Peut-être avait-elle inventé tout cela
Désagrégation
Vertige
des sensations désenchantées
des impressions-désillusions
qui mirent leurs vestiges
dans l’eau froide d’un regard
devenu soudainement étranger
et juge
question de jauge, de poids et de mesures
descente et désolation
sous le poids de ce regard qui fouille
la conscience démystifiée
décomposée
c’est l’écroulement d’un empire, l’éboulement du rêve, la dérision du rire
ma personne éclatée tremble et cherche en se mourant
des yeux soleil
Au carrefour de l’impensable
Si tu savais comme je m’en veux d’être adulte …
… et parfois, ces grosses larmes dont toi seule a le secret, elles commencent à couler, sans qu’on comprenne toujours pourquoi, sans même qu’on ait le temps de réaliser ce qui vient de se passer, ce qui t’a touchée en plein cœur. Si tu savais alors, les reproches que je me fais, et comme je me sens maladroite et brutale, quand ces larmes énormes et transparentes se suivent les unes après les autres, sur l’arrondi de ta joue, soudain en feu.
J’ai des excuses et je n’en ai pas.
Tu sais, c’est toujours comme ça, je rentrais de loin, j’étais fatiguée, je titubais de sommeil, tu étais contente de me revoir, nous avions tardé, repoussé dans les lointains le sommeil, raconté des histoires, encore une autre, toi d’abord, ensuite moi, ri, toutes les trois, échangé des secrets, puis, pourtant je le savais, l’heure avançait, soudain elle m’a rattrapée, je m’étais rendue compte que le jour m’échappait, le monde adulte m’a saisie, avec cette emprise froide et angoissante qu’il sait opposer à tous les élans, parfois, je le sens, quelque chose se resserre, et il n’y a plus moyen de faire autrement, il y avait encore des choses à faire, je ne te raconte pas cela de la vie d’adulte, mais elle est aussi tissée de ces mouvements contradictoires et inverses qui s’annulent et s’éteignent, c’est comme ça, la vie d’adulte, je déteste,
ce n’est pas une excuse.
Je suis partie faire ces choses idiotes qui usent le jour jusqu’à la corde, et qui s’inscrivent dans la série continue des « il faut », « il faut … », opérateur modal de la vie adulte, toute phrase introduite par « il faut » est la phrase asservie d’un adulte qui plie l’échine devant la vie, je les déteste et je déteste plus encore m’entendre les prononcer, et me les opposer toute la journée, là j’en étais à un « il faut » absurde qui devait être de l’ordre « il faut faire la vaisselle et ensuite il faudra que je réponde à mes mails et après il faudrait pas que je me couche trop tard », parce que en général ils ont la perversité de se contredire et de tendre des pièges dans lesquels on tombe.
Et quand je suis revenue, un peu plus tard, parce qu’il y avait des petits bruits que je ne comprenais pas, que je n’identifiais pas, tu m’es apparue, toute petite, minuscule, perdue dans la nuit dont je pensais qu’elle t’enveloppait doucement, ton petit visage dévoré de larmes et crispé sur les oreillers creusés et qui commençaient à être humides, m’a saisie, il est venu se graver dans ma mémoire. Tu pleurais à chaudes larmes, parce que je ne t’avais pas embrassée.
Si tu savais comme je m’en veux d’être adulte …
1ère mise en ligne et dernière modification le 5 mai 2012.
Aube du monde
Chemin blanc
Les pièges de l’union nationale
Face aux crimes du fanatisme, ces derniers jours ont vu fleurir des réactions populaires spontanées qui, de rassemblements en dessins, de bougies en paroles, ont su mêler à la douleur du deuil le réconfort, l’espoir et la combativité pour des valeurs dignes d’être défendues. La société civile française, bientôt imitée partout dans le monde, a montré sa capacité de résilience. Nous avons tous ressenti le besoin de nous retrouver, de nous regarder, de nous tenir près. Et sans doute, de marcher ensemble, partout, comme une impérieuse nécessité. Mais pas dans l’« union nationale ».
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In memoriam
Si la sol
il s’est posé comme une plume
a effleuré le sol
et repris son envol
sol la si
le temps de jouer son rôle
l’artiste
Porte de Vincennes, un salarié de l’épicerie a caché les otages
un jour j’écoutais un débat sur la Palestine, il y avait deux camps qui s’affrontaient… Tout à coup je me suis rendue compte qu’ils étaient tous juifs, les « pour » et les « contre », j’éprouve un peu la même impression depuis le début de cette affaire de terroristes… Il y a les trois tueurs complètement fanatisés, leurs épouses qui ont l’air pas mal dans le genre, mais il y a aussi les victimes, d’abord un policier du nom d’Ahmed abattu de sang froid, puis une policière martiniquaise, victime d’une autre à la peau aussi brune qu’elle, puis le correcteur un Algérien amoureux de la culture française, Wolinski qui est juif et qui s’en fout royalement… Puis comme nous sommes un vendredi, jour de prière pour les juifs comme les musulmans, le tueur de la policière atterrit dans un magasin casher et descend quelques clients, d’autres sont sauvés par cet employé malien, musulman…
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