éphéméride.14

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

28 février

     Impressions étranges… Je ne peux plus me dérober. Que faire de ces quelques cartons qui me viennent d’un déménagement ancien et que je n’ai jamais pris le temps d’ouvrir? Je sais qu’ils contiennent des objets qui appartenaient à la plus reculée de mes vies antérieures. Sentiments mêlés, refus de me laisser engloutir par le passé, crainte de mes émotions, plaisir néanmoins de (re)découvrir ce qui me relie à ce lointain passé et donc à moi-même?… Ce voyage que j’avais fait en 1973, ces cartes postales que j’avais envoyées à ma famille et que je ne savais plus avoir conservées… Mon écriture a changé, mais je reconnais ma préoccupation d’essayer, même à distance, de rassurer et de convaincre les miens que tout irait bien ( !)… Je savais ma mère condamnée à brève échéance, elle était morte six mois plus tard… Ce qui est scandaleux, ce n’est pas la mort, c’est la souffrance endurée par les corps; ce qui est scandaleux, ce n’est pas la mort, c’est la solitude du mourant; ce qui est scandaleux, ce n’est pas la mort, c’est la morsure du manque provoquée par l’absence des êtres chers auprès des survivants… La mort est scandaleuse en ce qu’elle a d’inhumain, et la seule riposte possible est de la combattre en essayant de réduire ses effets par les armes de la paix et de l’amour.

***

1er mars

     On passe, il faudrait passer, on trouvera : comment passer. On ne sait pas toujours. Un pied puis l’autre. Le cœur continue de battre. On essaie. Un pied puis l’autre. Corps raide. Exercice d’équilibrisme en à-pic au-dessus du désespoir. Alors on se rattache aux petites choses du monde, on prépare un sac, on choisit des échantillons de crème pour quelques jours d’absence, on lave doucement une écharpe qu’on rince à l’eau froide, pour resserrer les fibres de la laine, pour quelques jours d’absence, on glisse dans un sac de voyage une tablette de chocolat aux noisettes, on se rattache à de toutes petites choses, qui tiennent en équilibre au-dessus du désespoir. On ouvre la fenêtre pour faire rentrer l’air froid et vif, on passe dans une autre pièce, on ferme une porte, le soleil à travers une vitre fait apparaître les traces de l’hiver, on se dit qu’il faudra laver les carreaux, on se tient aux gestes de la vie, on ne peut pas faire plus, on ne peut pas faire tellement plus, c’est tellement dérisoire, et pourtant la vie tient là.

***

éphéméride

2 commentaires

  1. Merci quelle plaisir a chaque fois de vous lire moi aussi j’ai des boites pleine de souvenirs et je partage votre pensée pour la fin de vie ,on à tous peur de voir notre corps finir dans la souffrance et encore plus pour ceux qui nous sont cher , la peur de trainé dans une chaise roulante ou autres on devrait pouvoir disposé de notre vie et pouvoir l’arrété le moment choisie

    Aimé par 1 personne

  2. J’ai entrepris moi-même cette semaine de réduire à deux les huit énormes boîtes de lettres, photos, petits mots choisis, idées de texte, histoires, petits cahiers à moitié pleins, et encore photos, lettres, poèmes, citations… bref, de jeter les trois quarts de ce que je traine d’un déménagement à l’autre depuis des années. Pour ne garder que ce qui peut-être résonnera pour d’autres. Ma fille, la sienne, et celles qui suivront.
    Je choisis de le faire à un moment où un évènement qui me touche prend toute la place dans mon coeur et ma tête. Autrement, je serais happée par tous ces souvenirs, tous ces passages qui m’ont transformée, qui me parlent de moi, qui ont fait de moi celle que je suis. Et je n’en jetterais pas autant. Ce n’est pas la première fois que j’essaie.
    Bref, je réussis assez bien cette semaine. C’est un bon moment pour jeter, donc. En ces temps plus demandant pour mon coeur, je fais peut-être mieux la part des choses…

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s