Silence, rien que le silence… Silence des couleurs, paysage monochrome et gris de l’âme… Gris pâle et presque doux. Douceur du silence accepté et habité. Aujourd’hui, il ne s’est rien passé. Se peut-il qu’il ne se passe rien? Rien, presque rien n’a traversé mon espace mental. Je ne me suis pas barricadée, je ne me suis pas retranchée. Je me suis laissé vivre au gré de mon souffle fatigué. Silence un peu saccadé. Gris légèrement scintillant.
rien
Presque rien
Essaims de mots blancs.4
Pourquoi ?
sans doute pour toi
ou pour eux
pour moi/toi/eux
je ne sais plus
je ne sais rien
je le savais bien
enfant
que je ne savais rien
sur le silence
du monde
Litanie
rien
qu’une brise légère
qu’une fleur éclose
que le vol d’un papillon
qu’une abeille qui butine
que le bourdonnement de l’été
que la fraîcheur de l’ombre
que la chaleur du soleil
que le gazouillis d’un oiseau
que le tam-tam lointain de l’orage
que trois gouttes de pluie
que le vent qui se lève
puis se rendort
rien qui ne presse
qui ne pèse
qui ne fâche
qui n’importe
qui ne vaille la peine
que l’on coure
que l’on souffre
que l’on affronte le monde
que l’on meure
rien
que ton sourire
que ton bonheur
que tes rêves
que tes espoirs
que ta dignité
que ton espérance
que la joie qui serait tienne si tout
ce qui t’a poussé sur les routes
ce qui t’a fait traverser les mers
la guerre
la faim
la misère
l’intolérance
la torture
les persécutions
n’était plus qu’un cauchemar à jamais révolu
car auprès de nous toi le Migrant
tu aurais trouvé des frères
et ce que tout être humain recherche
la paix et la sérénité
Hors les citadelles
rire
pour rien
trois points
…
vivre de rien
trois fois rien
…
choisir un sol
rêver de là
regarder s’envoler les si
tadelles
à tire d’aile
Si fragile
Aérien rien
subtil inutile léger orangé rose bleu à peine transparence voile de couleurs mousseline ciel océan des pauvres ceux qui ne partent jamais ceux qui n’ont plus rien
que les yeux
pour regarder le ciel
oublier s’oublier écouter s’écouter rêver aimer
même si
rien
Fa si la
Simplifier plier lier lierre lire lyre
relire relier replier retirer restreindre s’astreindre
atteindre un banc de pierre
respirer s’étirer tirer un trait de plume
gommer effacer faire comme si décider séparer trancher
refuser fuir rêver abandonner délier délirer délivrer
souffler sur les mots laisser les pages s’envoler vivre léger
le cœur en bandoulière
l’air de rien
Le joueur initial
Psychose
Derrière ma vitre je n’entends
rien j’emploie des mots
à blanc
l’univers concret
s’est vaporisé je ne vois pas
ce qu’on me dit
je n’ai plus de choses
prête-moi ta plume je n’ suis plus personne
éphéméride.1
Impressions du jour
Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie
de m’avoir proposé ce nouvel échange.
« Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »
I.P., 2 mars 2015
2015
31 janvier
Une fine pellicule de neige sur le sol ce matin, neige craquante et miroitante sous un grand soleil qui la fera fondre très probablement dans quelques heures…
La neige a fondu et le soleil a disparu à l’image de nos vies qui fondent et disparaissent.
Sur l’écran de ma mémoire, cinéma confidentiel, projection en noir et blanc des scènes de mon existence avec leurs parts d’ombre et de lumière. Impression que ma conscience danse et scintille comme les taches de lumière qui zèbrent la pellicule des vieux films. Sensation de légèreté en regardant les flocons qui recommencent à tourbillonner, ce soir, sous la clarté de la lune.
***
1er février
Il aurait pu neiger mais il n’a pas neigé. Il était si facile d’imaginer dans l’air froid les mouvements des flocons dans l’air froid et épais. Quand je me suis levée, tous les possibles du jour étaient ouverts en éventail, et au fur et à mesure de la journée, ils se sont resserrés, ils ont rétréci, ils sont devenus de plus en plus étroits, jusqu’à se resserrer, n’être presque plus rien, jusqu’à me laisser me retirer du jour et de son absence, pour aller retrouver les rivages du soir.
Il n’y eut presque rien à faire, sinon les lignes à écrire, et la musique à écouter. J’oublie que je sens encore dans la pulpe de mes doigts les cordes du violon et la répétition en boucle de cette phrase de Vivaldi.
Il n’y eut presque rien à faire, sinon pour finir, quelques phrases en Anglais et la chaleur du four qui écartait l’hiver. Ce jour, comme un autre, va-t-il s’effacer ?
***

