éphéméride.28

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

2 avril

     Non, en effet, rien d’autre ne dépend de nous que ces petits gestes quotidiens animés d’amour et de douceur, de douceur et d’attention parce que d’amour. Mais te rends-tu compte ? Te rends-tu compte que ce type de gestes accomplis volontairement par tous pourraient vraiment changer le monde et le changent réellement en effet à chaque fois qu’ils sont effectivement accomplis ? Te rends-tu compte ? Nos dirigeants, nos entrepreneurs, nos responsables de tous bords et de toutes les sortes, tous soucieux et uniquement soucieux du bien commun et du bien-être de chacun ? Préoccupés à chaque moment, à l’occasion de chacune de leurs décisions, et seulement préoccupés par cela, d’améliorer le sort de l’humanité en prenant concrètement en compte les aspirations et les besoins de chacun ? Ce n’est pas utopique puisque nous faisons l’expérience chaque jour de ces gestes d’amour qui ne sont pas le fruit du hasard mais de la volonté réelle de prendre soin des autres, de faire plaisir, de faire du bien. Cela est finalement si peu de chose que l’on se demande pourquoi ce que tous les êtres humains font spontanément dans la sphère privée ne pourrait pas être universellement porté par les institutions sociales ? Il faudrait sans doute une révolution mondiale des cœurs qui consisterait à se débarrasser de tout ce qui encombre et divise, sectarisme, préjugés, prétention, cupidité, goût dévoyé du pouvoir… Mais tu as raison, il vaut mieux essayer d’être honnête et lucide, cette révolution des cœurs que je ne suis certainement pas la seule à souhaiter de tout cœur, je n’en suis responsable que pour moi-même.

***

3 avril

     Parfois, on tient en équilibre, c’est presque miraculeux, le four est chaud, et on met la table en riant et en se racontant le jour, on grignote des olives, et on rit des petits malheurs du jour, on s’en raconte d’autres, parfois, c’est presque miraculeux, il n’y a rien de particulier, on épluche des légumes, dans la cuisine, le soleil qui ne parvenait plus si loin depuis des mois revient jusque là, l’eau coule, claire sur nos mains, le repas se constitue peu à peu, on a mis de la musique, n’importe quoi mais de la musique, on n’a pas fini son travail, mais il y a de la musique, une chanson qui nous amuse, un sourire, pour rien, comme ça, presque pour rien, on continue la course, mais elle devient légère, on dit oui, à une demande, on imagine l’été, on a envie de repartir, on entrevoit une autre saison et d’autres jours, on relève la tête, on ouvre la fenêtre, pour la première fois depuis longtemps il fait trop chaud dans la cuisine quand le four marche, et puis c’est tout, presque rien, on voudrait déposer ses phrases dans le bonheur, il est si dommage qu’elles s’arrêtent ainsi aux frontières du bonheur. On a envie d’aller un peu plus loin.

***

 

éphéméride

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s