éphéméride.19

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

10 mars

     Il faut s’en tenir à cette incertitude, la vie gagne, assurément la vie gagne à chaque fois que nous en prenons soin, par nos gestes minuscules, par nos gestes d’autant plus minuscules qu’ils se montrent attentifs à la fragilité, qu’ils se retiennent de tout casser, qu’ils se retiennent, par exemple, de détruire les cabanes de pauvres gens qui n’ont pas d’autre abri sous le ciel que ces quelques planches disjointes, mais que l’on pourchasse pourtant parce qu’ils sont migrants, parce qu’ils sont Roms, en ajoutant ainsi encore plus de souffrance à leur déjà si grande souffrance ! Beauté de ces personnes qui continuent à croire en la lumière malgré les ténèbres de leur malheur et rêvent pour leurs enfants d’une vie meilleure! Admiration devant ces personnes qui, plus que toute autre, accomplissent jour après jour les gestes si minuscules qui aident à préserver la vie, et déploient au loin plus que toute autre les rêves qui la rendent supportable ! Sentiment de fraternité avec ces personnes, car leur fragilité est bien évidemment aussi la mienne, comment pourrais-je oublier que ma vie serait détruite de la même façon que la leur si le hasard de la naissance m’avait placée à leurs côtés? Lumières obliques, les ombres s’allongent et guettent à nouveau d’autres ombres, j’entends de nouveau le rossignol chanter, si pure est sa mélancolie, si bouleversant est son chant mélodieux qui semble venir d’un autre monde effaçant les douleurs ! La vie gagne, assurément, à chacun de nos gestes d’amour…

***

12 mars

     Tu m’as fait penser à ces bribes de phrases, tu sais, celles si belles qu’on emporte avec soi, ces bouts de poésie, ces bouts de poèmes qu’on emporte, ces fragments qu’on garde au chaud contre soi, qu’on garde tout contre soi, qui nous tiennent chaud, Hermès aux pieds légers, tu sais ces phrases qu’on a en soi, qui nous habitent, le souffle du vent, on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans, tu m’as fait penser aux semelles de vent, à ceux qui vont à la surface du monde, sans rien qui pèse ou qui pose, à la légèreté, cette qualité unique de notre pas à la surface du monde, cette qualité rare de nos pas, de notre marche, ce qu’il nous faut pour traverser le monde, un peu de légèreté, du vent dans les cheveux, juste cela, cela seulement, soudain on ne sait pas pourquoi, on ne s’y attend pas mais on se retrouve à l’essentiel, on retrouve place dans le monde, on est à l’essentiel, tout va mieux, on est débarrassé de l’inessentiel, on a repris pied dans la vie. Ce n’est pas si facile, parfois.

***

éphéméride

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