Images mentales

Atelier d’hiver de François Bon

     Il n’y a pas d’image… peut-être un refus de l’image, un souffle d’image sur une surface monochrome ridée par des réminiscences muettes, un non-souvenir, une non-image, une conscience non pas endormie mais qui se refuserait à la formation d’une image… ne resterait qu’un rêve d’image… le reflet mouvant d’un bouquet de roseaux à la surface d’un étang… des paillettes de soleil bondissantes entre des barrières d’ombre… peut-être un vague château de sable submergé par la marée montante et aussitôt fondu dans les remous de l’eau…

     L’étendue blanche de la banquise sous le ciel étincelant, l’océan gris étalé sous les masses nuageuses du ciel orageux, le désert à perte de vue sous le bleu infini du ciel, les pages symétriques de la terre et de l’éther réunies à la pliure de l’horizon dans le grand Livre du Silence…

     La ville encore à moitié endormie, des voitures qui glissent sur l’asphalte, les enseignes lumineuses des commerces reflétées par les trottoirs mouillés, la danse de la pluie sous le faisceau des phares ou le halo des lampadaires, le tapotement des gouttes, le clapotis de l’eau qui s’écoule dans les caniveaux, le flot des sensations qui se réveillent, la scène du jour qui se met en place, les premières images du film, l’œil de la mémoire-caméra, le cinéma intime des souvenirs en son et lumière…

Acmé

     

     Douceur de l’instant si intense et si ténue, pesanteur abolie, corps en lévitation, accord parfait de tous les sens en équilibre… les mots s’envolent ou glissent sur le papier lisse, les nuages et la lumière dessinent le ciel comme on écrit sur une page diaphane!

 

Ce que disent les titres

Atelier d’écriture de François Bon, été 2018

Mes contributions

Ce que disent LES TITRES des textes de l’atelier sur la ville

     La lecture est un voyage immobile à l’abri du toit d’un livre aux deux pans écartés entre des mains qui se tendent pour en recueillir l’offrande… Le livre est une porte à franchir et un espace à traverser, une forteresse ou une citadelle à conquérir, une *ville, un quartier ou une banlieue, un lieu de souvenirs, une maison ou un immeuble à découvrir dans une petite ou une grande rue avec un jardin d’en bas ou d’en haut et un mur à escalader, une marche à gravir, le chemin incertain d’un retour ou d’un détour, un atterrissage, une arrivée ou un départ, un vertige, un endroit qui n’existe pas, une place battue par le vent, un creux à combler, des vies frôlées, des cœurs qui battent à la troisième personne, des sensations indéfinissables, un rêve ou un mirage peuplé de personnages-fantômes sans âge, sans âme, le lieu très noir d’une tragédie, des bruits de périphérique entendus sur un bout de parking, une odeur d’essence, une secousse, un ébranlement, une marche en avant ou à reculons, un virage et une dérive, un dérapage, un dernier train pour une seule histoire, des histoires d’arbres, de briques ou d’escalier, une gare, un hôtel, une fenêtre, une presqu’île, un ciel qui se décline en il ou elle, le souffle d’une respiration, un commencement, une descente, une saison en enfer, le froid et le chaud, un cœur perdu et un cherche-corps, une fuite aux quatre points cardinaux, une carte routière ou une carte postale, un carnet, une lettre à un frère, un pays ou une ville imaginaire, un tourbillon d’images, des apparitions, des lignes, des couleurs et des notes, l’odeur iodée de la mer, un jeu, une enfance, un prénom, une initiale, un numéro, une diagonale, le souvenir d’un roman, d’une pièce de théâtre ou d’un film, la silhouette d’un homme qui chavire, le geste de s’asseoir, une soif à étancher, une toile peinte qui ne peut être contemplée que par un seul regard, un puits d’émotions, le sentiment du temps qui passe, l’inamovible et le fugace…

     *Berlin, Besançon, Devecey, Kivu, Manchester, Marseille, quartier de La Meinau à Strasbourg, Saint-Pierre de Chartreuse…