éphéméride.22

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

17 mars

     Se tenir la main, voilà, notre humanité, c’est exactement cela, se tenir la main, tu viens de l’exprimer, de le révéler par ces quelques mots presque insignifiants qui condensent pourtant l’essentiel de notre condition humaine, nous ne comprenons rien et nous ne comprendrons jamais rien, mais nous pouvons et nous pourrons toujours, autant de fois que nous le souhaitons, même maladroitement, même si trop souvent il arrive de se raidir, d’hésiter et de refuser, il reste possible néanmoins de se tenir la main, dans les larmes comme dans la joie, et cette consolation ou ce partage nous aident à supporter la vie, nous font tenir debout, nous empêchent de nous effondrer complètement alors que tout autour de nous s’écroule, notre humanité, elle, résiste, personne ne peut vraiment l’expliquer, l’amour ne s’explique pas, la fraternité n’a pas besoin d’explications, elle est la main chaleureuse qui tient l’autre main dans la sienne, réciprocité totale et gratuite, don de soi s’écroulant et s’enfonçant dans les sables mouvants, abandon à l’autre qu’il est possible de rejoindre au plus profond de son propre désarroi, horizontalité des mains tendues qui tentent de résister aux lois de la pesanteur, horizontalité des phrases écrites qui tentent de compenser les flots de larmes qui s’écoulent sur la plage des joues, merci, ami(e) poète, pour tout ce que tu as déjà écrit, pour tout ce que tu écris et écriras encore, merci pour la force horizontale de tes phrases, pour tous ces mots que tu viens d’écrire tard dans la nuit…

***

19 mars

     Malgré les phrases, malgré la possibilité des phrases, malgré l’amitié et la douceur fraternelle des êtres, parfois tension pure, béton gris du monde, le téléphone sonne, interrompt les élans, les pensées, coupe court, un courrier électronique tombe, qu’il faut résoudre, tension pure, il faut répondre, les saccades nous épuisent, alors on respire à peine, on ne parvient pas, à trouver le souffle, les phrases, le parlé, on répond, on fixe, les dates, les rendez-vous, on restreint, les possibles, les ouvertures, on raye, les ouvertures, on ferme, on étouffe, on supporte l’adversité, les agressions, les coups bas, puis on ressort, élan, c’est fini, on ressort, on remonte, à la surface des rêves, on avait oublié comme on a besoin de l’air doux du monde, et de la caresse du soleil, et comme on aime depuis longtemps l’odeur du fenouil sauvage, comme autrefois dans les crépuscules des étés de l’enfance ; alors seulement, dans cette douceur du soir, il redevient possible de revenir aux phrases, de revenir au lien tissé de langage, à ce qui porte, qui mène dans le monde, qui ouvre un sillage comme un bateau qui caresse la mer, et permet les élans. Il redevient possible, alors seulement, de retrouver son souffle, de retrouver l’équilibre, de se tenir debout dans le monde, de retrouver le mouvement du vent et des nuages qui ouvrent l’espace, alors seulement, il redevient possible, d’être, dans la confiance retrouvée. Lien au monde, tissé de langage et de présences fraternelles, sans lesquelles il ne pourrait être.

***

éphéméride

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