs efforts continus que le blog a atteint son niveau et sa stature actuels et je les en remercie profondément. Sans leur présence, je n’aurais pas osé inviter ces nouveaux excellents auteurs.

Le blog est suivi déjà par environ 300 lecteurs uniques mensuels et…

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La maison démolie

     Eté 2016: l’atelier d’écriture de François Bon

     Les grues s’étaient comportées comme des machines de guerre… Elle avait entendu le bruit mat des boulets qu’elles avaient lancés en balançant leur long cou de girafes… les trous s’élargissaient, des pans entiers de murs tombaient… des rideaux de poussière s’élevaient des gravats en voilant les pièces éventrées… un vide étrange apparaissait dans le sens vertical !… une fenêtre battait des ailes, encore accrochée à son support en chute… elle avait suspendu son souffle, comme pour retenir la vie… La gamine tente de m’expliquer… Nous sommes seuls, je ne sais pas d’où elle vient… Elle est si petite !… Je ne suis qu’un vieux marchand de jouets qui tient une boutique sur la plage au bord de l’océan… Depuis que je me suis retiré de la vie réelle, après de longs voyages, je me suis fabriqué un monde en miniature… Peut-être me fait-elle confiance parce que je la regarde comme une poupée ?… Je me tenais sur le seuil quand, de très loin, sa petite silhouette dansante m’a intrigué, je l’ai rejointe au bord des vagues. À mes premières questions, elle a répondu en faisant des pirouettes sur le sable mouillé, puis elle s’est mise à y tracer des lignes avec un bout de bois, et à décorer son dessin avec les coquillages et les galets ramassés sur la plage… J’ai reconnu sa maison, elle m’a fait entrer dans l’intimité de son logis reconstitué… Derrière cette fenêtre-ci ou cette fenêtre-là, sous la lampe de la chambre ou celle de la cuisine, dans un cône de lumière chaude qui réunissait la famille, les histoires entendues jadis, avant la démolition de la maison, continuent de lui fabriquer un abri de paroles qu’elle me donne en partage… Je fais connaissance avec sa mère, son père, ses frères et ses sœurs… Son oncle, un saltimbanque, jouait de l’harmonica, de l’accordéon et de la grosse caisse. Elle se souvient des coups de cymbale. Assise sur ses épaules, elle agitait des grelots pour ajouter leur son à ceux de l’homme-orchestre. Son père jouait du violon, la musique faisait partie des bagages de la famille. Elle me raconte par bribes son odyssée, je crois comprendre qu’elle a traversé le monde d’Est en Ouest, et je pense à mes propres voyages qui se déroulaient en sens inverse, d’Ouest en Est… nous aurions pu nous croiser… elle est là aujourd’hui devant moi, toute seule, comme une apparition, comme une hallucination… J’ai déposé ma veste sur le sol pour en faire un tapis moelleux qui nous isole de l’humidité du sable. Attirée par la chaleur de mon pull, elle se blottit contre moi. Chez elle, autrefois, on s’allongeait sur des coussins pour déguster de délicieux gâteaux… Tandis qu’elle me parle, son logis prend forme… Je l’accompagne d’une pièce à l’autre, j’ouvre puis je referme les portes, monte un escalier, traverse un couloir, entre dans une chambre, ouvre une fenêtre, ferme des volets… un nouvel escalier me conduit au grenier, je redescends jusqu’à la cave, en profite pour remplir un seau de charbon, remonte dans la cuisine… elle me précède en évoquant ou plutôt en invoquant (peut-être même en les convoquant) des personnages-fantômes qui s’installent peu à peu à la place qu’ils occupaient autrefois… La petite entre en imagination dans une maison qui n’existe plus, ses yeux continuent de voir des objets disparus, emportés par les habitants au moment de leur fuite ou broyés en même temps que les murs qui s’écroulaient… sa voix redonne la parole à des personnes absentes ou mortes qui reprennent vie, leur présence à nos côtés est presque palpable, j’esquisse le geste de les interpeller, je perds le sens de la réalité… La plage où nous sommes assis est déserte, la brise du soir nous caresse le visage, l’océan nous offre en fond sonore la pulsation de son ressac… J’écoute l’enfant avec une profonde attention, je laisse sa voix fluette me guider vers des régions inconnues… Mon coeur ne bat plus pour personne depuis si longtemps !… Quand la petite se tait, je la regarde avec inquiétude. Elle se perd dans des pensées tristes que je voudrais pouvoir effacer de la main sur son front… On dirait qu’elle ne trouve plus les mots de son histoire, et je l’appelle ma petite muette… son regard qui suit le vol d’une mouette revient alors vers moi et elle se met à rire… Un jour, son père avait fabriqué pour elle un pantin. Il l’avait accroché au-dessus de son lit. Le soir, avant de s’endormir, elle s’amusait à tirer sur la ficelle qui articulait ses membres. Elle aimait son pantin comme un ami. C’est à lui qu’elle se confiait quand elle avait un souci, comme le jour où elle avait appris que les autorités du pays voulaient démolir leur maison… Elle se tait, ses yeux sont remplis de larmes… j’ai la sensation de voir ses pensées se fracasser contre les murs détruits… elle ne connaissait pas le jour exact, un matin, la famille fut réveillée par de grands coups dans la porte, et l’enfant avait enfilé ses habits à toute vitesse, oubliant de décrocher son ami pour le mettre à l’abri dans le berceau de son sac… elle l’avait vu ensuite gesticuler contre le mur de sa chambre en train de s’effondrer… je voudrais tant l’aider à relever les ombres de sa vie ancienne !… La tristesse de ses souvenirs entre en résonance avec la mienne… de très lointaines réminiscences me reviennent bizarrement d’un passé que je croyais mort ou annulé, complètement annihilé… je comprends aujourd’hui comme jamais pourquoi j’avais désiré tout oublier !… La mémoire est comme une maison qui serait à la fois intacte et démolie. Les objets du souvenir restent à leur place, mais on ne peut plus les toucher… une sorte d’écran nous sépare de nos sensations… sous les coups de boutoir assenés par le temps comme par les véritables machines à détruire, les échafaudages intérieurs se disloquent en tentant de retenir intactes des constructions condamnées… L’enfant ne le sait pas encore… elle rassemble ses petites forces pour essayer de recoller les morceaux et de reboucher les trous… elle ne sait pas encore que l’entreprise est vaine, que les murs de la maison démolie ne se relèveront jamais, que son ami le pantin a définitivement disparu au milieu des gravats… En l’écoutant, je me promène au milieu des ruines de ma propre existence… je me souviens d’un pantin ou de son équivalent… je me souviens des guerres que j’ai subies et du désespoir qui en résulte… sa peine m’accable… par un étrange dédoublement, je me sens être cette petite fille mystérieuse venue d’ailleurs qui se blottit contre moi… j’ai le sentiment troublant que ses sentiments sont les miens, que son histoire rejoint la mienne… il y a si longtemps… dans une maison abandonnée dans les dunes… les mouettes rieuses paraissaient se moquer !… je jouais près d’un blockhaus… j’écoutais l’appel narquois des mouettes en rêvant de voyages et de grands horizons… ce qu’il s’est passé ensuite ?… je n’imaginais pas cela possible… ma mémoire à cet endroit est une sorte de trou noir qui a tout englouti…

Le dialogue impossible

      Eté 2016: l’atelier d’écriture de François Bon

     On marchait. Comme d’habitude, dans les rues de la ville, et puis on s’éloignait, on arrivait dans les faubourgs, au-delà desquels on finissait par atteindre ce qu’il restait de campagne, des morceaux de champs coincés entre des routes et des voies ferrées. Et comme d’habitude, on marchait sans rien dire. Ce qui n’empêchait pas d’essayer d’imaginer ce qu’il se passait dans la tête de l’autre… Lui, soixante ans, usé, plus vieux que son âge. Moi… ? Silence. Il ne m’avait jamais parlé. Je veux dire vraiment parlé. Nous marchions côte à côte comme nous avions vécu. À côté… Et ce silence pesait trois tonnes… Mais ce jour-là?… Ce n’était plus l’été, l’automne à peine installé n’annonçait pas encore l’hiver, l’air était léger, le soleil toujours timide dans ce pays semblait faire sourire la ville et le paysage… D’habitude… il n’y aurait plus jamais d’habitudes… en tout cas, plus celles-là… et l’atmosphère aurait dû en être plus lourde… en tout cas pour lui… vieux, usé, qui arrivait au bout de sa vie… et sans doute se sentait-il ce jour-là encore plus vieux que d’habitude, encore plus disqualifié, fini… définitivement incompris, à jamais hors jeu, anachronique dans les rues de la ville, jeté, exclu du paysage, il en serait bientôt de toute façon effacé, la Faucheuse le guettait, elle l’attraperait au prochain tournant, il le savait, le moment était très proche… Elle aussi, qui marchait à ses côtés ce jour-là, comme autrefois mais pas exactement comme d’habitude, elle le savait… elle, c’est-à-dire moi… mais comment l’expliquer?… en sa présence, elle n’était jamais elle, elle s’objectivait immanquablement sous son regard, se dédoublait sans le vouloir, le moi devenait elle, un sujet de mécontentent ou un objet de reproche, une entité bizarre, un être à mi-chemin entre la première et la troisième personne, elle en soi ou elle pour lui, il fallait qu’elle devienne une partie de lui, qu’elle soit un peu je en lui, qu’elle adopte son point de vue pour essayer de le comprendre, deviner ses questions, imaginer les réponses, se mettre à sa place, faire abstraction de son être à elle, car après tout, pourquoi vouloir rester soi?… Il avait les yeux dans le vague, il avait toujours eu les yeux dans le vague… comme si ce qu’il était au fond de lui ne coïncidait pas avec le film de sa vie, comme s’il y avait une sorte de décalage spatio-temporel entre son vécu et ce qu’il ressentait, comme si la vision était empêchée par un tressautement de la pellicule, un accident ou un incident mystérieux sur lequel il n’avait pas de prise… Elle ne disait rien… qu’aurait-elle pu lui dire?… il aurait pourtant aimé qu’elle lui parle… elle essayait, il s’en rendait compte, elle lui disait exprès des choses insignifiantes sur un ton des plus sérieux et même parfois grondeur quand elle abordait la question de sa santé qu’il n’avait pourtant pas l’impression de négliger… c’était bien qu’elle soit là, à côté de lui, comme avant, comme il y avait très longtemps… la vie passe si vite… on n’a pas le temps de dire ce que l’on voudrait dire… on n’a pas le temps de comprendre les choses de la vie… on n’a pas le temps d’apprendre à se comprendre… on n’a que le temps, parfois, de revivre certaines scènes… comme celle-ci… quand c’était lui qui marchait dans les rues de la ville à côté de son père… ils suivaient le même chemin qu’aujourd’hui… mais les faubourgs s’étendaient beaucoup moins loin, l’autoroute n’existait pas, les champs s’étendaient presque à perte de vue…

Éclats de voix

La joie se souvient…

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Silence piégé
dans l’air glacé
la joie se souvient

Un jour
une autre nuit
le souvenir est si doux

A la source des larmes
résurgence
de mots autrefois entendus

Douceur inouïe
dans le désert de la nuit
de ces paroles anciennes
aujourd’hui emmurées
dans le tombeau du temps

Des murmures s’échappent
et la joie se souvient
que dire
dos au mur
qui ne soit pas trop dur

Sous le regard de la lune
les larmes se figent
jaillissement inattendu
de l’eau claire d’une voix

Fragile oasis
mirage
l’étau de la nuit
enserre les tombeaux

Dans l’air glacé
comme une hallucination
la voix vole en éclats
l’écho résonne comme du cristal

Texte et image : Françoise Gérard

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