Galets de mots sur la page
le vent souffle sur le sable
érosion des sens
souffler
Mozart assassiné
Louis vient de se lancer avec virtuosité dans l’interprétation d’une sonate de Mozart. Je voudrais rester isolée à jamais dans cette bulle sonore résiduelle qui semble jeter un pont entre le temps d’avant et l’après de la gigantesque catastrophe qui a soufflé nos vies, alors que la frontière est infranchissable, alors que nous sommes dans l’impensable du plus jamais, entre désir d’oubli et déni, aux confins de la folie qui menace de nous dévorer… Mon Dieu, se peut-il ? Que nous est-il arrivé ? Est-il possible que l’esprit humain qui a été capable de cette musique nous ait conduit à l’Apocalypse ?… Non, mille fois non, nous ne sommes pas tous coupables de cette dérive qui a plongé l’Humanité dans la Nuit ! Et nous serions, nous, ici, comme les rescapés du Déluge ? L’Histoire aurait encore un sens après l’anéantissement de millions, de milliards d’êtres humains?
Si seulement…
(fiction en cours d’écriture)
La paix que le monde avait connue après la chute du mur de Berlin avait paru définitive, bien que secouée de soubresauts dans les Balkans, mais à peine dix ans plus tard, les vents mauvais avaient recommencé à souffler et, tempête après tempête, nous avaient de nouveau menés implacablement au bord du gouffre. Si les historiens du futur (?) pouvaient avoir accès aux archives et aux journaux occidentaux de l’époque, ils seraient sans doute frappés d’étonnement en constatant l’état d’esprit inconséquent des contemporains. Ils s’interrogeraient aussi sur le fonctionnement des grands pays dits démocratiques de l’Europe et du continent américain, qui se sont révélés incapables d’enrayer les processus de déstabilisation politique qui les minaient de l’intérieur, et de faire face aux lourdes menaces environnementales qui avaient commencé de les affaiblir. J’ai fait partie de ces gens irresponsables. Ah, si seulement?… Si seulement les regrets avaient un effet rédempteur, si seulement nos misérables et profonds regrets actuels de survivants pouvaient changer rétrospectivement le cours des choses?… Pourquoi se poser des questions inutiles puisqu’aujourd’hui il nous faut repartir de zéro, en commençant par le travail de la terre pour essayer de subvenir à nos besoins quand nous aurons épuisé les stocks de nourriture encore disponible? Vanité de l’esprit humain, inanité de nos vies…
Fa si la
Simplifier plier lier lierre lire lyre
relire relier replier retirer restreindre s’astreindre
atteindre un banc de pierre
respirer s’étirer tirer un trait de plume
gommer effacer faire comme si décider séparer trancher
refuser fuir rêver abandonner délier délirer délivrer
souffler sur les mots laisser les pages s’envoler vivre léger
le cœur en bandoulière
l’air de rien
Psychose.4
Il neige
le halo de la lune
déverse sur les joues de Pierrot à sa fenêtre
une pluie de larmes blanches
pas un souffle
pas un baiser
pas un sourire
le vent se glace
les flocons se figent
les lampes se gélifient
il est glacé
ils sont figés
elles éclairent
l’Absence et Pierrot pleure?
non Pierrot se marre non Pierrot se tait
Pierrot s’écrase
Pierrot se minéralise
fluide onctueux lourd se colle
à la nuit colloïdale
se fixe s’épaissit se pétrifie
tremble
sans frémir grelotte
sans trembler
inerte
blafard
immense dérisoire
panthéiste
boulette
tête d’épingle
lourde
pesante
écrasante obsédante
impalpable
se secoue coule
frissonne se cogne
souffle souffre
halète suffoque
chute chut
tombe
meurt

