Entre les murs
dans les rues des villes
échappées vers le ciel
[« Une lampe dans la prison », in A la Santé, Guillaume Apollinaire, Alcools]
Entre les murs
dans les rues des villes
échappées vers le ciel
[« Une lampe dans la prison », in A la Santé, Guillaume Apollinaire, Alcools]
Il y avait eu cet éclair, ce déchirement dans un ciel clair, ce coup de tonnerre inattendu et terrifiant, et ce tremblement de la terre, les murs qui s’écroulaient, l’enveloppe de la vie qui s’éventrait… Quelques paroles, comme les trompettes de Jéricho. Quelques paroles avaient levé le voile sur un champ de ruines qui s’étaient sournoisement amoncelées derrière le mirage d’une existence apparemment intacte, mais qui n’avait déjà plus que l’épaisseur, la consistance d’un décor… Le compte à rebours avait commencé, le même pour tous les êtres vivants, mais pour Marie, il s’était brusquement accéléré… Quelques paroles s’étaient intercalées entre leurs deux vies, entre le côté pile et le côté face, sur une ligne de crête ou de creux entre le ciel et la terre, entre rêve et réalité, entre souvenir et avenir aux routes pareillement barrées, un espace si ténu, si improbable et si difficile à occuper, entre le tain de la glace et la vitre brisée… Quelques paroles prises dans la glace d’une banquise inconnue, que nulle carte ne mentionnait à cet endroit-là, pas à ce moment-là, pas de cette façon-là, de cette manière fourbe et brutale, déloyale et insupportable… Mais il y avait aussi cette autre glaciation plus ancienne, aussi lointaine et enfouie que le plus reculé, le plus profond de sa mémoire, et peut-être même au-delà encore… Il y avait ce froid dans le coeur depuis presque toujours, la marque déjà gravée de l’absence, le début d’une attente sans fin, la faim, la privation d’une substance primordiale et introuvable, qu’il fallait chercher dans l’ailleurs…
Trois quatre
grues sur une aire de terre
les pieds en l’air une brouette trois
plumes s’ébrouent
une madame Plume à son balcon secoue ses édredons
les hommes
sont au boulot
les marmots à l’école
les femmes
neurasthéniques fumeuses
elle c’est
Sylvie elle c’est Viviane et elle
Fantasme
ou la cousine Bette
au Centre culturel
quand elle était elle
Fantasme a lu
Quasimodo
l’étendard s’est levé il est noir un jour
on en a planté un sur la tête à quelqu’un
quand
les blocs caserneux résonnent
et que les songe-creux divaguent
sur l’uniformité sans vagues
des murs vides
qui bétonnent
Parfois on appelle
au secours
alors les murs renvoient les sons
sans un mot
En perpétuel étonnement et questionnement, bouillonnement inquiet et lucidité déferlante, Véronique commençait ses phrases par « je ne comprends pas », les ponctuait de « pourquoi? », sollicitait ses interlocuteurs par des « n’est-ce-pas? », et, lorsqu’on prononçait devant elle une formule banale telle que « ça va? », y faisait voir une somme de réalités informulées. Elle dénonçait la fausse monnaie qui circule entre les hommes, mots vides de sens, truqués, tronqués, au service de l’égoïsme et de l’hypocrisie qui régnaient, selon elle, en maîtres à tous les stades de la vie sociale. L’entresol où elle vivait avec Ali était illuminé par les peintures de celui-ci. Le jour où elle avait déchiré la convocation qu’elle avait reçue de l’Université pour passer sa licence de philo, ils avaient réuni leurs amis autour d’un thé à la menthe pour annoncer qu’ils allaient « faire la route ». Ils partaient pour ne plus être contraints de vivre eux-mêmes comme des faux-monnayeurs. Ils rejetaient tous les systèmes, se refusaient définitivement à toute compromission. Ils avaient fait le choix de la liberté absolue, celle qui avait sans doute inspiré les nomades ou les prophètes de tous les temps. Les mots libérateurs dansaient et chantaient en dessinant l’horizon. Comment le bonheur serait-il possible entre quatre murs de béton ? Bonheur-mirage, opiacé comme la religion, qui avait besoin de se voiler la face, à l’Est comme à l’Ouest, pour prétendre à l’existence… Sur les chemins d’Ali et de Véronique, le soleil levant ou couchant n’apportait pas le bonheur, il donnait la paix…
L’EPR est le réacteur nucléaire le plus dangereux au monde en raison de sa puissance et du combustible utilisé. En cas d’accident nucléaire sur un des EPR, toute la Normandie devrait être évacuée et au bout de 48 heures, l’ensemble du territoire français serait sous un nuage toxique. Les morts se compteraient par centaines dans les premiers jours et par dizaines de milliers les années suivantes. En outre, les plans d’intervention en cas de catastrophe à Flamanville sont insuffisants. Ils ne concernent que la zone de 10 km entourant la centrale !
Ces risques de catastrophe mis à part, le fonctionnement quotidien de l’EPR est de toute façon dangereux. Ses promoteurs répètent qu’il produira un peu moins de déchets que ses prédécesseurs. Certes. Mais ils seront sept fois plus nocifs ! Le Mox utilisé par l’EPR est en effet plus radiotoxique que le combustible à l’uranium habituellement employé. Et on ne sait toujours pas quoi faire de ces déchets !
dans un environnement rural
et maritime
murs d’enceinte
identiques à ceux de l’usine de retraitement
des déchets radioactifs de la Hague
située sur le nez de Jobourg
en face du port de Diélette
près duquel se construit le nouveau monstre nucléaire
entrée du chantier
entouré de murs de barbelés électrifiés
qui rappellent d’autres murs