éphéméride.31

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

10 avril

     Aux premières heures du jour, le monde semble neuf et incapable de nous décevoir. Ce matin, la lumière du soleil enchâssait le bleu du ciel et saupoudrait d’or la morne succession de champs qui longent la route départementale qui relie le village où j’habite à la ville voisine. Enivrée par un vent léger, je voltigeais sur mon vélo avec un sentiment étrange de liberté sur ce parcours qui me soustrait pendant quelques kilomètres à l’espace-temps habituel qui encadre les activités différentes auxquelles je m’adonne selon un tempo qui appartient à chaque lieu. Des avions de ligne dessinaient dans le ciel. Au bord d’un bois broutaient tranquillement quelques moutons. J’apercevais déjà, de très loin, la silhouette de la cathédrale qui veille du haut de sa flèche (bergère ô Tour Eiffel) sur ses ouailles citadines serrées les unes contre les autres dans le cercle ramassé de la ville. Sa masse de pierres réfléchissait la lumière. Combien de fois ai-je admiré son inscription dans le paysage en accomplissant ce trajet? Sentiment euphorisant de contempler le tout, le fleuve et sa vallée, les faubourgs de la ville et l’espace qui les circonscrit, l’histoire et la géographie. Pendant quelques kilomètres, sur ma bicyclette, dans l’entre-deux instauré par ce parcours, j’ai le sentiment de comprendre le monde…

***

11 avril

     Parfois on se sent écrasé, plus vieux de mille ans, enfoncé dans le temps, parfois, au contraire, on se sent, on se sait épuisé, s’usant jusqu’à la trame, usant le soi jusqu’à la transparence, trouvant la trame de soi, aboutissant à la trame de soi, qu’on traverserait pour un rien, comme un linge usé des mouvements du corps en vie, des mouvements de la vie, comme un linge usé, linceul de soi qu’on traverse, qui ne tient plus, et le monde à travers, de plein fouet, auquel on ne peut rien, on n’y peut rien, le monde de plein fouet, on n’est pas fait pour, on ne peut pas, du moins moi je ne sais pas, et parfois même les phrases, le langage me paraissent un linceul trop fin pour protéger, de rien, alors le monde de plein fouet, sans grâce, sans rien, les mains sur le béton brut et les phalanges râpées se déchirent. Soi, usé, jusqu’à la trame. On ne tiendra pas.

***

 

éphéméride

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