révélation

70 ans plus tôt que les estimations

Nous étions si fragiles…

    La banquise fondait, mais l’optimisme béat conduisait à se réjouir de l’ouverture au Pôle Nord de nouvelles routes maritimes intercontinentales plus rapides, ou de la transformation de la Sibérie en grenier à blé, sans tenir compte du temps long nécessaire à la formation d’un sol fertile alors que les pertes dues à la désertification dans d’autres régions du monde étaient immédiates, ni des bouleversements géopolitiques que cela impliquait. En 2019, pendant que les révélations du journal numérique indépendant Médiapart sur le train de vie du ministre de l’écologie François De Rugy et son usage de l’argent public monopolisaient toutes les rédactions de France et de Navarre, l’article publié dans la Geophysical Research Letters sur la fonte du permafrost (ou pergélisol), l’épaisse couche de glace qui recouvrait autrefois 25% de l’hémisphère Nord, passait quasiment inaperçu. Des chercheurs de l’université d’Alaska à Fairbanks aux Etats-Unis venaient de découvrir que le permafrost de l’Arctique canadien fondait beaucoup plus vite que ce qu’ils avaient prévu. La fonte était tellement rapide qu’elle avait déjà atteint le niveau de dégel prévu par les scientifiques en… 2090! soit soixante-dix ans plus tôt que les estimations!…

Deux poids, deux mesures

Nous étions si fragiles…

    En étudiant l’histoire de la justice environnementale, soit quatre-vingts ans de gestion de crise, des inondations du Mississippi à la marée noire causée par British Petroleum en 2010 en passant par l’ouragan Katrina en 2005, Robert D. Billard, de la Texas Southern University, avait ainsi établi que les communautés les plus pauvres mettaient toujours plus de temps à se faire entendre, et que le gouvernement tardait immanquablement à intervenir quand les populations concernées n’étaient pas blanches. Au fur et à mesure des révélations sur cette affaire, il était en effet devenu évident que la communauté concernée n’avait pas été traitée comme il se devait, que tout s’était passé comme si les personnes en charge des contrôles ne croyaient pas les habitants ou ne se préoccupaient pas de leur santé. L’administration avait reçu des plaintes au sujet de l’eau courante de Flint dès le mois d’avril 2014; si les contrôleurs du bureau de la qualité environnementale des eaux du Michigan avaient eu à consommer cette eau marronnasse qui sortait des robinets ou à la faire boire à leurs enfants, ne l’auraient-ils pas immédiatement trouvée suspecte et impropre à la consommation?…

L’industrie nucléaire en France

Nous étions si fragiles…

    Les Autorités françaises donnaient des conseils condescendants à leurs homologues belges en se targuant du haut degré de leur savoir-faire et de leur vigilance, mais, poussés par l’opinion, les médias s’étaient mis à ressortir toutes les affaires inquiétantes classées sans suite ou mises sous le coude émaillant l’histoire de l’industrie nucléaire en France… De quoi noircir des milliers de pages web! Le couvercle de l’Omerta se soulevait enfin, et le fumet qui s’échappait de la marmite était pestilentiel. La colère grandissait au fur et à mesure des révélations. On découvrait subitement les risques insensés que les plus hautes autorités de l’Etat n’avaient pas hésité à faire courir aux populations depuis la construction des premières centrales nucléaires. Tous les partis qui s’étaient succédé au pouvoir avaient prêté main forte à cette espèce de conspiration contre le bon sens commun. Même le parti des Verts s’était disqualifié par sa collaboration avec le pouvoir hollandien: le pacte signé avec le parti socialiste pour favoriser l’élection de François Hollande en 2012 et permettre à Cécile Duflot d’entrer au gouvernement avait malheureusement privé le pays de tout débat public de grande envergure sur le nucléaire, puisque les apparatchiks Verts avaient contraint leur candidate Eva Joly à limiter sa campagne à la dénonciation des dérapages de la finance, sujet dont elle était une spécialiste, mais pour lequel elle n’avait pas reçu de mandat prioritaire de la part des électeurs qui l’avaient choisie à l’issue de la primaire écologiste…

Impropre pour les uns, bonne pour les autres

Page sombre

(Récit en cours d’écriture)

     Au fur et à mesure des révélations sur cette affaire, il était en effet devenu évident que la communauté concernée n’avait pas été traitée comme il se devait, que tout s’était passé comme si les personnes en charge des contrôles ne croyaient pas les habitants ou ne se préoccupaient pas de leur santé. L’administration avait reçu des plaintes au sujet de l’eau courante de Flint dès le mois d’avril 2014; si les contrôleurs du bureau de la qualité environnementale des eaux du Michigan avaient eu à consommer cette eau marronnasse qui sortait des robinets ou à la faire boire à leurs enfants, ne l’auraient-ils pas immédiatement trouvée suspecte et impropre à la consommation?…

     Le piano de Louis

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