éphéméride.16

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

4 mars

     Je me sens provisoirement sur un nuage, ou sur une île, dans un repli bienfaisant du monde, libérée de toute charge ou contrainte trop lourde, de tout souci faisant ployer les épaules et guetter l’arrivée de la nuit pour enfin se reposer dans l’oubli…

   Quelques nouvelles me parviennent toutefois, malgré la distance que j’ai pour un temps volontairement placée entre le cours normal de la vie et mon désir de vacances. Mon oreille sélective n’a pas retenu les plus dramatiques, qui nous laissent de toute façon impuissants et muets devant l’horreur absolue. Sans doute parce que tous mes besoins matériels sont satisfaits et me permettent une relative insouciance, je me laisse atteindre par quelques mots qui ont le son cristallin de la source: il serait question de rétablir les coupures d’eau. L’eau, nécessaire à la vie, qui manque si cruellement dans certaines régions du monde? Heureusement, j’entends aussitôt un homme de bonne volonté tenter de mobiliser l’opinion publique pour que l’Europe des Lumières se lance dans un plan Marshall d’illumination du continent africain par la fée électricité, qui n’a pas encore utilisé là-bas sa baguette magique. Le retour sur investissement serait, selon lui, énorme, et relancerait l’économie européenne aujourd’hui quasiment en panne. Je comprends que cet homme mise d’abord et surtout sur l’humain, et que, loin d’être incompatible avec les impératifs économiques, le bien-être des gens est le moteur du développement d’une société. J’apprends aussi que le nouveau gouvernement grec, conformément à son programme électoral, rétablit l’eau et l’électricité  dans  les foyers qui en avaient été privés faute de pouvoir payer les factures, à la suite de la réduction drastique de leurs revenus décidée par la troïka européenne peu inspirée ou mal éclairée, semble-t-il, par les Lumières… Fiat lux!

***

5 mars

     À la vitesse insensible pour les sens du voyageur qui est celle qu’il est capable d’atteindre, le train glisse sur le paysage comme les ombres des nuages. Le mistral a cessé de provoquer un balancement latéral dès lors qu’il s’est mis à rouler, ou du moins lui aussi est devenu insensible. C’est une heure pour voyager telle que la plupart des voyageurs dorment dans un rayon de soleil, et laissent ainsi passer le temps du voyage sans qu’il accroche sur eux et ne les retienne. La lumière vive et pourtant encore un peu oblique dessine les textures et les couleurs du paysage et fait ressortir l’herbe neuve qui nous fait relever la tête hors de l’hiver. On traverse encore des lambeaux d’hiver, mais ils reculent et se font de plus en plus petits, se cantonnent au fond de vallées qu’on devine humides, et parfois un nuage passe dont l’ombre se dessine sur le paysage sur le train et nos consciences et nos regards glissent comme les ombres.

***

éphéméride

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