décision

Une lente remontée des sensations autrefois ressenties

Atelier d’écriture de François Bon

Mes contributions

     Le retour serait une lente remontée des sensations autrefois ressenties, chacune d’elles suscitant une émotion partielle qui en réveillerait d’autres… L’ancienne ligne de bus entre la métropole et la ville a disparu, il semblerait cependant qu’une compagnie privée assure une fois par semaine pour deux euros seulement une liaison identique depuis le musée des Beaux-Arts ou la Préfecture, vers Saint-André et Lomme, en longeant la Deûle et la Citadelle sur quelques centaines de mètres… Attendre? Préférer le train?… Les navettes ferroviaires sont fréquentes, la décision peut se prendre à tout moment. Le trajet ne durerait qu’une quinzaine de minutes pendant lesquelles le contournement de la cité lilloise par le Sud et la remontée jusqu’à Lambersart avant une petite course à travers champs jusqu’à Pérenchies en prélude à la trajectoire finale qui mènerait aux abords de la ville natale, offriraient une vue panoramique sur des lieux qui avaient été d’une importance déterminante mais dont l’accès semblait avoir été mystérieusement interdit… Les rails qui se déploient en sortant de la gare vers Fives et le Mont de Terre amorceraient un lent virage mais le bâtiment emblématique de la Foire Internationale de Lille — démoli — n’apparaîtrait pas dans la courbure; les lettres géantes qui en surmontaient le toit et qui, autrefois, se détachaient en rouge et brillaient dans la nuit comme un signal au moment d’arriver au port après de grands voyages, ont été effacées… le sentiment de rentrer chez soi, privé de ses anciens supports, serait donc d’emblée altéré?… Le petit train continuerait la boucle commencée en se glissant sous l’autoroute du Nord dans la direction de Ronchin et passerait non loin du lycée Faidherbe et du Jardin des plantes où nichent des souvenirs d’émotions adolescentes, mais où sont aussi malheureusement embusqués des souvenirs funestes d’événements dramatiques… La remontée dans le couloir du temps se poursuivrait sur l’axe des voies de circulation qui coupent le quartier de Lille-Sud du reste de la ville, et le souvenir des confidences maternelles (trop rares) reviendrait en mémoire; elle allait souvent travailler à pied pour économiser le prix du tramway… souvenir de ce moment où elle se souvenait elle-même de ce trajet interminable qui la conduisait de la rue de l’Arbrisseau où elle habitait jusqu’à l’atelier de confection qui l’employait rue Neuve ou rue de Béthune!… souvenirs en abyme d’une silhouette qui longe le mur lugubre de l’immense cimetière du Sud et s’engage dans la longue rue du Faubourg des Postes qui devient rue des Postes en quittant le quartier périphérique pour pénétrer dans le cœur de la ville!… avancer avec la silhouette à la cadence de ses pas, entendre leur martèlement dans la nuit avant le lever du jour, sentir sa respiration décélérer un peu dans la rue Solférino à l’approche du Théâtre Sébastopol, choisir avec elle la rue Léon Gambetta plutôt que la rue d’Inkermann pour déboucher boulevard de la Liberté, traverser devant le Palais des Beaux-Arts, atteindre la place Richebé, guetter une pendule dans un café, pousser un soupir de soulagement, voler quelques minutes de répit en regardant une ou deux vitrines, se décider à franchir la porte de l’atelier!… Vite, passer vite devant le CHU et les mauvais souvenirs… Le petit train franchirait la Deûle à Haubourdin en jetant un pont vers d’autres souvenirs lointains d’amitiés paisibles et de moments festifs, avant de remonter vers la ville de Lambersart (inscrite comme lieu de naissance sur la carte d’identité maternelle et importante à ce titre, mais sans autres attaches que ces quelques syllabes associées à une date qui témoignent du début d’une existence) et de s’élancer vers Pérenchies. Ah, la route vers Pérenchies!… C’était un peu la route du père, l’un des endroits où il se rendait en Solex, le soir, après sa journée de travail à l’usine, pour donner des leçons ou faire répéter les membres d’une société de musique… Tous les trains ne s’arrêtent pas à Pérenchies, il faudrait choisir un horaire qui prévoie cette étape, un jour de soleil, car la fin du parcours, à huit ou neuf kilomètres de la destination finale, pourrait se faire à pied… En sortant de la gare et en prenant la direction de l’Epinette, il y aurait très vite, à trois ou quatre cents mètres, une rue portant le nom d’un membre de la dynastie Agache, Édouard… qui avait fait du village de Pérenchies la petite capitale de briques de son empire linier, et pendant un bon kilomètre, jusqu’au chemin de l’Oris, les rues aligneraient sur chaque trottoir de petites maisons ouvrières mitoyennes… Le chemin suivrait la voie ferrée à droite et serait encore bordé de maisons pendant une centaine de mètres sur le côté gauche, mais après le passage à niveau, sur le chemin de la Cœuillerie, le tissu urbain cèderait complètement la place à la terre agricole et la séparation serait nette. Le pas ralentirait mais le cœur battrait un peu plus vite, un sentiment étrange apparu au début du voyage, de joie et de tristesse mêlées, prendrait de l’ampleur, et le regard chercherait déjà au loin ce qu’il pourrait reconnaître… Après le hameau de la rue de la Bleue, le chemin de l’Epinette apparaîtrait en ligne droite à travers les champs comme une invitation à parcourir les derniers kilomètres qui assureraient la jonction avec la vie ancienne… Les promenades, les parties de pêche et les jeux d’aventure se faisaient le plus souvent dans un triangle dont la base allait du bas de la rue des Murets au chemin du Pont Ballot, les petits côtés se rejoignant à l’angle de la rue d’Hespel et de la rue Victor Hugo… La mémoire libèrerait des images, les souvenirs deviendraient plus précis, les premières maisons du hameau de l’Epinette déclencheraient un nouveau flot de réminiscences, l’air résonnerait de paroles complètement oubliées, encore quelques mètres et ce serait la ferme, le cœur alors se serrerait un peu trop fort… mais le chant des alouettes réveillerait les sentiments tout neufs de l’enfance, et les raisons qui avaient rendu le retour impossible, à l’inverse, s’effaceraient… Après un moment d’hésitation car le chemin de terre pris autrefois aurait disparu, la progression se poursuivrait à travers champs, le blé ne serait pas encore très haut, il serait possible d’avancer au jugé dans les sillons laissés par les roues des tracteurs jusqu’au chemin du Pilori et de continuer par le Pavé de La Chapelle, au carrefour de la D945… Un grand parc d’activités industrielles et commerciales brouillerait tous les repères, il faudrait le traverser ou le contourner par le sentier de Lille jusqu’à des jardins maraîchers, éviter sur la gauche un lotissement inconnu et prendre à droite un chemin de terre qui rejoindrait la rue du Bas Chemin, suivre celle-ci jusqu’au bas de la rue des Murets, accomplir la jonction…

Une histoire de l’injustice environnementale

Page sombre

(Récit en cours d’écriture)

     La gestion désastreuse de cette crise sanitaire, déclenchée qui plus est par la décision funeste des administrateurs de la ville de faire des économies dans un domaine crucial pour la santé de la population, était en effet révélatrice de la façon dont les citoyens les plus pauvres étaient traités de façon générale aux Etats-Unis… En étudiant l’histoire de la justice environnementale, soit quatre-vingts ans de gestion de crise, des inondations du Mississippi à la marée noire causée par British Petroleum en 2010 en passant par  l’ouragan Katrina en 2005, Robert D. Billard, de la Texas Southern University, avait ainsi établi que les communautés les plus pauvres mettaient toujours plus de temps à se faire entendre, et que le gouvernement tardait immanquablement à intervenir quand les populations concernées n’étaient pas blanches.

     Le piano de Louis 

     2064

Inégalités

Page sombre

(Récit en cours d’écriture)

     Les failles de la société américaine, mal colmatées ou camouflées par les classes dominantes, apparaissaient sous une lumière crue et cruelle… Les Etats-Unis étaient le plus inégalitaire des pays riches, mais riches, tous les Américains du Nord étaient loin de l’être! Moins de dix pour cent des actifs y accaparaient plus de la moitié des revenus. Les inégalités avaient explosé au point de menacer la cohésion du pays car la population hispanique et surtout noire en subissait les plus lourds effets, et les grandes luttes raciales du vingtième siècle avaient été réactivées une trentaine d’années auparavant…

    Le piano de Louis 

     2064

En substrat…

     Nous n’avons pas choisi d’être ensemble. Nous devons apprendre à nous supporter. Le mieux serait de parvenir à nous accepter les uns les autres, avec nos différences. Chaque jour, pourtant, les décisions que nous avons à prendre réveillent les antagonismes, alors que les enjeux sont dérisoires, ou du moins le paraissent, car en substrat se joue sans doute une lutte acharnée entre les positions intellectuelles et les choix de vie antérieurs que chacun avait plus ou moins faits siens dans le monde d’avant, avant que la somme des agissements humains, nos agissements, ne finissent par le détruire… Comment, pourquoi en être arrivés là? Est-ce possible?… Je voudrais tellement me réveiller de ce trop long cauchemar!!?…

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

Mépris

(fiction en cours d’écriture)

     Ce nouveau régime fort s’appuyait sur une droite anonyme et diffuse associée au grand capital national et international, plus proche des milieux financiers qu’industriels, puissante dans les médias, décidée à réduire le contrôle de l’Etat et les services publics, rétive à la lenteur de la prise de décision démocratique, méprisant la vie intellectuelle et la recherche, développant une idéologie de la réussite individuelle, cherchant à museler son opposition, violente à l’égard des minorités, populiste au sens où elle contournait la démocratie au nom de ce qu’aurait voulu, selon elle, le peuple. Face à cette droite hégémonique, la gauche n’existait pour ainsi dire plus. De reniement en reniement, elle s’était sabordée. (cf lemonde.fr, octobre 2010)

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

Des imposteurs

(fiction en cours d’écriture)

     La planète brûlait, on était dans l’urgence, mais les décisions importantes étaient repoussées à l’horizon 2020-2025! Comment expliquer un tel déni des réalités? Une telle incapacité à agir? On ne peut rien bâtir sur le mensonge. Les politiques étaient des imposteurs. Les mêmes qui reprochaient leurs postures démagogiques aux populistes mentaient effrontément à l’Assemblée nationale ou à la barre des accusés, mentaient aux citoyens, manipulaient les chiffres, déformaient la réalité, cachaient leurs véritables motivations qui étaient à l’opposé de leurs déclarations! Le philosophe Platon déplorait déjà dans son ouvrage La République la médiocrité intellectuelle et morale des personnages publics qui sévissaient de son temps à Athènes, et leurs travers avaient été mis en scène par le poète comique Aristophane. Rien de nouveau sous le soleil, par conséquent? Sans doute, du seul point de vue de la psychologie humaine. Mais nous n’étions plus à l’échelle minuscule d’une petite cité qui, pourtant, avait fait grandir le monde, donné aux peuples leurs lettres de noblesse, inventé la philosophie et avec elle tout ce qui aurait dû prémunir contre la bêtise! Les agissements irresponsables des dirigeants ou leurs décisions inadaptées ne mettaient désormais en péril rien de moins que la pérennité de la vie sur la Terre…

     Ecrit depuis l’avenir

     2064