Contemplation

La journée s’étirait devant elle comme les files de wagons derrière leurs motrices. En passant devant le kiosque de la gare, elle avait acheté un journal, il y avait un gros titre sur Wall Street. Un convoi s’éloignait, elle avait regardé disparaître les deux points rouges qui restaient de lui dans la brume qui avale toute forme et toute couleur. Elle allait et venait comme un métronome en passant à chaque fois devant une salle d’attente sale et triste où l’un des trois bancs adossés aux murs était occupé par un clochard allongé de tout son long sur le bois comme sur de la moleskine. Et sans doute parce qu’elle attendait, elle était entrée dans la salle dévolue à cette fonction. Elle avait essayé le banc du fond, mais ne voyait plus l’extrémité gauche de la gare. Sur le banc de droite, dont la position était plus centrale, la totalité des quais entrait dans son champ de vision. Elle s’y était allongée comme le clochard qui lui faisait face, mais la tête relevée, appuyée sur un accoudoir, de façon à ne rien perdre de la calme activité de la gare, ni des menus événements qui se produisaient en rythme accéléré à l’arrivée ou au départ d’un train. Elle pouvait se laisser absorber indéfiniment par cette somme de détails insignifiants qui n’intéressent que les peintres ou les inactifs, un ticket découpant un rectangle clair sur le sol noirci, la voûte immense de la verrière au-dessus des quais, le bruit de ferraille d’un chariot qui passe, le pas nonchalant d’un voyageur en avance, celui, hésitant, d’un autre voyageur qui cherche… Vers le milieu de la salle, entre le banc du clochard et le sien, un objet brillant, rond et plat, avait attiré son attention. Pile ? Face ? Ne fallait-il pas qu’elle se rende à Z. ? La pièce de monnaie qu’elle avait ramassée puis lancée en l’air était retombée entre deux plis d’un journal qui traînait sur le sol, ne montrant clairement ni son côté pile, ni son côté face, les dieux n’avaient pas voulu se prononcer. Un haut-parleur avait crachoté, toussoté, puis une voix claire avait annoncé l’arrivée de l’express…

L’avenir improbable

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