éphéméride.29

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

4 avril

     Ils sont là, les grands enfants qu’on ne voit plus que rarement. Ils sont venus avec le soleil, ils sont eux-mêmes le soleil de la maison, comme autrefois, comme à chaque fois que leur présence célèbre la vie. Le temps qui passe les a un peu changés, mais je retrouve intactes telle expression de leur visage, telle attitude nonchalante, l’eau claire de leur regard, et leur façon unique de se déplacer, de parler et de rire. Je redécouvre avec émotion les lignes intemporelles de leur visage, ces lignes premières qui m’étaient apparues juste après leur naissance, et qui sont, sur leur front, sur leurs tempes, comme une signature attestant la permanence de ce qu’ils sont malgré les métamorphoses. Leur présence me comble de joie et me rassure ou plutôt me réassure, je sens de nouveau sous moi, bien solides, les fondations de la vie qu’il m’a été donné de transmettre. Je voudrais les remercier, eux me trouvent en pleine forme, je crois qu’ils sont heureux de ma joie. Plus rien d’autre n’a d’importance, les malheurs du monde sont une erreur incompréhensible contredite et dénoncée par le bonheur ressenti. Non, aujourd’hui et demain encore, jusqu’à leur départ, plus rien d’autre n’a vraiment d’importance.

***

5 avril

     Et puis, ce jour, pour la première fois depuis des mois, une mer que je ne connais pas, des lumières que je ne connais pas, un horizon sur lequel mes yeux n’ont jamais glissé, des impressions nouvelles, un vent nouveau, et des couleurs dans l’immense qui ne sont pas celles que je connais, alors on oublie ce qu’on est, quel âge on a, on ne se souvient plus, en fait, on ne se souvient de rien, on arrive là, dans un monde où on ne se souvient de rien, où on ne reconnaît rien, on a de nouvelles impressions qu’il n’est pas nécessaire de comparer, de mettre au regard des anciennes, on n’est pas très sûr de là où on est, on regarde une mer étonnamment étale, on cherche des courants, on se demande, on ne comprend pas, où sont les limites, de la terre, de la mer, on ne comprend pas, pas exactement, on cherche, on explore, du regard, les herbes folles s’avancent dans l’estuaire, on cherche la mer, on remplit ses regards d’un bleu qu’on ignorait, tout est neuf dans cette partie du monde, et nous aussi. Au retour, dans un bois, des fleurs par milliers, sur la mousse du sous-bois.

***

 

éphéméride

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