renouveau

Au pied de mon arbre

Cinquième jour de participation au challenge « photos de la nature » qui m’a été lancé par Brigitte Célérier à l’initiative de Françoise Renaud, et que je remercie. Uniquement des photos prises par moi, c’est le but du jeu. J’invite Dominique Hasselmann à prendre le relais (sans obligation!) chaque jour pendant 7 jours pour partager une photo prise et choisie par lui sur le thème de la nature…

éphéméride.24

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

23 mars

     On guette les signes, on espère, on attend le renouveau annoncé par les fleurs de cerisiers, on ne peut pas s’empêcher d’anticiper des jours meilleurs, de souhaiter le temps à venir des cerises, c’est ainsi, l’espoir est enraciné en nous, désespérer serait déjà mourir… Même le gris et le noir se teintent des couleurs de l’espérance en ces jours obscurs qui voient monter les votes racistes et xénophobes. Les sans-voix veulent donner de la voix tandis que des hommes et des femmes sans scrupule brandissent pour eux un porte-voix qui dénature leurs véritables propos, ceux-ci n’étant en réalité que protestation contre l’injustice qui les prive des moyens de bien vivre. L’indifférence de la gent politique qui occulte ou minimise depuis des lustres les difficultés des plus pauvres conduit malheureusement ceux-ci à se tourner presque de bonne foi vers des meneurs de foule qui leur désignent des boucs émissaires. Ainsi courons-nous probablement au désastre dans l’irresponsabilité générale. Mais le pire n’est jamais certain, les bourgeons bourgeonnent et les fleurs fleurissent, la promesse des lendemains qui chantent est dans ces fleurs immenses qui s’ouvrent dans le temps pour accueillir l’ami(e)…

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25 mars

     Et puis tu sais, il y a la mer, on la retrouve, il y a la mer, toujours, on oublie ce qu’elle est, on oublie son bleu, l’immense, on oublie trop facilement l’immense, et puis on la retrouve, on la croise, on la voit de nouveau, on se gorge de bleu, on l’absorbe, comme une plante absorbe la pluie, on absorbe l’immensité bleue, dont on ne revient pas, quand bien même elle serait seulement derrière la vitre d’un avion, derrière un carré de lumière, simplement cela, derrière un carré de lumière, double épaisseur, on devine un peu de givre, mais la mer, immense, bleue, et quelque chose de l’éternité qui nous parvient comme une effluve des possibles. Même si on ne peut pas enlever ses chaussures, poser ses pieds sur le sable frais, courir vers elle, même si… il y a la mer, on y revient, on la retrouve, on se sent comme une fleur tropicale sous la pluie, se gorgeant du monde de nouveau possible.

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éphéméride

Tu m’as sauvée de l’absurde

Isabelle Pariente-Butterlin

 

Plus tard, tu comprendras l’absurde du printemps.

À date fixe, même s’il y a parfois quelques variations, le monde redevient neuf et nouveau. Il le prétend. Prétend au renouveau. Comme s’il refaisait chaque année, à date fixe, une promesse. Comme si nous ne nous enfoncions pas en nous-mêmes, toujours un peu plus loin.
À date fixe, on cherche la douceur du soir. On ne se couvre pas assez pour remonter le soir. À date fixe, comme si l’espoir revenait, on marche dans les rues, et il se met à pleuvoir. Le pollen retombe sur le sol. On cherche des impressions enfouies en soi. Elles y sont. On a tort de les chercher dans le monde.

Je ne te souhaite pas d’en sentir l’absurde mais peut-être, il te sera difficile de ne pas fissurer un peu ton monde.

Je ne sais pas s’il est possible d’y échapper. Je ne sais pas s’il est possible de ne pas sentir quelques lézardes qui se dessineront dans les certitudes des vingt ans. De continuer sans failles en toi. Je ne sais pas comment tu feras.
Sans doute, tu feras autrement. Tu passeras dans d’autres villes, et tu porteras d’autres attentes. Tu attendras d’autres départs. Je préférerais que tu ne sentes pas cet absurde, et que tu ne l’entendes pas crisser sous tes pas, mais je ne peux pas t’en protéger. Je n’y peux rien. Je m’en débrouille si mal. Je préférerais que tu ne sentes pas l’aigreur du soir, ni celle de la neige fondue.

Plus tard, tu comprendras certainement que tu m’as sauvée de l’absurde chaque fois que tu as mis ta main dans la mienne.

Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 20 mars 2012.