à 4 mains

éphéméride.25

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

26 mars

     Lever les yeux, l’apercevoir, même si… tourner la tête dans la direction d’une fenêtre, le contempler, même si… fermer les yeux, le voir en soi, même si… Ne jamais l’oublier vraiment, même si… Se sentir perdu quand depuis trop longtemps, l’absence, le manque… quand depuis trop longtemps, l’enfermement, l’emprisonnement… quand depuis trop longtemps, l’immobilité, la maladie… quand depuis trop longtemps, l’hiver… Se contenter alors goulûment de peu… Voir la lumière à travers l’opacité de la brume… les vagues bleues de l’océan dans l’immensité du ciel… les horizons lointains derrière le cadre de la fenêtre… Et rêver, même si… étendre sur le monde l’immense d’une rêverie… Entendre le murmure des vagues, même si… courir sur le sable et croire au renouveau du monde, même si… se sentir éternel et parler avec les étoiles, accompagner leurs scintillements de nos battements de cils, même si… Avoir besoin de se laisser absoudre par l’immense, comme si…

***

27 mars

     Et puis tu sais, il y a parfois, on ne sait pas pourquoi, on ne sait même, une légèreté des jours, une légèreté de l’air, soudain, sans prévenir, un rayon de soleil, les pas dans la rue, presque dansés, des pas à la surface du sol, heureux, simplement, on ne sait pas pourquoi mais faut-il une raison pour être heureux ? Je nous lis, je nous relis, il y a la suite des jours, et la suite des impressions, et soudain je me rends compte que le bonheur revient, après la peine, les angoisses, les contrariétés, le bonheur revient, on ne sait pas pourquoi, on ne sait pas comment, c’est ainsi, le bonheur revient, à un moment, personne ne sait, mais c’est ainsi, le bonheur, alternance, alternance de faits, de dires, de gestes, de soupirs, de rires, d’insomnies, de rêves, et puis on ne sait pas pourquoi, on ne sait comment, mais soudain, le bonheur.

éphéméride

éphéméride.24

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

23 mars

     On guette les signes, on espère, on attend le renouveau annoncé par les fleurs de cerisiers, on ne peut pas s’empêcher d’anticiper des jours meilleurs, de souhaiter le temps à venir des cerises, c’est ainsi, l’espoir est enraciné en nous, désespérer serait déjà mourir… Même le gris et le noir se teintent des couleurs de l’espérance en ces jours obscurs qui voient monter les votes racistes et xénophobes. Les sans-voix veulent donner de la voix tandis que des hommes et des femmes sans scrupule brandissent pour eux un porte-voix qui dénature leurs véritables propos, ceux-ci n’étant en réalité que protestation contre l’injustice qui les prive des moyens de bien vivre. L’indifférence de la gent politique qui occulte ou minimise depuis des lustres les difficultés des plus pauvres conduit malheureusement ceux-ci à se tourner presque de bonne foi vers des meneurs de foule qui leur désignent des boucs émissaires. Ainsi courons-nous probablement au désastre dans l’irresponsabilité générale. Mais le pire n’est jamais certain, les bourgeons bourgeonnent et les fleurs fleurissent, la promesse des lendemains qui chantent est dans ces fleurs immenses qui s’ouvrent dans le temps pour accueillir l’ami(e)…

***

25 mars

     Et puis tu sais, il y a la mer, on la retrouve, il y a la mer, toujours, on oublie ce qu’elle est, on oublie son bleu, l’immense, on oublie trop facilement l’immense, et puis on la retrouve, on la croise, on la voit de nouveau, on se gorge de bleu, on l’absorbe, comme une plante absorbe la pluie, on absorbe l’immensité bleue, dont on ne revient pas, quand bien même elle serait seulement derrière la vitre d’un avion, derrière un carré de lumière, simplement cela, derrière un carré de lumière, double épaisseur, on devine un peu de givre, mais la mer, immense, bleue, et quelque chose de l’éternité qui nous parvient comme une effluve des possibles. Même si on ne peut pas enlever ses chaussures, poser ses pieds sur le sable frais, courir vers elle, même si… il y a la mer, on y revient, on la retrouve, on se sent comme une fleur tropicale sous la pluie, se gorgeant du monde de nouveau possible.

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éphéméride

éphéméride.23

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

20 mars

     Voilà bien une autre raison de devenir fou ! Ne pas coïncider avec soi-même, être emporté dans un flux d’activités déconnectées de ses aspirations les plus profondes auxquelles il est quasiment impossible de se soustraire car il faut gagner sa vie… Le temps passé au travail est si contraignant qu’il arrive trop souvent d’étouffer et de perdre pied devant l’absurdité d’une organisation qui confond la fin et les moyens.  Est-ce fatal ? Les gens malheureux au travail ont-ils fait de mauvais choix dont ils seraient seuls responsables? Il me semble plutôt qu’une certaine idéologie de la performance mal comprise (tellement mal que l’épuisement des ressources de la planète ou le réchauffement climatique en sont in fine la conséquence) agit de façon insidieuse pour culpabiliser, stigmatiser et rejeter non pas seulement les plus faibles, mais aussi n’importe quelle personne sensée animée de désirs qui ne relèvent pas de la machinerie implacable d’une technocratie aux intentions inavouables… Où l’on retrouve la complaisance inexplicable des serviteurs volontaires ? Et aussi le goût du pouvoir, l’orgueil et la bêtise de certains, qui ne regardent jamais le ciel ou se souviennent si peu de la douceur des soirs d’été de leur enfance?…

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21 mars

     On essaie. On tente. La possibilité du renouveau. Il n’y a aucune certitude, mais on essaie, on tente. On sort. Le vent est aigre et déçoit du printemps, qu’on venait chercher. Une silhouette habillée de couleurs vives, une femme d’un certain âge, peut-être, sans doute moins qu’on ne lui donne en la croisant, vend, dans une bassine violette, des bouquets de jonquilles, réguliers et semblables. On tente de croire au printemps. On avance, on sort, un pas puis l’autre, les arbres, entre les immeubles, ont commencé à fleurir, deviennent des bouquets de fleurs, on se laisse porter, par les pas et le jour, les pas traversant le jour, on se laisse porter, dans les deux heures qui viennent, imprévues, et laissées au hasard. Le jour, pour une fois, est sans obligation. Presque sans rien, ou si peu. On a presque un peu de temps pour photographier les lieux et le temps. On attend un rivage, celui du soir peut-être, celui d’un café, le soir tombant, un suspension, où une conversation purement amicale s’ouvre comme une fleur immense dans le temps.

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éphéméride

éphéméride.22

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

17 mars

     Se tenir la main, voilà, notre humanité, c’est exactement cela, se tenir la main, tu viens de l’exprimer, de le révéler par ces quelques mots presque insignifiants qui condensent pourtant l’essentiel de notre condition humaine, nous ne comprenons rien et nous ne comprendrons jamais rien, mais nous pouvons et nous pourrons toujours, autant de fois que nous le souhaitons, même maladroitement, même si trop souvent il arrive de se raidir, d’hésiter et de refuser, il reste possible néanmoins de se tenir la main, dans les larmes comme dans la joie, et cette consolation ou ce partage nous aident à supporter la vie, nous font tenir debout, nous empêchent de nous effondrer complètement alors que tout autour de nous s’écroule, notre humanité, elle, résiste, personne ne peut vraiment l’expliquer, l’amour ne s’explique pas, la fraternité n’a pas besoin d’explications, elle est la main chaleureuse qui tient l’autre main dans la sienne, réciprocité totale et gratuite, don de soi s’écroulant et s’enfonçant dans les sables mouvants, abandon à l’autre qu’il est possible de rejoindre au plus profond de son propre désarroi, horizontalité des mains tendues qui tentent de résister aux lois de la pesanteur, horizontalité des phrases écrites qui tentent de compenser les flots de larmes qui s’écoulent sur la plage des joues, merci, ami(e) poète, pour tout ce que tu as déjà écrit, pour tout ce que tu écris et écriras encore, merci pour la force horizontale de tes phrases, pour tous ces mots que tu viens d’écrire tard dans la nuit…

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19 mars

     Malgré les phrases, malgré la possibilité des phrases, malgré l’amitié et la douceur fraternelle des êtres, parfois tension pure, béton gris du monde, le téléphone sonne, interrompt les élans, les pensées, coupe court, un courrier électronique tombe, qu’il faut résoudre, tension pure, il faut répondre, les saccades nous épuisent, alors on respire à peine, on ne parvient pas, à trouver le souffle, les phrases, le parlé, on répond, on fixe, les dates, les rendez-vous, on restreint, les possibles, les ouvertures, on raye, les ouvertures, on ferme, on étouffe, on supporte l’adversité, les agressions, les coups bas, puis on ressort, élan, c’est fini, on ressort, on remonte, à la surface des rêves, on avait oublié comme on a besoin de l’air doux du monde, et de la caresse du soleil, et comme on aime depuis longtemps l’odeur du fenouil sauvage, comme autrefois dans les crépuscules des étés de l’enfance ; alors seulement, dans cette douceur du soir, il redevient possible de revenir aux phrases, de revenir au lien tissé de langage, à ce qui porte, qui mène dans le monde, qui ouvre un sillage comme un bateau qui caresse la mer, et permet les élans. Il redevient possible, alors seulement, de retrouver son souffle, de retrouver l’équilibre, de se tenir debout dans le monde, de retrouver le mouvement du vent et des nuages qui ouvrent l’espace, alors seulement, il redevient possible, d’être, dans la confiance retrouvée. Lien au monde, tissé de langage et de présences fraternelles, sans lesquelles il ne pourrait être.

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éphéméride

éphéméride.21

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

15 mars

     Pourquoi le monde est-il si beau ? Pourquoi la beauté des fleurs des amandiers est-elle si tendre ? Pourquoi le printemps renouvelle-t-il la vie? Pourquoi la vie ? Pourquoi ma vie dans la Vie? Quel est ce principe de bonté qui enfante le monde en le faisant mourir ? Quelle est cette beauté de l’orage qui me foudroie ? D’où vient la chaleur de la neige dont les cristaux de glace émerveillent mon regard ? Que nous apprend la chute ascensionnelle des pétales de fleurs des cerisiers ? Pourquoi tant de pourquoi ? Pourquoi donc ? Pourquoi ? Je ne sais rien mais je sens et je ressens, je ressens de toutes mes forces que je refuse la laideur, la souffrance et la mort, que je désire la beauté, la bonté, l’amour et la vie, l’amour de la vie, non pas l’éternité, non, mais l’instant éternel, l’acmé ! Vertige de l’écart entre le monde que je désire et la face noire de sa réalité, vertige de cet écart incompréhensible et douloureux qui me fait chavirer le coeur ! Sensation irrésistible de vertige qui pourrait me conduire à la folie, car la double réalité du monde m’est insupportable… je voudrais tant camper sur la seule partie du monde qui me convient et, au risque de perdre la tête, ne plus regarder que le beau et le bon!

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16 mars

     Noirceur pure du chagrin. Puis nous avons discuté tard dans la nuit. J’ai constaté que la souffrance des uns réveille en écho celle des autres. Que les souffrances qu’on croit endormies, sédimentées sous des strates de volonté, déclenche d’étranges effondrements de soi qu’on n’attendait pas, on tente de trouver les mots pour orienter l’autre vers son avenir, pour le lui rendre, on tente de lui tenir la main pour le sortir des sables mouvants de son désarroi, et on perd pied en soi, on se retrouve à vif, avec des larmes plein les yeux, qu’on tente de retenir, d’empêcher de couler, mais il faut croire à la force de la pesanteur mène le chagrin à sortir de nous, que la forme de nos joues est ainsi faite qu’elle laisse couler les larmes, je n’y comprends rien, une fois de plus, je n’y comprends, et quelque chose se manifeste, de profond et de vaste, qui doit être notre humanité.

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éphéméride

éphéméride.20

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

13 mars

     Il n’y avait plus au-dessus de lui que le ciel, un ciel voilé, mais très haut, immensément haut, où flottaient doucement des nuages gris. « Où est-il, ce ciel sans fond qui m’était jusqu’alors inconnu? » La contemplation du ciel délivre soudainement de toutes ses préoccupations antérieures le prince André Bolkonski qui vient de tomber sur le champ de bataille. Laissé pour mort, il découvre avec une sensation d’apaisement extraordinaire que ce qu’il croyait important est en réalité inessentiel, j’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal. Il n’est pas si facile de se laisser emporter par des semelles de vent, de résister à l’air du temps, de refuser de se laisser dicter l’emploi du temps de sa vie. Nous sommes lourds, nous marchons avec des semelles de plomb car le poids du quotidien nous soustrait à nous-mêmes. Alors, quand survient une épiphanie, l’extase qui nous saisit nous remet paradoxalement au centre de notre être, comme si nous étions faits pour la joie, dans la lumière du monde. Et toi, ami(e) poète, tu déposes des mots ailés, des mots légers, sur mon coeur…

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14 mars

     On marche sur une ligne ténue, on essaie de se tenir en équilibre, on se tient en vertige sur la possibilité de demain, parfois la main se crispe, et les tendons apparaissent sous la peau veinée de bleu, on se tient à cette affirmation, il y a un demain, les fleurs des amandiers se balancent dans le vent froid, on n’est plus sûr de rien, les pétales s’envolent sous le ciel blanc comme une neige, les pétales des amandiers, comme une neige, s’envolent vers le ciel blanc, on voudrait continuer à croire à la possibilité du renouveau, on regarde les narcisses qui oscillent, et s’abandonnent au souffle du temps, on s’en tient à aujourd’hui, comme la veille d’un autre jour, on le traverse, en regardant les motifs alternés de noir et de blanc sur les tours du clocher, on rêve des influences lointaines et de voyage, il y a un interstice dans lequel trouver du beau, encore une fois, dans chaque jour.

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éphéméride

éphéméride.19

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

10 mars

     Il faut s’en tenir à cette incertitude, la vie gagne, assurément la vie gagne à chaque fois que nous en prenons soin, par nos gestes minuscules, par nos gestes d’autant plus minuscules qu’ils se montrent attentifs à la fragilité, qu’ils se retiennent de tout casser, qu’ils se retiennent, par exemple, de détruire les cabanes de pauvres gens qui n’ont pas d’autre abri sous le ciel que ces quelques planches disjointes, mais que l’on pourchasse pourtant parce qu’ils sont migrants, parce qu’ils sont Roms, en ajoutant ainsi encore plus de souffrance à leur déjà si grande souffrance ! Beauté de ces personnes qui continuent à croire en la lumière malgré les ténèbres de leur malheur et rêvent pour leurs enfants d’une vie meilleure! Admiration devant ces personnes qui, plus que toute autre, accomplissent jour après jour les gestes si minuscules qui aident à préserver la vie, et déploient au loin plus que toute autre les rêves qui la rendent supportable ! Sentiment de fraternité avec ces personnes, car leur fragilité est bien évidemment aussi la mienne, comment pourrais-je oublier que ma vie serait détruite de la même façon que la leur si le hasard de la naissance m’avait placée à leurs côtés? Lumières obliques, les ombres s’allongent et guettent à nouveau d’autres ombres, j’entends de nouveau le rossignol chanter, si pure est sa mélancolie, si bouleversant est son chant mélodieux qui semble venir d’un autre monde effaçant les douleurs ! La vie gagne, assurément, à chacun de nos gestes d’amour…

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12 mars

     Tu m’as fait penser à ces bribes de phrases, tu sais, celles si belles qu’on emporte avec soi, ces bouts de poésie, ces bouts de poèmes qu’on emporte, ces fragments qu’on garde au chaud contre soi, qu’on garde tout contre soi, qui nous tiennent chaud, Hermès aux pieds légers, tu sais ces phrases qu’on a en soi, qui nous habitent, le souffle du vent, on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans, tu m’as fait penser aux semelles de vent, à ceux qui vont à la surface du monde, sans rien qui pèse ou qui pose, à la légèreté, cette qualité unique de notre pas à la surface du monde, cette qualité rare de nos pas, de notre marche, ce qu’il nous faut pour traverser le monde, un peu de légèreté, du vent dans les cheveux, juste cela, cela seulement, soudain on ne sait pas pourquoi, on ne s’y attend pas mais on se retrouve à l’essentiel, on retrouve place dans le monde, on est à l’essentiel, tout va mieux, on est débarrassé de l’inessentiel, on a repris pied dans la vie. Ce n’est pas si facile, parfois.

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éphéméride

éphéméride.18

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

8 mars

     Oui, on y va, de tout notre cœur, on y va, est-il seulement possible de ne pas y aller, de ne pas souhaiter aller vers la lumière, vers la lumière du printemps qui arrive, métaphore de nos espoirs, d’un recommencement impossible ou d’un possible commencement?… On y va, je t’accompagne, tu m’accompagnes, je ne sais pas exactement où et toi non plus, je ne sais pas vraiment comment y aller, toi non plus, mais n’en avons-nous pas cependant une idée assez claire qui nous vient de la lumière elle-même? Qui donc, en effet, pourrait souhaiter ne pas laisser derrière lui le gris, le noir, l’incolore, le détruit, les ruines de soi, des autres, du monde ? Et qui oserait préférer le déchaînement du mal, de la maladie, de la souffrance, de la guerre, de l’horreur absolue ? Personne, n’est-ce pas ? N’est-il pas évident que personne ne peut souhaiter cela ? Que personne, que presque personne ne le souhaite à personne?… Alors, viens, je t’accompagne, et faisons comme si… comme si le mal, le laid, l’ignoble, pouvaient ne pas exister et comme si personne n’en était parfois au moins un peu responsable… Viens et faisons comme si tu y croyais vraiment et moi aussi, comme si toutes nos aspirations explicites et secrètes pouvaient se réaliser, comme si nous pouvions toujours rire dans le soleil et nous laisser éclabousser par les vagues bleues de l’océan et du ciel!… Comme si nous pouvions oublier, ne serait-ce qu’un peu, tout ce qui nous entrave et nous fait souffrir… car, regarde… La lumière !…

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9 mars

     Le mouvement se déploie, il ne peut pas ne pas se déployer, on s’obstinera autant qu’il le faudra, il se déploiera, on se tient à lui, on s’en tient à lui, les jours s’allongent dans les ombres redevenues douces du crépuscule. J’ai ressorti les plantes que j’avais abritées du froid de l’hiver dans la grande pièce lumineuse et claire. Elles avaient cru à un premier printemps et avaient répondu par une exaltation verte et tendre à la chaleur artificielle de cet espace. J’étais ennuyé, chiffonné de les leurrer sur un printemps possible, il y a assez de souffrance dans le monde pour ne pas en inventer, même d’infimes, ne serait-ce que d’infime, il n’est pas toujours possible d’en ôter, mais on peut au moins se tenir sur une ligne, se tenir en deça d’une ligne, où on n’en ajoute pas la moindre parcelle, et je craignais pour elles les effets de ce leurre, c’était une préoccupation minuscule, mais la vie, après tout, est tissée de ces préoccupations minuscules. Puis je me suis souvenu que la vie gagne. Assurément la vie gagne. Je ne sais pas très bien, je ne sais pas tout à fait ce que cela veut dire, mais il y a cette force de vie, tournée vers la vie, cette force en nous refusant les ténèbres. Il faut s’en tenir à cette incertitude. Les branches du laurier oscillent dans le vent. Il suffit de s’en tenir à cette incertitude. Lumières obliques. Le soir commence à allonger les ombres et les rêveries au loin, dans les vibrations revenues.

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éphéméride

éphéméride.17

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

6 mars

     Ce soir, en fermant les volets à la tombée du jour, cette révélation soudaine, par une certaine qualité de l’air et de la lumière, que le printemps s’annonce, alors que mes activités de la journée m’avaient privée d’une certaine façon de sens, puisque je n’avais rien remarqué, rien vu, rien senti. Je suspens mon geste de refermer la fenêtre, j’accorde ma respiration à l’air plus léger, je laisse monter les senteurs de la terre… Je m’étonne de constater que la substance de la lumière est devenue transparente, et je me surprends à sourire, une infinie douceur se dépose sur le monde…

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7 mars

     C’est vrai, on va revivre ? Enfin, tu crois ? C’est possible, on y est presque. Tu crois, on va revivre ? On va sortir dans la rue, aller au soleil, marcher d’un pas léger, tu crois, on va revivre ? Parce que, moi, je n’en peux plus. On va partir, sortir, aller, laisser derrière soi le gris, le noir, l’incolore, le sombre, le détruit, les ruines de soi et de ses espoirs, tu crois ? Tu y crois aussi ? Parce que si je suis seul à y croire, ce sera difficile et étrange et insignifiant de se retrouver — seul — au milieu du monde vide … Alors c’est vrai, tu crois, tu viens, on y va, on sort, on oublie, on marche, on court, pieds nus, sur le sable froid, l’eau est glacée mais qu’importe ?, tu viens ?, on court, on sort, on danse, on rit, on rit aux éclats, on éclate de rire au soleil ?

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éphéméride