Comme un dé à jouer gage d’incertitude et de chance
tombant sur la face cachée de leur silence
le sens des mots qui se jettent sur la page
s’immobilise et s’abolit
silence
Monde parallèle
Leur écharpe se déploie dans la nuit comme une galaxie
écoute les mots blancs du silence
ils scintillent comme d’invisibles étoiles
qui danseraient avec ton âme
Essaims de mots blancs.5
Les mots s’envolent
tourbillonnent
se désagrègent
comme des flocons de neige
ch ut !
les musiques disparaissent
le vent emporte tout et les choristes pleurent
si vaines sont nos tentatives
de rompre le silence
du monde
Essaims de mots blancs.4
Pourquoi ?
sans doute pour toi
ou pour eux
pour moi/toi/eux
je ne sais plus
je ne sais rien
je le savais bien
enfant
que je ne savais rien
sur le silence
du monde
Essaims de mots blancs.3
Que recherches-tu ?
rien
une consonance
le tu en ut
quelques mots
des notes
une musique cachée
dans le silence
du monde
Essaims de mots blancs.2
Rien que le souffle
du vent
comme une phrase
qui passe
dans le silence
indélébile
du monde
Essaims de mots blancs.1
Syntaxe affaiblie
à peine
murmures
froissant
si peu
le silence
du monde
Le don de la parole
Je voudrais te dire… Que je ne parviens pas à te dire… Qu’il est impossible de dire… Que je n’ai pas les mots… Que quand bien même… Te rends-tu compte? Cela est-il possible? Pourrais-tu le dire? Le formuler? Tenter de l’exprimer? As-tu les mots pour le dire? Je voudrais tant… Que tu me comprennes… Et pouvoir te comprendre… Comment dire… Il me semble que… Les mots sont-ils nécessaires?… As-tu besoin des mots? De mes mots? De tes mots? De quels mots? Est-ce que tu lis en moi? Que lis-tu? Je n’y vois pas clair… Je n’ai pas de réponses… Je tente parfois une lecture… J’esquisse… J’esthétise… Je temporise… Silence. Pourquoi ne dis-tu rien? Je parle trop? Où sont les mots? Les miens? Les tiens? Je t’adjure… Je t’en supplie… Dis-moi un mot, un seul, qui soit vraiment de toi. Je le conserverais en moi comme un trésor. Je le porterais comme un bijou. Ce mot. Unique. Qui me viendrait de toi…
Mot(s)(t)us
Si lence silence si
la ssitude lassitude la
sol itude solitude sol
soleil un deux trois rois
pourquoi
silence si do
récit pas de mots
chants
champs de prières en pierre
si lence maestro
opus en fa mineur famine
fond de la mine triste
Toccatas
et fugues
Lieu de transit
Il séjournerait quelques semaines à Amsterdam puis se rendrait à Berlin. Il lui enverrait des lettres laconiques, juste le nécessaire. En regard de la limpidité des mots qu’il emploierait, elle se demanderait si la mécanique de ses propres sentiments n’était pas faite de rouages un peu trop compliqués. Elle avait voulu retarder le moment de le quitter, ils s’étaient installés à une table située dans un coin du snack-bar de la station-service. La scène était restée figée dans sa mémoire comme un tableau de Hopper. Juché sur un tabouret près du comptoir, un homme en costume-cravate et grosses lunettes d’écaille lisait un journal en fumant une cigarette. Au centre de la salle, deux chauffeurs routiers mangeaient face à face. De longues minutes s’étaient écoulées dans un silence interrompu seulement par le cliquetis des couverts, le froissement du papier et le choc de la vaisselle lavée par l’employé du snack. Soudain, l’homme aux lunettes avait replié son journal et payé son dû. On avait entendu ronronner le moteur de la belle Peugeot 504 blanche garée en face de la baie vitrée, puis on l’avait vue s’éloigner avec élégance et sobriété. Stéphane s’était approché des routiers quand ils avaient réclamé l’addition. Ils avaient entamé une discussion sur les délais difficiles à tenir, les réglementations qui diffèrent d’un pays à l’autre, la vie familiale perturbée. Mais il y avait aussi leur plaisir à travailler sans supérieur hiérarchique, au volant d’un mastodonte, seuls maîtres à bord après Dieu. Sur la banquette de moleskine où elle était restée assise, elle écoutait la musique des voix. Les yeux fermés, elle voyait défiler des images de villes aux noms évocateurs qui se déployaient sur un vaste territoire où se jouaient les destins des uns, des autres… Dans le creux de sa main droite, elle avait serré le petit miroir rond qu’au moment de sortir pour accompagner Stéphane jusqu’à la bretelle de l’autoroute elle avait glissé dans une poche un peu comme s’il s’était agi d’un talisman. Côté face, elle aurait donné quelques années de sa vie pour connaître l’avenir. Côté pile, pour ressusciter les bonheurs perdus…