usine

Aller à Z.?

On lui avait dit que l’usine battait de l’aile… Dans ce cas, comme toutes celles qui avaient déjà baissé pavillon, elle présenterait tous les stigmates de l’abandon, vitres cassées, rouille, pans de murs qui s’effritent, et dans la cour, sur l’ancienne plate-forme de chargement, un chariot renversé les bras en l’air, un éparpillement d’outils semés comme des fleurs sauvages, un lot de toile pourrissante – de la bâche (dans cette usine-là, on ne faisait pas dans la dentelle), un wagon immobilisé sur des rails qui s’arrêteraient bizarrement juste au bord du canal, quelques bidons, des pneus de poids lourd, et plus loin, adossée auprès d’une porte sur laquelle on lirait encore en épaisses lettres blanches « ATELIER », une machine compliquée qu’elle aurait l’impression d’avoir déjà vue fonctionner, dans le vacarme des navettes domptées par le claquement sec des fouets, à l’occasion d’une visite, d’une fête, d’un départ en retraite, d’une remise de médaille du travail, un métier à tisser sur lequel lui ou un autre aurait fabriqué le dernier rouleau de toile, de la bâche en train de pourrir à quelques mètres de l’atelier, parce qu’elle aurait raté le dernier chargement… Elle irait alors jusqu’au canal. Elle lèverait la tête pour apercevoir la haute cheminée de la fabrique qui avait usiné la vie de son père. Elle marcherait sur le chemin de halage. Elle ne saurait pas vraiment ce qu’elle serait en train de chercher. Elle irait jusqu’à l’écluse et traverserait le pont en face de l’ancien estaminet ; peut-être serait-il encore debout, et peut-être serait-il possible encore de lire son enseigne : « A L’HABITUDE »

L’avenir improbable

La toxicité diabolique du plutonium

 
le pire est non tant l’aveuglement sans connaissance que l’aveuglement dans la connaissance

Un système devenu fou !

     Le documentaire se termine, je n’ai rien appris, j’ai fait le tour du sujet depuis si longtemps. Je regarde cette émission pour me rendre compte si les mentalités ont changé, changent… si le regard posé sur l’électricité nucléaire devient plus lucide, se libère de la chape de plomb du secret dont elle a toujours été entourée. Surprise : pour une fois, il n’est pas question des centrales elles-mêmes et des catastrophes produites par leur dysfonctionnement comme à Tchernobyl ou à Fukushima. Car, le plus souvent, les émissions sur le nucléaire effleurent le sujet, s’en tiennent à la surface, traitent le problème comme un avatar des risques habituels de l’industrie lourde. Pour une fois, nous sommes au coeur du sujet, pas seulement au coeur de la centrale. Et le coeur du sujet, l’énorme problème du nucléaire, le monstre dont les centrales accouchent, ce sont les déchets radioactifs, dont la capacité de nuisance, c’est-à-dire le pouvoir de mettre un terme à la vie, dure des milliers, des dizaines ou des centaines de milliers, voire des millions d’années ! Comment l’esprit humain a-t-il pu envisager de faire proliférer un tel monstre ? C’est pourtant ce que la France a entrepris de faire depuis plus de cinquante ans avec aujourd’hui 58 réacteurs qui produisent notamment du plutonium, le plus dangereux des produits radioactifs, pour lequel a été construite l’usine de retraitement de La Hague. Le retraitement – joli mot qui pourrait laisser penser que les déchets redeviennent propres – consiste en réalité à isoler le plutonium des autres entités radioactives pour le réutiliser comme combustible. Toutes ces manipulations de substances radioactives sont éminemment dangereuses. Et les déchets résiduels sont conditionnés dans des récipients pas toujours étanches qui sont entreposés sur des zones de stockage provisoires, en attendant la validation de projets d’enfouissement qui, pour toute solution, proposent de cacher la poussière sous le tapis!… La France, ce beau pays, est à la pointe de cette formidable industrie dont l’ultime étape est la radiation de la vie ! Aux dernières nouvelles, aucun responsable politique aux commandes de l’Etat ou susceptible de le devenir n’envisage de sortir de cette folie.