éphéméride.27

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

30 mars

     Il faut se plier à l’exercice imposé et subir un flot de paroles inutiles dans une pièce close où se déroule une réunion attendue à laquelle participent des gens qui se prennent au sérieux en débitant de vaines paroles sur un ton péremptoire-déclamatoire… L’essentiel n’est certainement pas là et les discussions vraiment sérieuses auront lieu ailleurs, plus tard, peut-être, vraisemblablement, en tout cas on l’espère, on fera tout pour, avec d’autres interlocuteurs ou pourquoi pas les mêmes à condition qu’ils soient dans une tout autre disposition d’esprit… Impatience, agacement, c’est fou ce que les gens qui n’ont rien à dire parviennent à dire quand même… Alors on décroche. On prend soudain conscience des appels extérieurs désespérés du vent dans les arbres derrière la fenêtre, les branches s’agitent comme des bras pour attirer l’attention, pour détourner la pensée du spectacle désolant qui a lieu dans la salle. Alors on se laisse aller à une certaine tristesse, car en même temps que l’appel d’air ressenti se précise et devient insupportable la sensation angoissante d’étouffer.

***

31 mars

     Je ne sais s’il est de notre ressort et en notre pouvoir de rendre la vie agréable. J’ai voulu préparer un repas de fête, sans raison, juste un repas qui ferait plaisir à tout le monde, pour rien, parce que c’est la fin du mois de mars, parce que le printemps a dix jours, parce que demain c’est avril, parce que deux mésanges prospectent l’olivier pour faire leur nid, parce qu’il y a eu, dans la froidure, un rayon de soleil qui aurait pu devenir le printemps même si le vent est resté mauvais, j’ai fait le ménage et tout arrangé, et puis j’ai préparé un repas tout simple, et frais mais qui rendrait heureux sur le moment, comme si ça suffisait, comme si ça pouvait suffire, mais qu’est-ce qui dépend de moi ? Dans ce monde, qu’est-ce qui dépend de moi ? Il faut rester honnête, et lucide ? Il n’y a pas grand-chose qui dépende de soi ? Mais on peut toujours regarder ses mains découper les légumes frais, procéder délicatement, on peut toujours leur demander un peu plus de tendresse dans les gestes quotidiens qu’elles accomplissent. Sinon, quoi d’autre ? Je ne vois pas autre chose qui dépende de moi.

***

éphéméride

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