Landwehrkanal

Impasses

Elle irait donc à Berlin, dans cette ville coupée en son milieu, aux deux parties, aux deux visages qui s’ignorent. Elle en sillonnerait toutes les artères, toutes les avenues, les moindres rues et venelles de sa moitié occidentale, et se perdrait dans les quartiers immenses ou les recoins obscurs, ne laissant rien au hasard, ratissant, passant au peigne fin ce vaste territoire dont elle aurait l’illusion de prendre peu à peu possession jusqu’à ce que la vérité éclate comme une bulle, à chaque fin de parcours, lorsqu’elle se heurterait au mur, à cette frontière infranchissable sous peine de mort, à ce rideau de plomb qui recouvrait comme un linceul la ville orientale. Elle flânerait dans le Tiergarten, longerait les rives du Landwehrkanal jusqu’à l’Ile des Ecluses, se reposerait des longues marches de la journée en admirant le couchant sur les étangs de Neuer See, étendue dans le creux d’un sentier buissonneux où l’ombre se jouerait de la lumière comme le rêve de la réalité, loin de la foule qui se presserait dans la StraBe des 17. Juni mais qui s’arrêterait net, docile, inconsciente de son pouvoir, devant la porte muette de Brandebourg…

L’avenir improbable

Souvenirs imaginés

A Z., dans les pas de Julien, elle longerait de nouveau le canal sur son autre berge, en sens inverse. Elle ferait cela plusieurs fois, de la fabrique qui de loin lui apparaîtrait dans sa totalité jusqu’au pont de l’écluse, et de l’écluse à la fabrique. Par association d’idée, à un moment donné, elle penserait à l’Ile des Ecluses et aux rives du Landwehrkanal où elle avait flâné en pensée aux côtés de Stéphane. Tous deux s’étaient arrêtés, au cours de ce voyage imaginaire, devant la plaque commémorant l’assassinat dont Karl Liebniecht et Rosa Luxemburg (leurs corps avaient ensuite été jetés dans le Landwehrkanal) avaient été victimes dans les jardins du Tiergarten…

L’avenir improbable