éphéméride.23

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

20 mars

     Voilà bien une autre raison de devenir fou ! Ne pas coïncider avec soi-même, être emporté dans un flux d’activités déconnectées de ses aspirations les plus profondes auxquelles il est quasiment impossible de se soustraire car il faut gagner sa vie… Le temps passé au travail est si contraignant qu’il arrive trop souvent d’étouffer et de perdre pied devant l’absurdité d’une organisation qui confond la fin et les moyens.  Est-ce fatal ? Les gens malheureux au travail ont-ils fait de mauvais choix dont ils seraient seuls responsables? Il me semble plutôt qu’une certaine idéologie de la performance mal comprise (tellement mal que l’épuisement des ressources de la planète ou le réchauffement climatique en sont in fine la conséquence) agit de façon insidieuse pour culpabiliser, stigmatiser et rejeter non pas seulement les plus faibles, mais aussi n’importe quelle personne sensée animée de désirs qui ne relèvent pas de la machinerie implacable d’une technocratie aux intentions inavouables… Où l’on retrouve la complaisance inexplicable des serviteurs volontaires ? Et aussi le goût du pouvoir, l’orgueil et la bêtise de certains, qui ne regardent jamais le ciel ou se souviennent si peu de la douceur des soirs d’été de leur enfance?…

***

21 mars

     On essaie. On tente. La possibilité du renouveau. Il n’y a aucune certitude, mais on essaie, on tente. On sort. Le vent est aigre et déçoit du printemps, qu’on venait chercher. Une silhouette habillée de couleurs vives, une femme d’un certain âge, peut-être, sans doute moins qu’on ne lui donne en la croisant, vend, dans une bassine violette, des bouquets de jonquilles, réguliers et semblables. On tente de croire au printemps. On avance, on sort, un pas puis l’autre, les arbres, entre les immeubles, ont commencé à fleurir, deviennent des bouquets de fleurs, on se laisse porter, par les pas et le jour, les pas traversant le jour, on se laisse porter, dans les deux heures qui viennent, imprévues, et laissées au hasard. Le jour, pour une fois, est sans obligation. Presque sans rien, ou si peu. On a presque un peu de temps pour photographier les lieux et le temps. On attend un rivage, celui du soir peut-être, celui d’un café, le soir tombant, un suspension, où une conversation purement amicale s’ouvre comme une fleur immense dans le temps.

***

éphéméride

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