Psychose.4

Il neige
le halo de la lune
déverse sur les joues de Pierrot à sa fenêtre
une pluie de larmes blanches

pas un souffle
pas un baiser
pas un sourire

le vent se glace
les flocons se figent
les lampes se gélifient

il est glacé
ils sont figés
elles éclairent

l’Absence          et Pierrot pleure?

non Pierrot se marre non Pierrot se tait
Pierrot s’écrase
Pierrot se minéralise
fluide onctueux lourd se colle
à la nuit colloïdale

se fixe s’épaissit se pétrifie

tremble
sans frémir grelotte
sans trembler
inerte
blafard

immense       dérisoire
panthéiste
boulette
tête d’épingle
lourde
pesante
écrasante        obsédante
impalpable

se secoue       coule

frissonne        se cogne

souffle             souffre

halète        suffoque

chute     chut

tombe

meurt

Le Roi Gradlon, en guise de cadeau souvenir…

Avatar de escales maritimesEscales Maritimes

DSC_0170On le sait, après 66 ans de bons et loyaux services le Roi Gradlon, baliseur côtier a pris sa retraite au Port-Musée de Douarnenez.
• Construit en 1948 au Havre, le Roi Gradlon, était l’un des 2 baliseurs côtiers utilisés par l’Administration des Phares et Balises. Il avait en charge 60 tourelles, 220 bouées et 250 balises de la Baie du Morbihan. Long de 35 m et 7 m de large, avec un tirant d’eau de 3,20 mètres, le navire était équipé d’un matériel complexe dont une grue hydraulique de 36 tonnes et un treuil hydraulique.
Tous ceux qui ont écrasé des crabes dans cette région se souviennent de son élégante silhouette dont l’approche méritait parfois un détour.
En souvenir de ces temps révolus, Christian Biard nous offre cette belle image du bateau, quittant Port haliguen (Quiberon) dont Escales le remercie bien vivement.

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La vie palpitant dans le monde

Isabelle Pariente-Butterlin

Elles tournent autour de moi. Ça vibre. C’est vivant. Tes questions ! Moi, je m’y perds.

— Maman ?
— Quoi, ma puce ?
— Tu vas dire non …
— Pose ta question, sinon tu ne sauras pas !
— Mais non : tu vas dire non.
— Pourquoi tu dis ça ? Tu n’en sais rien : peut-être que je dirai oui !
— Tu vas dire oui !?
— Je ne sais pas, mon cœur, pose cette question !
— Tu voudrais bien m’acheter un doudou ?
— Attends, on avait dit « pas de cadeau » ! Et puis là, on fait les courses pour ce soir. J’ai besoin de crème fraîche. Attends une seconde.
— Maman ?
— Quoi mon cœur ?
— J’ai plus de doudou.
— Arrête, tu veux bien ?, je ne sais même plus comment les ranger. Attends deux secondes. On avait dit qu’on prenait du poisson.
— Je peux avoir des crevettes ?
— Des crevettes ? Attends, je regarde ce qu’il y a. Des petites grises ?
— Oui, c’est mes préférées. Je suis obligée de manger du poisson ?
— Ce sera bon, tu sais ? Je le ferai en papillotes.
— Il me faut une gomme pour l’école.
— Oui, tu me l’as dit trois fois déjà, on va essayer de faire dans l’ordre sinon on n’en sortira pas. Il ne faut rien oublier pour les invités, tu sais ? Il faut que tu m’aides. Fais moi penser au Safran.
— C’est quoi, le safran ?
— Tu sais, c’est poudre jaune du pistil des fleurs. Ça parfume le riz. Après il est tout jaune. C’est joli.
— Pourquoi tu fais pas des listes pour rien oublier ? Les mamans de mes copines elles en font, elles.
— Je ne sais pas, mon cœur. Pour entraîner ma mémoire peut-être et puis ça m’ennuie, de faire des listes de courses. Attends, on oublie un truc …
— On peut prendre des fraises ?
— Si tu veux, ma puce, je n’y pensais pas. C’est une bonne idée. On va voir si elles sentent bon, tu veux ?
— On a bientôt fini, Maman ? J’en ai assez moi.
— Je me demande si …
— Tu viens, Maman ?

Tes questions, comme des volutes. Tes désirs, comme des élans, quelque chose comme la vie palpitant dans le monde. C’est comme si tu le coloriais sur le fond gris des obligations.

Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 18 mai 2012.

éphéméride.32

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

12 avril

     Le combat est perdu d’avance, on ne tiendra pas, on le sait, mais qu’importe, si l’issue est à peu près connue, il reste, tant qu’on le peut, à poser un pas après l’autre, indéfiniment, jusqu’au dernier souffle, car tel est le destin de Sisyphe, sans échappatoire aucune, seulement peut-être le Verbe, le drap blanc du langage pour tenter de résister à la réalité, de nous l’approprier, de dessiner sur cet écran de lumière l’esquisse d’un monde qui ne nous serait pas hostile, au sein duquel nous ne nous sentirions pas définitivement étrangers, à l’image de ces paradis perdus dont il nous semble avoir gardé des souvenirs familiers…

     Le combat est perdu d’avance, on ne tiendra pas, déjà on ne tient plus, la réalité est trop cruelle, le souffle est trop court, la fatigue est trop grande, les phrases que nous lançons à l’abordage comme des cordes pour agripper le réel retombent dans le néant de nos vies en nous frappant à mort, il n’y a pas d’échappatoire, seulement parfois le Verbe, l’illusion du Verbe, ses pièges, ses phrases qui enserrent et resserrent leur emprise, le combat est inégal, Sisyphe s’écroule, il n’en peut plus, il n’en peut plus de déposer un mot à chaque pas qu’il fait, et de mettre ses pas dans les mots pour aligner des phrases qui suivent toujours le même trajet, indéfiniment, un pas, un mot, toujours, l’un après l’autre, sans aucun répit… Sisyphe s’écroule de fatigue et s’enroule en souhaitant mourir dans le drap blanc du langage qui l’enveloppe si mal que le désespoir le transperce à travers la trame usée…

***

17 avril

     On range les vêtements dans des sacs. On se prépare au mouvement. On l’envisage. On replie les pulls. On compte les tee-shirts. On se prépare au mouvement dans ce qui n’est pas encore le mouvement, qui est seulement un commencement des possibles. À un moment, on se dit qu’il faut prendre les clefs, ne surtout pas les oublier, sinon on trouvera porte close, on se dit qu’il faut prendre aussi les livres, et les chaussures de marche, on n’oublie pas son maillot de bains, on pense à des possibles, on les ouvre, on pense à ce qui sera possible, qui ne l’était pas, on reprend le fil, des jours, des possibles, on prend du shampooing, on se dit qu’on l’achètera sur place, on commence à élaguer, on écarte le réel pour ouvrir les possibles, on essaie, on ne sait jamais, peut-être que ce sera différent, on ne sait jamais, on peut toujours essayer.

***

éphéméride

éphéméride.31

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

10 avril

     Aux premières heures du jour, le monde semble neuf et incapable de nous décevoir. Ce matin, la lumière du soleil enchâssait le bleu du ciel et saupoudrait d’or la morne succession de champs qui longent la route départementale qui relie le village où j’habite à la ville voisine. Enivrée par un vent léger, je voltigeais sur mon vélo avec un sentiment étrange de liberté sur ce parcours qui me soustrait pendant quelques kilomètres à l’espace-temps habituel qui encadre les activités différentes auxquelles je m’adonne selon un tempo qui appartient à chaque lieu. Des avions de ligne dessinaient dans le ciel. Au bord d’un bois broutaient tranquillement quelques moutons. J’apercevais déjà, de très loin, la silhouette de la cathédrale qui veille du haut de sa flèche (bergère ô Tour Eiffel) sur ses ouailles citadines serrées les unes contre les autres dans le cercle ramassé de la ville. Sa masse de pierres réfléchissait la lumière. Combien de fois ai-je admiré son inscription dans le paysage en accomplissant ce trajet? Sentiment euphorisant de contempler le tout, le fleuve et sa vallée, les faubourgs de la ville et l’espace qui les circonscrit, l’histoire et la géographie. Pendant quelques kilomètres, sur ma bicyclette, dans l’entre-deux instauré par ce parcours, j’ai le sentiment de comprendre le monde…

***

11 avril

     Parfois on se sent écrasé, plus vieux de mille ans, enfoncé dans le temps, parfois, au contraire, on se sent, on se sait épuisé, s’usant jusqu’à la trame, usant le soi jusqu’à la transparence, trouvant la trame de soi, aboutissant à la trame de soi, qu’on traverserait pour un rien, comme un linge usé des mouvements du corps en vie, des mouvements de la vie, comme un linge usé, linceul de soi qu’on traverse, qui ne tient plus, et le monde à travers, de plein fouet, auquel on ne peut rien, on n’y peut rien, le monde de plein fouet, on n’est pas fait pour, on ne peut pas, du moins moi je ne sais pas, et parfois même les phrases, le langage me paraissent un linceul trop fin pour protéger, de rien, alors le monde de plein fouet, sans grâce, sans rien, les mains sur le béton brut et les phalanges râpées se déchirent. Soi, usé, jusqu’à la trame. On ne tiendra pas.

***

 

éphéméride