Impressions du jour
Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie
de m’avoir proposé ce nouvel échange.
« Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »
I.P., 2 mars 2015
10 février
Privilège de l’âge, je ne me sens plus directement concernée, mais autour de moi, encore, toujours… Je ne comprends pas, je ne l’ai jamais compris! Pourquoi la journée de travail d’un cadre doit-elle obligatoirement se terminer après 19 H? La présence au travail à une heure tardive est-elle un gage de qualité? Evidemment non, sinon tout n’irait-il pas pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles? Je me souviens… J’ai souvent pratiqué l’art du funambulisme entre des aspirations et des nécessités contradictoires, mais je n’étais pas une acrobate très douée, et je me suis souvent cassé la figure. Or donc, le travail professionnel avant tout. Mais que le travail domestique et l’éducation des enfants soient de toute façon délégués aux femmes ! Et que les femmes qui le peuvent se fassent aider par d’autres femmes ! Quant aux aspirations qui ne relèvent pas du devoir familial, circulez, il n’y a rien à voir… La façon dont s’organise le collectif révèle sans doute les ressorts profonds qui l’animent…
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12 février
Alcool pur : le monde social agressant, décapant. Brûlure. Le monde social, qu’on ne peut tenir au loin, qu’on ne peut éloigner, dont on ne peut se défaire. Il n’est pas possible. Il n’est pas, seulement, à l’horizon, des possibles, de se tenir sur une ligne : de solitude. Je n’aime pas l’alcool pur, vie sociale et agressante. Je n’aime pas. Emprise, menace sourde, faire comme si. On supportait. Faire comme si : on passe. On voudrait passer, passer comme un joueur, ça accroche, ça fait mal, on se replie, on voudrait pouvoir, mais on ne peut même pas, on prend la brûlure du monde social, on n’y peut rien, on ne peut rien.
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