éphéméride.2

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

2 février

     Ciel gris, temps froid, la campagne est morne et la promenade abrégée.

     Veillée au coin du feu: senteur du bois, crépitement des flammes, spectacle fascinant au fond de l’âtre, rêverie qui m’absorbe du fond des âges, moi ici et, là-bas, il y a des dizaines de milliers d’années, homme ou femme des cavernes, ma soeur, mon frère, à la recherche d’un abri dans la nature hostile, même posture et même regard, paumes tournées vers la chaleur des flammes reflétées dans leurs/dans mes yeux, sans doute, si je pouvais me regarder… hypnose, les giclées d’étincelles attisent un feu étrange sous les fronts humains…

***

3 février

     Alors on a couru, alors il a fallu courir, alors on courait tant qu’à 14 heures passées, quand il a fallu sortir en catastrophe (et puis finalement non, ce n’était pas la peine), on était toujours en pyjama, en pull, on n’avait pas déjeuné, seulement petit-déjeuné, et repris un café, alors on a arrêté, à un moment, on a arrêté, on s’est arrêté, parce que ça ne sert à rien de vivre comme ça, et pour parler avec la voix dans le téléphone, on s’est installé au soleil, à regarder les nervures des feuilles en transparence dans la lumière d’hiver, et on a parlé, on n’a pas fait attention, et quand on a fini de parler, il était bien plus tard, et le plat dans le four avait brûlé, mais à quoi bon ?, alors on a étendu le linge et on est sorti, parce que c’était l’heure, parce que c’est comme ça.

***

éphéméride

éphéméride.1

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

    

2015

31 janvier

    Une fine pellicule de neige sur le sol ce matin, neige craquante et miroitante sous un grand soleil qui la fera fondre très probablement dans quelques heures…

     La neige a fondu et le soleil a disparu à l’image de nos vies qui fondent et disparaissent.

     Sur l’écran de ma mémoire, cinéma confidentiel, projection en noir et blanc des scènes de mon existence avec leurs parts d’ombre et de lumière. Impression que ma conscience danse et scintille comme les taches de lumière qui zèbrent la pellicule des vieux films. Sensation de légèreté en regardant les flocons qui recommencent à tourbillonner, ce soir, sous la clarté de la lune.

***

1er février

     Il aurait pu neiger mais il n’a pas neigé. Il était si facile d’imaginer dans l’air froid les mouvements des flocons dans l’air froid et épais. Quand je me suis levée, tous les possibles du jour étaient ouverts en éventail, et au fur et à mesure de la journée, ils se sont resserrés, ils ont rétréci, ils sont devenus de plus en plus étroits, jusqu’à se resserrer, n’être presque plus rien, jusqu’à me laisser me retirer du jour et de son absence, pour aller retrouver les rivages du soir.

      Il n’y eut presque rien à faire, sinon les lignes à écrire, et la musique à écouter. J’oublie que je sens encore dans la pulpe de mes doigts les cordes du violon et la répétition en boucle de cette phrase de Vivaldi.

     Il n’y eut presque rien à faire, sinon pour finir, quelques phrases en Anglais et la chaleur du four qui écartait l’hiver. Ce jour, comme un autre, va-t-il s’effacer ?

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Conseil européen. TISA, nouveau coup fourré.

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Il se trame dans les couloirs du Conseil européen en lien avec de puissances multinationales un nouveau coup fourré contre les citoyens et leurs biens communs.

Il s’agit d’un projet de traité de libéralisation des services, mis à jour par l’Humanité, le 25 juin 2014, après des révélations « wikileaks ». Son nom de code est TISA pour « Trade in Services Agreement »  ou « Accord sur le commerce des services » en français.

Voici que tombe entre nos mains un document déclassifié ces jours derniers, écrit à Bruxelles, le 8 mars 2013, classé « diffusion restreinte », portant sur un… « Projet de directive pour les négociations d’un accord plurilatéral sur le commerce des services » (1).

Ils sont persévérants dans les couloirs des institutions européennes ! Ils nous resservent l’accord général sur le commerce des services AGCS (General Agreement on Trade in Services ou Accord général sur le commerce des services). Ce projet a du être abandonné sous…

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Le vieil homme

Sur la peau de ce vieillard qui médite là-bas dans l’ombre de sa  pensée

alluvions et cailloux dans le lit de ses rides s’étalent en plages lisses ou dégringolent en tiges noueuses

le vent a soufflé le soleil a desséché la pluie a délavé ce bel arbre chenu qui tout doucement descelle ses racines

son regard clair et perdu coule entre les rivages de la vie et de la mort

étrange acteur de l’insaisissable il n’est plus que l’essence de l’homme qui a fini d’exister

il laisse à nos coeurs battants en guise de testament la géographie de son corps

 

Utopie

_ « Quand je regarde jaillir la flamme de mon briquet, je ressens, bizarrement, comme une espèce de joie… Pas seulement à cause de la cigarette que je vais fumer, non… C’est plus primaire… C’est le feu, tu comprends! »

Il y avait bien des différences d’appréciation sur l’état de la situation, la nature des actions à mener et, surtout, la tournure que prendraient les événements, il fallait tenir à tout prix, bien sûr, et obtenir l’augmentation des salaires, la réduction du temps de travail, la prohibition du chômage, les congés payés, les conventions collectives… Mais après ? Il y avait les réalistes, les pragmatiques, qui envisageaient sans états d’âme de mettre fin à la grève si tous ces points étaient acquis. Mais il y avait aussi les rêveurs, les défricheurs d’azur et utopistes de tous bords, qui ne voulaient pas reprendre le travail « comme avant ».

_ « Tu te vois, comme avant, en train de raser les murs au petit matin, de te glisser en vitesse dans le rang en saluant ton chef qui sera goguenard – tu t’es bien amusé pendant plusieurs semaines, mon gaillard, mais maintenant, la fête est finie, et moi, je suis resté le chef! – non, c’est impossible, je ne pourrai pas… »

 L’avenir improbable