éphéméride.15

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

2 mars

     La douceur de la laine entre les doigts nous fait toucher toute la douceur possible du monde; le reflet de l’hiver sur les vitres de la fenêtre est beau, malgré les salissures, parce qu’il annonce le printemps et figure l’espoir qui ne nous quitte sans doute (presque) jamais; les géraniums qui vont bientôt orner les fenêtres signalent le désir de joie des personnes qui vivent dans le logis; les mésanges qui zinzinulent en s’agrippant aux branches nous incitent à jouer les acrobates en nous retenant à toutes ces petites choses qui ne sont rien pour les yeux trop sérieux, mais nous sont aussi nécessaires que l’air pour respirer… L’intérêt que nous y portons maintient en vie et retient de sombrer tout entiers dans le désespoir qui serait le nôtre si chaque instant de notre existence était obscurci par la conscience radicale de notre situation d’être prédestiné au néant. L’intérêt que nous y portons permet le rêve qui nous sauve du caractère contraint du monde qui nous emprisonne et nous étouffe. La grâce de ces petites choses, qui s’offrent à nous comme une subtile alliance entre la face cachée du monde et nos secrètes aspirations, agit comme une caresse venue d’un autre monde qui ne nous serait jamais cruel.

***

3 mars

     J’essaie de tenir le fil. Saccades de temps. Saccades d’espaces. On croit pouvoir s’en tenir à quelque chose de stable. Une séquence de travail. Ou une conversation. Peut-être simplement préparer un plat. Ou choisir un livre. Faire une commande sur internet. On croit ouvrir des espaces. Comme des plages qu’on pourrait parcourir entièrement et dont on pourrait prendre la mesure. Et en place de ces sables blancs et lissés par le vent on achoppe. Constamment. Sur des écueils. Le temps est haché, entrecoupé, impossible, tout geste commencé s’arrête. Pour reprendre. Un peu plus loin. Un courrier arrive. On abandonne toute idée autre. On répond. On reprend. Ce qu’on a abandonné. Ce n’est pas tout à fait une journée. C’est le scintillement d’un phare dans le néant qu’on n’arrive pas tout à fait à déchiffrer. Alors on accepte de s’en tenir à des bribes de sens.

***

éphéméride

Un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s