espoir

éphéméride.24

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

23 mars

     On guette les signes, on espère, on attend le renouveau annoncé par les fleurs de cerisiers, on ne peut pas s’empêcher d’anticiper des jours meilleurs, de souhaiter le temps à venir des cerises, c’est ainsi, l’espoir est enraciné en nous, désespérer serait déjà mourir… Même le gris et le noir se teintent des couleurs de l’espérance en ces jours obscurs qui voient monter les votes racistes et xénophobes. Les sans-voix veulent donner de la voix tandis que des hommes et des femmes sans scrupule brandissent pour eux un porte-voix qui dénature leurs véritables propos, ceux-ci n’étant en réalité que protestation contre l’injustice qui les prive des moyens de bien vivre. L’indifférence de la gent politique qui occulte ou minimise depuis des lustres les difficultés des plus pauvres conduit malheureusement ceux-ci à se tourner presque de bonne foi vers des meneurs de foule qui leur désignent des boucs émissaires. Ainsi courons-nous probablement au désastre dans l’irresponsabilité générale. Mais le pire n’est jamais certain, les bourgeons bourgeonnent et les fleurs fleurissent, la promesse des lendemains qui chantent est dans ces fleurs immenses qui s’ouvrent dans le temps pour accueillir l’ami(e)…

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25 mars

     Et puis tu sais, il y a la mer, on la retrouve, il y a la mer, toujours, on oublie ce qu’elle est, on oublie son bleu, l’immense, on oublie trop facilement l’immense, et puis on la retrouve, on la croise, on la voit de nouveau, on se gorge de bleu, on l’absorbe, comme une plante absorbe la pluie, on absorbe l’immensité bleue, dont on ne revient pas, quand bien même elle serait seulement derrière la vitre d’un avion, derrière un carré de lumière, simplement cela, derrière un carré de lumière, double épaisseur, on devine un peu de givre, mais la mer, immense, bleue, et quelque chose de l’éternité qui nous parvient comme une effluve des possibles. Même si on ne peut pas enlever ses chaussures, poser ses pieds sur le sable frais, courir vers elle, même si… il y a la mer, on y revient, on la retrouve, on se sent comme une fleur tropicale sous la pluie, se gorgeant du monde de nouveau possible.

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éphéméride

Avec l’espoir que tu me lises un jour

 in Les Cosaques des frontières, blog de Jan Doets

 1.[Le retour]    2.[Vertige] 

  3.[Le pouvoir des mots]  

  4.[Vie en suspension]    5.[Correspondance] 

 6.[Mea culpa]    7.[Attente]

Voir Impossible retour/Atelier d’écriture 2014 de François Bon

Respirer la note de cœur de ton enfance

Isabelle Pariente-Butterlin

 

Revenir là, contre ta joue. Respirer là, le nez dans tes cheveux. Dans ta nuque, odeur de galette ou odeur de tilleul. Reprendre de l’allant.

Revenir là. Quelques instants. Reprendre espoir. À peine. Ne pas peser. Sur toi, ne pas peser. Le monde, la course, toi aussi, les demandes, les questions, les attentes, les déceptions, les chausse-trappes, la fatigue, tout trahit, usure, même les amis, même l’amitié est une trahison, chausse-trappe et faux-semblant, tout trahit, sauf cette odeur, de galette, de tilleul, et la comédie sociale aussi, Monsieur le Professeur, Votre Altesse, la comédie, humaine dit-on, je ne trouve pas, ce n’est ni drôle ni humain, c’est juste usant, usant comme un grincement, même cher ami, c’est n’importe quoi, cher ami, amitiés, ça grince, ça crisse, ça râcle, ça ne m’étonnerait pas, s’il y avait des étincelles, comme sous les roues d’un train, grincements, roulements à bille, ça ne tourne pas rond, ça ne m’étonnerait pas, ces crissements puis ça déraille …

Revenir là. Respirer ton enfance. Respirer.

Rien de pittoresque. Ce n’est pas l’odeur des crayons qu’on taille, ni non plus celle des pommes du goûter. Non, ce ne sont pas ces notes de tête de l’enfance. Le monde social déjà se respire en effluves, et ce n’est pas lui que je cherche. Ni non plus la colle à l’odeur d’amandes qui le faisait sourire. Ni l’odeur neuve de la rentrée, et ta crispation à ce moment. Odeurs sociales, inessentielles.
Respirer la note de cœur de ton enfance. Sans savoir de quoi elle est faite. Sans savoir comment elle se constitue. Mystère entier de ta présence. Revenir là. Te respirer. Il y a un lieu du monde respirable. Je le connais. La note de cœur de ton enfance. Souhaiter qu’elle ne s’épuise pas. Qu’elle ne s’évapore pas. Reste là. Restes-en à cette note de toi. Attends, ne bouge pas. Je respire encore un peu ta présence.

Certes le monde des adultes est irrespirable, mais il y a la note de cœur de ton enfance.

Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 17 mars 2012.